Victoire convaincante de Syroko aux 15e Syli d’Or

Le groupe gagnant du Syli d'or 2022, Syroko, qui soulignait jeudi soir dernier son 15e anniversaire.
Photo: Peter Graham Le groupe gagnant du Syli d'or 2022, Syroko, qui soulignait jeudi soir dernier son 15e anniversaire.

Organisée par les Productions Nuits d’Afrique, la 15e édition du concours de la relève en musiques métissées Les Syli d’Or renouait enfin avec le public jeudi soir dernier lors d’une festive finale présentée au cabaret La Tulipe. La victoire du groupe Syroko n’a fait aucun doute, l’orchestre mariant avec élégance chaabi algérien, musique andalouse et chanson francophone. C’était, à l’évidence, la proposition la plus raffinée et aboutie de cette finale ; le projet latino-pop disco du flamboyant Papish a quant à lui ravi le Syli d’argent, alors que le petit orchestre Kotakoli, du Congolais d’origine Blaise Labamba, a terminé bon troisième avec le Syli de bronze.

Mené par le guitariste et chanteur Yles Hamadou, l’orchestre Syroko s’est imposé sur scène en conclusion de cette soirée musicale joyeusement bigarrée. Deux percussionnistes, un contrebassiste, un accordéoniste, une violoniste (Laetitia Franco-Lévesque, qui trempe son archet dans plusieurs projets musicaux de la métropole) et un banjoïste (Ali Idres, excellent) l’accompagnent durant ce tour de chant « algérien, espagnol et français, parce que c’est ça, Montréal : on se mélange, on n’a pas le choix ! » a lancé Hamadou pendant que la régie tentait de nous débarrasser d’un insistant larsen en début de spectacle.

Le parterre ondulait doucement au rythme de la derbouka perçant les riches orchestrations du groupe trilingue, c’était fameux. Sauf erreur, Syroko n’a toujours pas d’album à offrir, mais ça viendra, puisqu’en plus des grands honneurs de cette 15e édition, l’orchestre remporte aussi des heures en studio pour l’enregistrement d’un projet et s’assure de prendre part à quelques festivals en province, à commencer par la prochaine édition du Festival international Nuits d’Afrique, dont la 36e édition se déroulera du 12 au 24 juillet.

Finale dansante

 

Arrivé deuxième au résultat des courses déterminé par un jury professionnel et le vote du public, Papish a fait danser la galerie avec son répertoire certes attaché aux courants populaires d’Amérique latine — la cumbia, le reggaeton —, mais résolument pop dans sa conception. Un percussionniste jouait de la batterie électronique, le son en séquences d’un tambour servant de fondation aux compositions du groupe, parfois plus dub-rock, sinon plus disco et dansant.

À sa tête, Papish se démarque moins par la force de sa voix que par celle de sa présence, spectaculairement enjouée. On peut assurément compter sur lui pour mettre de l’ambiance dans une soirée. Il danse, gesticule, harangue la foule comme s’il s’agissait de sa propre famille, laquelle était incidemment au La Tulipe, autant pour l’applaudir que pour célébrer son anniversaire de naissance.

Chargés de briser la glace en début de soirée, Blaise Labamba et l’orchestre Kotakoli constituaient le musicien le plus expérimenté de cette finale. Avant de venir s’installer au Québec, Labamba a appris le métier au sein de l’orchestre Big Stars, fondé en 1991 par le regretté Général Defao, un des grands de la scène musicale congolaise dans les années 1990 et 2000, pilier de la rumba locale, du soukous et du ndombolo. C’est précisément ce genre d’énergie musicale que Labamba s’activait à recréer sur la scène du La Tulipe.

Et c’était réussi… mais à petite échelle. Les orchestres rumba de l’autre côté de l’Atlantique sont massifs, réunissant parfois plus d’une douzaine de musiciens et autant de danseurs. Kotakoli en est la déclinaison à petite échelle : un batteur, un guitariste, un claviériste, Labamba comme maître de cérémonie, accompagné d’une danseuse. Tout y était, les costumes de scène, les chorégraphies, mais la musique manquait forcément de puissance, réduite à une section rythmique grossièrement orchestrée. Le caractère brut des chansons rendait service à l’urgence de fête que nous communiquaient les musiciens, mais nous faisait rêver à une version maximaliste du même projet, bonifiée par des percussionnistes et des guitaristes additionnels.

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