Inclusion planétaire à la Maison symphonique

Il y a dans la démarche de Francis Choinière une audace et une clairvoyance.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Il y a dans la démarche de Francis Choinière une audace et une clairvoyance.

Samedi, le jeune chef et entrepreneur de 25 ans Francis Choinière et l’Orchestre FILMHarmonique donnaient un concert partagé entre Les planètes de Holst et des musiques de film de Hans Zimmer et John Williams. La soirée, plus que concluante, suscite de profondes questions sur le sens des priorités en vigueur dans l’élargissement de l’accès à la musique et ce qu’on pourrait appeler l’expérience orchestrale ou symphonique.

Un très respectable concert associant la Symphonie fantastique et le Boléro nous avait donné l’idée de faire, samedi, le portrait de Francis Choinière. L’Orchestre FILMHarmonique a été remarquable dans une œuvre (Les planètes) souvent périlleuse sur le plan des transitions rythmiques. Les cuivres se sont distingués (Jupiter !), les cors notamment, en meilleure forme que dans Berlioz, alors que Julien Bélanger « tenait la maison » aux timbales.

Francis Choinière s’est tiré avec beaucoup de clarté des nombreux pièges de la partition, dirigeant avec panache (Mars), générosité (sonorité des cordes) et subtilité (fin de Saturne, détails d’Uranus). Jean Willy Kunz s’est amusé à donner, à l’orgue, beaucoup de soubassement à plusieurs passages. Seuls le dosage et la cohésion des chœurs, postés au balcon dans Neptune, posaient quelques problèmes.

Diversité et inclusion

Dans la partie musiques de film, on notait le bonheur et le volontarisme des musiciens qui ne viennent pas « cachetonner » au FILMHarmonique, mais semblent avoir autant de plaisir qu’un public enthousiaste (applaudissement après chaque morceau), mais très attentif.

Nous voilà donc arrivés au vrai sujet de la soirée : le public. Très nombreux, d’abord, remplissant la Maison symphonique du parterre au balcon comme un œuf, chose rare ces temps-ci. Mais, surtout, quel public ! Constat jubilatoire : des jeunes et des vieux ; des gens chics, d’autres en bermudas ; des spectateurs de toutes couleurs, de toutes langues et ethnies ; des chapeaux de toutes les formes, deux amies en hidjab au premier rang, etc.

Il y a dans la démarche de Francis Choinière de l’audace et de la clairvoyance. Il manquait juste une chose, samedi : des édiles des trois conseils des arts pour voir cela. Car le fameux dogme « diversité, inclusion, représentativité », il était là, dans la salle, sans condescendance, sans avoir sur scène le moindre compromis sur la qualité ni le moindre reniement des valeurs (car même les institutions musicales sont conscientes que les concerts où un orchestre symphonique accompagne un chanteur pop ou un groupe de rap, fût-il favorable aux mesures sanitaires, n’amènent pas, ensuite, le moindre spectateur aux concerts classiques).

Les subventionneurs se doivent certes de protéger absolument la diversité et représentativité de la création. Mais pour le reste, il est légitime de se demander quel pourcentage de ce formidable public bigarré sera attiré par la soudaine prolifération d’œuvres de Samuel Coleridge-Taylor dans les programmes ? Peut-on parier sur « zéro » et se demander, après avoir vécu la formidable expérience de samedi, si ce prosélytisme aussi zélé que subit que l’on observe partout n’est pas en réalité une quintessentielle forme de snobisme perpétuant les pires clichés sur l’élitisme de la musique « classique » ou « savante » ?

Une chose est sûre. Les enthousiastes qui se sont levés autant pour Holst que pour John Williams reviendront à la prochaine occasion, car ce chef et cet orchestre vont réussir à établir un lien de confiance avec un public invité à vivre des expériences orchestrales métissées. Ils vont ainsi réussir par des actes ce dont certains rêveront peut-être, conceptuellement, pendant bien longtemps.

Un concert GFN Productions. Maison symphonique, samedi 30 avril 2022.

 

Orchestre FILMHarmonique

Holst : Les planètes. Strauss : Ainsi parlait Zarathoustra (introduction). Zimmer : No Time for Caution (Interstellar). Williams : Flying Theme (E.T.) Trois thèmes de Star Wars. Direction : Francis Choinière. Un concert GFN Productions. Maison symphonique, samedi 30 avril 2022.

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