Lydia Képinski est un être supérieur

Depuis la parution de l’album «Premier juin» au printemps 2018, Lydia Képinski a en quelque sorte dû apprendre à vivre sous les projecteurs, cette idée servant de fil conducteur au deuxième album de sa jeune carrière intitulé «Depuis».
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Depuis la parution de l’album «Premier juin» au printemps 2018, Lydia Képinski a en quelque sorte dû apprendre à vivre sous les projecteurs, cette idée servant de fil conducteur au deuxième album de sa jeune carrière intitulé «Depuis».

J’ai remarqué que j’avais un tic d’écriture », avoue Lydia Képinski, terminant son café la tête enfouie dans le capuchon de son coton ouaté. « Dans quatre chansons de l’album, je dis “Je sais”. Ça devient une espèce d’assertion : “Je sais, c’est ça ma vie” désormais, écrire des chansons et les offrir au public en spectacle, “et c’est vraiment génial, mais ça vient avec ses défis”. »

Son nouvel album s’intitule Depuis, il contient 11 nouvelles chansons comme autant de cailloux laissés sur son chemin depuis la sortie, en 2018, de l’album qui l’a fait connaître, Premier juin. « C’est en quelque sorte ma confrontation avec ce choix de carrière. Une réalité très tangible, non plus fantasmée, que j’ai vécue comme un bouleversement », confie-t-elle.

D’abord, ce n’est vraiment pas un album de pandémie : sur le plan des textes, je suis toujours en train d’écrire. Dès le lendemain de la sortie de Premier juin,
j’ai écrit une nouvelle chanson. Les chansons de Depuis ont été composées ces quatre dernières années, mais la pandémie m’a permis de me concentrer uniquement sur l’album.

« Renée Claude ! Elle, je l’aime tellement ! » lance Lydia Képinski, juste après avoir chanté un bout du refrain de Tu trouveras la paix, l’immortelle chanson que Stéphane Venne avait composée pour l’icône de la chanson québécoise. « Sur YouTube, on peut regarder des concerts d’elle, c’est incroyable : on la voit dans sa longue robe glamour, le public assis dans ces salles à l’italienne. Renée Claude, c’est vraiment la Lana del Rey du Québec ! »

Képinski aime aussi les performances théâtrales. La dernière fois, c’était en novembre dernier, dans cette nouvelle salle qui ne porte toujours pas de nom, cachée dans le quartier Chabanel. Avec ses musiciens, elle présentait en primeur les chansons nouvelles de Depuis, son deuxième album. « C’était la première fois que je jouais sur scène depuis le début de la pandémie », note-t-elle en vantant le travail du concepteur d’éclairages Benoît Gromko qui donnait tant de cachet à cette ancienne manufacture. « Je suis vraiment sensible aux éclairages dans la vie, j’aime les spectacles de lumières. »

En quête d’équilibre

Depuis la parution de l’album Premier juin au printemps 2018, Lydia Képinski a en quelque sorte dû apprendre à vivre sous les projecteurs, cette idée servant de fil conducteur au deuxième album de sa jeune carrière. Il s’intitule Depuis, « comme un repère temporel, comme l’était aussi le titre Premier juin. Depuis, ça marque le temps qui passe. Lorsque j’ai écrit Premier juin, je ne savais pas trop encore ce que j’allais faire dans la vie, je ne savais pas que ce serait ça, ma vie. Depuis, c’est ma vie, caractérisée par les voyages, le transport, le tourbillon ».

Sur Arbol, elle explique la difficulté d’avoir une relation de couple dans le contexte où son métier l’amène à constamment prendre la route. Même l’exercice d’une entrevue est un bouleversement : « Je n’ai pas l’habitude de raconter ma vie à des inconnus », échappe Lydia Képinski.

« Ce que je trouve difficile, c’est de devoir mettre la switch à on et off à tout moment. “OK, soit divertissante ! Dis quelque chose, sois spontanée !” C’est dans ces moments-là que je risque d’aller trop loin et de parler sans réfléchir », le genre de regrets qu’elle exprime dans le texte du premier extrait de l’album, l’entraînante MTL me déteste. « Ça manque d’équilibre, tout ça… Sous prétexte que j’écris des choses très personnelles dans mes chansons, on m’envoie au dernier étage de la tour brune et là, face à l’animatrice, on me donne trois minutes pour me montrer intime et vulnérable ! »

De toute façon, raconter sa vie à des inconnus, « je le fais sur disque, mais là c’est orchestré, réfléchi, fignolé dans le moindre détail. Comme dans une mise en scène », spectaculaire en ce qui concerne Depuis, album dynamique et coloré réalisé par son brillant complice Blaise Borboën-Léonard, mais très différent dans sa conception de celui d’il y a quatre ans.

Allers-retours déterminants

 

« D’abord, insiste Lydia, ce n’est vraiment pas un album de pandémie : sur le plan des textes, je suis toujours en train d’écrire. Dès le lendemain de la sortie de Premier juin, j’ai écrit une nouvelle chanson. Les chansons de Depuis ont été composées ces quatre dernières années, mais la pandémie m’a permis de me concentrer uniquement sur l’album », de passer ses journées dans son studio maison, « même les samedis et les dimanches », à le peaufiner, à en approfondir la conception sonore et le texte.

« Ensuite, le processus fut différent, moins statique. Premier juin, je me rappelle l’avoir composé à la guitare, pour ensuite apporter les chansons à Blaise et faire l’album. Là, tout est parti d’un iPad que ma mère m’avait donné ; dans un avion me ramenant de France, à temps perdu, j’ai ouvert [le logiciel de création musicale] GarageBand. Je me suis mise à écrire des lignes de guitare avec le petit crayon. De retour dans mon petit studio, je transférais les pistes, j’ajoutais des trucs, je sculptais déjà la chanson avant de retravailler avec Blaise. Avoir cette structure de départ me permet d’expérimenter. »

Bien qu’elle nous chante de sa voix forte, claire, qui donne toutefois l’impression d’être incertaine, « un peu comme lorsque ta voix casse lorsque tu t’apprêtes à pleurer », illustre-t-elle, Képinski s’ouvre à nous avec impudeur et authenticité. Les élans plus dansants de certaines chansons à saveur italo-disco (Deux jours, L’imposture, Vaslaw) font le lien avec la version remixée de Premier juin et permettent à Képinski de se distinguer dans le paysage de la nouvelle chanson québécoise au féminin.

Que devrait-on retenir de ce nouvel album ? « J’aimerais que les gens ressentent une certaine nostalgie, qu’ils fassent à leur tour des allers-retours dans leur propre vie. Se dire “Depuis ci ou ça, il m’est arrivé ceci, cela”. Avoir ces repères dans le temps nous permet d’en apprendre sur nous, de réfléchir à notre propre vie, de mesurer notre progrès. » Et depuis Premier juin, Lydia Képinski se perçoit-elle comme une meilleure autrice, une meilleure compositrice, une meilleure interprète, une meilleure personne ? « Oui ! répond-elle en riant. Je suis un être supérieur — surtout si je compare à avant ! »


 

Depuis

Lydia Képinski, ChiviChivi. L’artiste sera en concert le 20 mai au Festival Santa Teresa.

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