Charlotte Cardin, enfin

Charlotte Cardin donnait vendredi soir le premier de ses treize concerts affichant déjà complet au MTelus.
Photo: Susan Moss Charlotte Cardin donnait vendredi soir le premier de ses treize concerts affichant déjà complet au MTelus.

Les lumières n’étaient même pas tout à fait revenues dans la salle, sur la dernière note de la performance du rappeur et chanteur Zach Zoya en première partie, que la foule scandait déjà « Charlotte ! Charlotte ! Charlotte ! » Une trentaine de minutes plus tard, elle se présentait, enfin, après avoir dû repousser à hier soir sa rentrée montréalaise de janvier dernier en raison de l’arrivée d’un nouveau variant, on a déjà oublié lequel.

Les quelque deux mille fans rassemblés hier soir, eux, n’oublieront pas leur soirée passée auprès de la jeune sensation pop, en quasi-résidence au MTelus pour encore douze autres soirs affichant déjà complets. Le triomphe qu’ils lui ont fait, dans cette salle qui lui appartient encore jusqu’à lundi ! Et après un saut en Ontario et quatre concerts à l’Impérial de Québec (du 18 au 21 mai), elle y retournera, du 27 au 29 mai, puis du 20 au 26 juin.

Faites le calcul : treize concerts, plus de 26 000 spectateurs montréalais applaudissant celle qui, en octobre dernier, jouait au parc Jean-Drapeau devant quelques milliers de spectateurs à l’affiche du Osheaga hors saison. Cardin aurait pu se payer un Centre Bell (ça viendra bien un jour, il le faudra), mais elle préférait hier une salle plus « intime », a-t-elle expliqué avant de nous offrir les doucereuses Good Girl et Sun Goes Down (Buddy), cette dernière simplement exécutée avec une guitare acoustique.

La foule était donc gonflée à bloc lorsque Charlotte Cardin s’est pointée sur scène avec ses deux accompagnateurs (Benjamin Courcy à la batterie, Mathieu Sénéchal à la basse, aux claviers et au séquenceur), criant à en perdre les tympans dès les premières notes de son succès Passive Agressive. Une forte entrée en matière, suivie toute de suite par Daddy, son rythme soutenu et linéaire faisant grouiller le parterre.

Le public avait encore envie de danser, mais le répertoire de l’autrice-compositrice-interprète n’était en mesure de les satisfaire. Constat : il y a beaucoup de ballades dans le répertoire de Charlotte Cardin. Le groove trip-hop de Sad Girl, la plus sombre Ocean, présentée sur fond de mer projeté à l’écran LED en arrière-scène (très élégant), la plus pop XOXO, le tragique duo avec sa voix trafiquée (avec une colombe comme fond d’écran, celle-là) intitulé Scoprio Season, elle s’est employée à enfiler des chansons précieuses qui, à la longue, nous rendaient impatients de pouvoir nous défouler un peu.

La présence scénique de Charlotte compense pour ce répertoire en manque de tonus. En voix hier soir, la musicienne chante avec charisme, parfois une guitare au cou ou derrière son piano électrique, ondule plus qu’elle ne danse, mais chacun de ses gestes est incarné, comme une plume au vent flottant sur les longues notes de basse.

Après son succès francophone Je quitte (une autre ballade !), Zach Zoya l’a rejoint sur scène pour chanter avec elle Dirty Dirty, tirée de son EP Main Girl (2017), avant de renouer avec un son plus propice à la fête, Sex To Me, sur une rythmique vaguement latine. La fin du concert fut un peu plus relevée, avec la chanson titre de son premier album Phoenix paru l’an dernier, sa relecture house (orchestrée par le compositeur CRi) du classique de Daniel Bélanger Fous n’importe où et enfin Meaningless, avec son entêtant motif de guitare électrique glissant sous les doigts. Deux chansons au rappel (Main Girl, Faufile), et le tour était joué en près de 80 minutes.

Soirée sans surprises, mais présentée avec cœur à un public ravi, va sans dire. On lui prédit pareil succès pour ses douze prochains concerts.

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