«Julie & Dany» chantent tout et rien

Ce premier album du couple marie le folk, le country, le grunge et les deux langues nationales du pays et aborde les petites joies et les lasses peines de tous les jours.
Photo: Jules Boislard-Gauthier Ce premier album du couple marie le folk, le country, le grunge et les deux langues nationales du pays et aborde les petites joies et les lasses peines de tous les jours.

Hormis pour Lying et dans une autre mesure I Remember Being Home, il n’est pas tellement question de distance sur Julie & Dany, premier album du couple de musiciens Julie Doiron et Dany Placard. C’est pourtant ce qui caractérise ces temps-ci leur relation, lui à Montréal, elle à Memramcook, tout près de Moncton, relation qui se vit « avec ses hauts et ses bas », convient Doiron. Enregistré dans leur maison au Nouveau-Brunswick, ce premier album mariant le folk, le country, le grunge et les deux langues nationales du pays parle plutôt des petites joies et des lasses peines de tous les jours.

« Y’a pu d’mayo dans l’fridge / Y reste pu grand espoir », s’époumonent Julie et Dany sur Mayo, leurs voix se battant contre de grasses guitares grunge. Une chanson fusionnelle : le texte est du Dany Placard pur jus, l’esthétique musicale rappelle le riche héritage rock de Julie Doiron. « Dany me pousse indirectement — il m’inspire, plutôt — à essayer autre chose. Ce côté grunge de l’album, ça ne vient pas de moi, c’est lui qui en avait envie », assure celle qui, en 1990, fondait à Moncton le légendaire groupe Eric’s Trip.

« Je suis en train de faire de la musique avec quelqu’un qui a joué crissement du grunge à l’époque, je vais en profiter pour faire du grunge ! » répond Dany du tac au tac. Julie et lui se sont rencontrés quelque part à l’automne 2018.

L’été suivant, ils offraient en duo le plus charmant des concerts de clôture de l’histoire du Festival de musique émergente en Abitibi-Témiscamingue, un tour de chant bilingue, fleuri de sourires réciproques et de regards admiratifs. Tout de suite après, quelqu’un de la maison de disques Simone Records tirait Dany par la manche : « Si vous faites un album ensemble, est-ce qu’on peut le sortir ? »

Ça aura pris trois ans et une pandémie pour qu’on l’entende. Un disque intime glorifiant le bonheur des jours qui coulent d’ordinaire. Ça rappelle cette scène, dans un épisode de Seinfeld (« The Pitch », 4e saison), où George et Jerry discutent au restaurant à propos d’un projet d’émission télé de Jerry. George suggère qu’il s’agisse d’un « show about nothing », résumant ainsi en une petite phrase l’esprit de la célèbre sitcom. Placard acquiesce : « C’est ça, un disque sur le quotidien, sur la beauté de l’ordinaire — mais avec des affaires qui nous sont arrivées pour vrai ! »

L’idée derrière Tomate a surgi toute seule pendant que Julie préparait ses semis. Dany avait trouvé la musique d’I Remember Being Home pendant que Julie prenait son bain à l’étage ; lorsqu’elle est redescendue, elle a dit : « OK, j’ai le texte, on enregistre. » Une prise et ça y était : « Je chantais dans le bain pendant que je l’entendais jouer », raconte Julie. Le rock aux guitares épiques Jean-Talon Market est né tout aussi simplement, à partir « d’un démo que j’avais enregistré dans mon téléphone et que j’avais complètement oublié », explique Julie. « En enregistrant sa voix, j’ai compris qu’elle racontait cette journée où nous nous étions retrouvés la première fois au marché », relate Dany.

Parfois en anglais

Dany Placard rend même naturelle sa façon nouvelle de chanter — en anglais ! « Ouin », laisse-t-il tomber pendant que Julie ricane. « Tu sais, moi, je viens du Saguenay. D’une famille québécoise souverainiste qui parle pas anglais. Je me suis retrouvé à devoir parler en anglais parce que Julie a beaucoup d’amis anglos », ce qui rappelle leur première tournée ensemble, en Espagne, il y a trois ans, en compagnie d’un groupe américain. « Tout le monde parlait anglais dans le truck, j’ai dû apprendre de force. » L’union du Bleuet et de l’Acadienne a eu cet effet inattendu sur la carrière de Placard, qui, pour la première fois dans sa carrière, a été mentionné par le média spécialisé Pitchfork.

« Je fais des jokes en disant que cette collaboration avec moi va ruiner sa carrière ! » lance Julie, tout sourire. Elle incite en tout cas Placard à s’installer en permanence avec son amoureuse à Memramcook, où résident déjà plusieurs amis musiciens, dont Julie Aubé et Vivianne Roy, des Hay Babies, et Mico Roy, des Hôtesses d’Hilaire.

« Les Acadiens sont vraiment trippants », décrète Dany Placard, qui prend de plus en plus goût à son nouveau petit village. « Quand y’a une tempête de neige, ce que je fais, c’est que je laisse Julie aller gratter l’entrée. Lorsque les voisins voient une femme en train de gratter l’entrée toute seule, ils reviennent avec leur tracteur en disant “Tasse-toi de d’là, tu vas te faire mal au dos !”, pis ils grattent notre entrée gratis. »

Voilà déjà un sujet de chanson pour leur prochain album !

Julie et Dany

De Julie Doiron et Dany Placard, disponible sur étiquette Simone Records.

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