Jubilatoire baroque français

Le directeur artistique d’Arion Orchestre Baroque, Mathieu Lussier
Photo: Geneviève Lesieur Archives Le Devoir Le directeur artistique d’Arion Orchestre Baroque, Mathieu Lussier

Arion Orchestre Baroque et son chef Mathieu Lussier ont concocté un menu de choix avec « Les soupers du Roy », un concert jubilatoire proposé vendredi soir et redonné ce samedi et dimanche à la salle Bourgie.

La démonstration du grand baroque français telle qu’on peut l’imaginer et l’associer aux fastes versaillais, cela ne se passera pas à Lanaudière avec William Christie le 1er août prochain. C’est à nos portes, cette fin de semaine avec des musiciens bien de chez nous et c’est tout à fait formidable !

Si l’on voit bien l’affiche Charpentier — Te Deum — William Christie, dans le programme festivalier, il faut se garder de s’emballer. C’est l’intimiste Te Deum H. 147 et non le célèbre H.146 avec ses trompettes et timbales qui sera présenté.

Bien des ensembles européens nous ont déjà fait le coup ; ils voyagent sous leur flatteuse dénomination et réputation, mais à effectifs réduits. Nous avons vu cela ces dernières années, avec Les talens lyriques et Christophe Rousset, La Risonanza et Fabio Bonizzoni et avec les Arts Florissants et Paul Agnew en 2017.

Programme crescendo

Pour entendre du baroque français fastueux, rien ne sert d’attendre, il faut choisir à point. Et ce choix est tout trouvé ! Le programme « Les soupers du Roy » ne présente pas que des musiques « alimentaires », mais inclut des compositeurs qui ont composé de telles œuvres. Le programme va crescendo en complexité, faste et brio, jusqu’à la Symphonie du festin royal de Monseigneur le comte d’Artois de François Francœur qui picore chez ses contemporains et communique parfaitement ces idées de grandeur rehaussées par le jeu remarquable des cuivres d’Arion.

On s’attardera à ce titre sur la constance de qualité d’exécution, le soin général apporté à la justesse et la cohésion d’ensemble. Tout cela n’a plus rien à voir avec Arion d’il y a 4 ou 5 ans : on assiste vraiment à une consolidation musicale, d’autant plus intéressante sur le marché canadien que Tafelmusik est une nouvelle fois fragilisé par la perte de sa violon solo, Elisa Citterio.

Parmi les satisfactions du concert, on notera une nouvelle fois l’habileté de sa composition, avec, non seulement la gradation, mais aussi une seconde partie distincte (Rameau, Francœur) et des œuvres originales très bien choisies (assise et efficacité de François Colin de Blamont).

À cela s’ajoute un effectif nourri, très judicieux. Sur le papier les orchestres français de l’époque étaient encore plus fournis, mais dans les faits, à Bourgie, le rendement sonore de cet ensemble est parfait. Par ailleurs la projection des hautbois placés ainsi le long du mur latéral, est excellente.

Deux derniers mots. Le premier pour dire qu’Arion a publié son programme de la saison prochaine : 5 concerts dirigés par Andrew McAnerney, Peter Whelan, Julien Chauvin et Mathieu Lussier à deux reprises. Le second pour mentionner que Claire Guimond a été élevée au rang de compagnon de l’ordre des Arts & Lettres du Québec lors d’une petite cérémonie avant le concert.

Les soupers du Roy

Les soupers du RoyDelalande : Recueil d’airs détachez et d’airs de violons (1727). Destouches : Le Carnaval et la Folie. Blamont ; Symphonies pour les fêtes grecques et romaines. Rameau : Les fêtes de Polymnie. Francoeur : Symphonie du festin royal de Monseigneur le comte d’Artois, 4e Suite. Arion orchestre baroque, Mathieu Lussier. Salle Bourgie, vendredi 29 avril 2022. Reprises samedi 16h et dimanche 14h.

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