Le Concours Tchaïkovski exclu de la Fédération mondiale

Vladimir Poutine prend la parole, lors du 15e Concours international Tchaïkovski, en 2015.
Photo: Alexei Nikolsky RIA Novosti via Agence France-Presse Vladimir Poutine prend la parole, lors du 15e Concours international Tchaïkovski, en 2015.

À l’issue d’une assemblée générale extraordinaire, la Fédération mondiale des concours de musique a décidé d’exclure le Concours international Tchaïkovski de ses membres, avec effet immédiat.

La décision, dans un sens ou dans l’autre, était attendue. Le mois dernier, Florian Riem, le secrétaire général de la Fédération mondiale des concours internationaux de musique (FMCIM), indiquait au Devoir qu’« une telle exclusion n’est pas une décision facile à prendre et demande à la fois du temps et une considération attentive de tous les arguments ». M. Riem avait aussi souligné l’importance « de maintenir les relations avec l’autre côté de la frontière », demandant au passage : « Dans quel autre domaine que celui de la culture pouvons-nous trouver autant de valeurs communes ? »

C’est cependant « à une écrasante majorité » que la décision a été prise.

« Ce geste de bannir l’outil de propagande de Poutine porte bien plus que celui de bannir des pianistes russes qui n'ont rien à voir avec la triste situation », confie l’un des participants au scrutin, outré du renvoi du pianiste Alexander Malofeev par l’Orchestre symphonique de Montréal au début de mars. La FMCIM en a d’ailleurs profité pour réaffirmer sa position d’opposition à « la discrimination et l’exclusion d’artistes individuels en raison de leur nationalité ».

Embellie pour Netrebko

 

Parmi les artistes emblématiques du régime russe, Anna Netrebko — mandataire de Vladimir Poutine lors des élections présidentielles de 2012 et de 2018, qui a fêté son 50e anniversaire en septembre 2021 au Kremlin, recevant un message de vœux et de félicitations du président — va bien mieux qu’il y a un mois. Son violent bannissement de Novossibirsk après ses propos sur la guerre en Ukraine semble lui avoir servi en Occident. Elle est en voie de réhabilitation en Italie (engagements à la Scala et à Vérone) et à Monte-Carlo, mais aussi dans son pays, à Saint-Pétersbourg, grâce à Valery Gergiev.

Un artiste, par contre, commence à se faire du souci : Teodor Currentzis, dont l’Orchestre MusicAeterna est financé par la banque VTB, objet de sanctions. Le chef, selon le journaliste allemand Axel Bruggemann, se serait aussi fait acheter des spectacles par des oligarques russes au Festival de Salzbourg.

La Philharmonie de Paris, qui vient d’annuler des spectacles Rameau de Currentzis, n’a pas répondu aux questions du Devoir, mais invoque une « impossibilité matérielle de préparer le concert ». Elle a également fait valoir au mensuel Diapason qu’il ne s’agissait pas pour elle de « se retrancher derrière un prétexte face à un choix embarrassant ».

Toutefois, on apprend que « des discussions étaient en cours avec Teodor Currentzis afin de savoir s’il envisageait de s’exprimer, lorsque la problématique des répétitions s’est imposée, anticipant une possible annulation ». La saga ne fait que commencer, car Currentzis est dans le viseur de l’ambassadeur de l’Ukraine en Autriche, Wassyl Chymynez, pour qui « Currentzis et son ensemble font partie du système Poutine ».

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