«Harder Than It Looks», un plan simple, mais efficace

Sébastien Lefebvre, Jeff Stinco, Pierre Bouvier et Chuck Comeau signent un premier album autoproduit.
Photo: Adil Boukind Le Devoir Sébastien Lefebvre, Jeff Stinco, Pierre Bouvier et Chuck Comeau signent un premier album autoproduit.

Avec leur pop-punk taillée sur mesure pour les radios commerciales, Simple Plan n’a jamais été chouchouté par les critiques, mais la longévité du quatuor québécois commande à tout le moins un certain respect. Vingt après leur premier succès international, les membres du groupe, aujourd’hui quadragénaires et pères de famille, croient avoir fait la preuve qu’ils sont beaucoup plus que des petits garçons de l’ouest de Montréal qui chantent en anglais dans l’espoir de percer aux États-Unis.

« À notre premier album, on était une cible beaucoup plus facile, mais après 20 ans de carrière, les journalistes ont changé leur perception. Malgré tout, on sait très bien qu’on ne sera jamais les darling de la presse musicale. Dès le début, ça a toujours été clair pour nous que l’on voulait être un people’s band », tranche d’emblée le batteur, Chuck Comeau, qui reconnaît une certaine nervosité à l’idée de rencontrer pour la première fois en deux décennies un journaliste du Devoir.

« On ne se fait pas d’illusions. On sait que notre prochain album n’aura pas cinq étoiles dans Le Devoir », poursuit avec un ton farceur le guitariste, Jeff Stinco, à l’occasion de la sortie de leur nouveau disque, ce vendredi.

Nostalgie, quand tu nous tiens

Les premiers extraits de ce sixième album, Harder Than It Looks, laissent déjà présager que cet opus ne sera pas celui où Simple Plan se réinventera. Ça sonne comme les premiers succès du groupe tirés de l’album No Pads, No Helmets… Just Balls, sorti en 2002. Comme au temps où leurs idoles de Blink-182 se promenaient flambant nus dans leur vidéoclip. L’époque, aussi, où des milliers d’adolescents ont vécu leur éveil sexuel en écoutant American Pie.

C’est à cette génération, qui a déjà porté des pantalons taille basse non ironiquement et loué une VHS au Blockbuster, que Simple Plan s’adresse. Une fibre nostalgique savamment entretenue, qu’assume complètement le chanteur Pierre Bouvier : « des fois, c’est dur pour les médias de comprendre que l’on aime notre musique. Mais on aime vraiment ça ! C’est la musique avec laquelle on a grandi et qu’on écoute encore. Quand je finis les démos, je suis fier. »

Reste qu’il se réjouit que le premier single du groupe, I’m Just a Kid, soit devenu viral dans les derniers mois sur le réseau social TikTok, contribuant ainsi à faire connaître Simple Plan aux plus jeunes. Et dire que Jeff Stinco a longtemps milité pour que le groupe cesse de jouer cette pièce en spectacle… Le texte était trop simpliste, trop puéril pour les hommes d’âge mûr qu’ils sont devenus, plaidait le guitariste, qui confesse avec le recul s’être trompé sur toute la ligne.

Québécois après tout

I’m Just a Kid fut une telle bombe à sa sortie que la chanson est aujourd’hui indissociable de Simple Plan. Tout comme Crazy, Perfect ou encore Welcome to My Life. Autant de tubes qui ont permis à ces banlieusards de bonne famille de rencontrer le succès aux États-Unis et en Asie au début des années 2000 en vendant plus de 10 millions d’albums, un exploit dont peu de Québécois peuvent se targuer.

Or, nul n’est prophète en son pays. Les salles ici peinaient en effet à se remplir au départ, et les chansons ont mis du temps avant de tourner à la radio, à cause des quotas qui limitent le nombre de morceaux anglophones en ondes. Entre un hit de Green Day ou la chanson d’un petit groupe de Francos qui poussent la note en anglais, les diffuseurs penchaient naturellement pour la première option.

Des fois, c’est dur pour les médias de comprendre que l’on aime notre musique. Mais on aime vraiment ça ! C’est la musique avec laquelle on a grandi et qu’on écoute encore.

Simple Plan finira par se faire accepter de l’industrie québécoise avec la sortie de son deuxième album, en 2004, Still Not Getting Any…, mais il faudra attendre 2011 pour que le groupe enregistre une première chanson bilingue, Jet Lag, en duo avec Marie-Mai. L’épineuse question de la langue suit encore aujourd’hui ces quatre musiciens qui ont grandi entre Laval et l’île Bizard.

« Partout où on est allés dans le monde, on a toujours dit qu’on venait de Montréal, qu’on venait du Québec. Je ne dis pas qu’on devrait obtenir une médaille, mais ça fait quand même partie de notre identité. On a toujours traité le Québec comme un endroit qui n’était pas comme les autres. On jouait au Brésil, en Australie, au Japon, partout, mais on a toujours trouvé important d’aller faire des shows aussi à Matane ou à Chicoutimi », défend mordicus Chuck Comeau, qui habite aujourd’hui en Californie, mais qui assure suivre encore assidûment l’actualité de sa patrie d’origine.

Toujours vivant

Dans le Québec post-référendaire, Simple Plan aura peut-être incarné mieux que quiconque une sorte d’identité québécoise décomplexée : par rapport à la langue, par rapport au reste du monde, par rapport au succès aussi. En parler ouvertement demeure cependant un terrain miné.

Autre sujet glissant, le départ à l’été 2020 du bassiste David Desrosiers dans la foulée de la vague de dénonciations sur les réseaux sociaux. Le quintette devenu quatuor en aura traversé, des crises, en 20 ans d’existence. À maintes reprises, le groupe aurait pu éclater, mais il s’est toujours relevé.

« On a toujours eu cette détermination. Si on arrête de jouer, ce ne sera pas à cause d’un échec commercial, ce sera parce qu’on l’aura décidé », prévient le batteur avec une conviction inébranlable. Sa bande et lui ne sont peut-être plus « juste des kids », mais cette fougue juvénile ne les a visiblement jamais quittés.

 

Harder Than It Looks

Simple Pan, Indépendant

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