Se remettre en scène, un festival à la fois

Le Festif de Baie-Saint-Paul prévoit cette année un retour d’un «classique», avec les spectacles gratuits dans la «rue festive» le samedi. Ici, Marjo en prestation en 2019.
Photo: Louis Laliberté Le Festif de Baie-Saint-Paul prévoit cette année un retour d’un «classique», avec les spectacles gratuits dans la «rue festive» le samedi. Ici, Marjo en prestation en 2019.

Les festivals régionaux de musique misent beaucoup sur un retour à la normale cet été, après le climat de crise sans précédent des deux dernières années. Mais si les organisateurs ont nettement plus le coeur à la fête, ils estiment que la pandémie a révélé la fragilité d’une industrie qui n’en ressort pas indemne.

Les années 2020 et 2021 ont été très difficiles. Il fallait faire des plans, puis les défaire. C’était un stress supplémentaire et c’était compliqué pour tout le monde. Après tout, nous sommes dans le domaine du spectacle parce qu’on aime mettre les artistes en valeur et développer des idées. Depuis deux ans, c’était donc déprimant », laisse tomber la directrice générale du Festival de musique émergente (FME) de Rouyn-Noranda, Magali Monderie-Larouche.

Ce sentiment, d’autres organisateurs de festivals musicaux implantés dans différentes régions du Québec l’ont vécu. C’est le cas de La Noce, à Chicoutimi, qui a eu à peine le temps de tenir trois éditions « normales » avant que le couperet de la COVID-19 tombe sur le milieu musical, provoquant des annulations généralisées en 2020, au moment où les festivals étaient sur le point d’annoncer leurs programmations.

« On s’est retrouvé dans une belle incertitude pendant deux ans, parce qu’on ne savait pas à quel point le public pouvait être fidèle à l’événement. On ne savait pas s’il reviendrait », se souvient Éric Harvey, président du conseil d’administration et coresponsable de la programmation du festival chicoutimien.

Tant à La Noce qu’au FME, mais aussi au Festif de Baie-Saint-Paul, au Festival musique du bout du monde et au Festival de la chanson de Tadoussac, 2022 s’annonce donc comme un grand soupir de soulagement collectif. « C’est beaucoup plus simple d’organiser un festival sans contraintes sanitaires. C’est presque facile, par rapport à ce qu’on a connu avec la pandémie. On le sent aussi dans l’équipe et ça laisse place à plus de créativité. C’est une bouffée d’oxygène qu’on avait hâte de vivre », souligne Julien Pinardon, directeur général du festival de Tadoussac, qui tiendra cette année sa 38e édition.

Même son de cloche dans Charlevoix, où le directeur général et artistique du Festif, Clément Turgeon, croit en une véritable « relance culturelle » estivale l’été prochain. Et le public répond déjà présent, ajoute-t-il. La preuve : moins de 24 heures après l’ouverture de la billetterie, 16 500 billets se sont vendus au Festif, tandis que La Noce a déjà écoulé une vaste majorité de ses « passeports » pour l’événement.

Créativité renouvelée

 

Cet engouement déjà bien réel, à trois mois du début de l’été, Clément Turgeon l’attribue à une volonté claire « de se réunir en grand nombre dans des événements estivaux ». Et puisqu’il existe plusieurs festivals de musique hors des grands centres urbains du Québec, chacun mise cette année sur une créativité renouvelée pour se démarquer.

À La Noce, on a opté pour un retour sur un site historiquement important de la région, soit la Pulperie de Chicoutimi. « On voit que la formule du mariage coloré néo-hippie plaît aux gens. Ils embarquent. En 2022, ce sera La Noce de cire, avec les chandelles, l’astrologie, le tarot, la sorcellerie, etc. Ce sera la signature visuelle du site », explique Éric Harvey.

À Tadoussac, les organisateurs ont choisi d’exploiter plus que jamais le décor naturel du village de la Côte-Nord, avec une scène sur la plage et une autre située à la halte routière qui surplombe l’embouchure du fjord du Saguenay et l’estuaire du Saint-Laurent. « Peut-être que la pandémie a influencé, du moins en partie, la formule. On veut davantage de spectacles en extérieur, et Tadoussac s’y prête bien », fait valoir Julien Pinardon.

Au Festif de Baie-Saint-Paul, la crise sanitaire a surtout permis d’expérimenter l’an dernier de nouveaux sites, comme un champ situé près de la baie, ou encore un « pit à sable » qui a fait ses preu0ves en guise de décor propice aux spectacles plus rock. L’édition de juillet prochain conservera donc certains acquis positifs découlant des adaptations imposées par cette crise. « Nous présentons un mélange entre les idées de l’édition COVID de 2021, comme le pit à sable, et les classiques du Festif ! des beaux jours, comme la scène flottante de la rivière du Gouffre, la grande scène principale ou la rue Festive. » À cela s’ajoutent des sites redessinés et un retour des multiples spectacles accessibles gratuitement.

Défis de relance

 

Si le retour attendu des foules est salutaire pour les festivals, ceux-ci ne sont pas pour autant tirés d’affaire. La pandémie a laissé des traces, notamment lorsque vient le temps de bâtir des équipes en mesure de porter — bien souvent à bout de bras — des événements qui se résument à quelques jours à peine, après des mois de préparation.

« La pandémie a fait ressortir la fragilité de la rémunération pour plusieurs travailleurs contractuels du domaine culturel, comme les techniciens et les autres contractuels. On le ressent encore aujourd’hui et ce sont des impacts qui risquent de durer pendant quelques années. Certains ont simplement quitté le milieu. Ça démontre donc l’importance de sécuriser les emplois », explique Julien Pinardon

Le défi, en cette année de relance, est accentué par la pénurie de main-d’œuvre au Québec, notamment en régions. « Les impacts de la crise, qui ont amené plusieurs personnes du milieu culturel à aller se trouver un emploi ailleurs, coïncident avec une pénurie de main-d’œuvre généralisée. Nous sommes un festival de région, donc on le ressent directement. On a ouvert des postes et on a eu peu de candidatures, par rapport à ce qu’on voyait il y a de cela quelques années », fait valoir Magali Monderie-Larouche.

Dans ce contexte, la directrice générale du FME évoque carrément un besoin de reconstruction. « Même si la pandémie est passée, c’est un milieu à reconstruire. C’est certain que nous aurons encore besoin d’aide. Il faudra aussi être patients, parce que nous ne sommes pas sortis de là indemnes. Et pour bâtir une relève chez les travailleurs, il faudra aussi augmenter les salaires, mais c’est de l’argent qui ne pourra pas aller dans la programmation », explique-t-elle.

Le même besoin de rebâtir est bien réel pour la relève musicale, ajoutent Julien Pinardon et Magali Monderie-Larouche, après deux années en dents de scie pour des festivals qui se font normalement un devoir de faire de la place pour les artistes qui émergent.

 

Clément Turgeon espère donc que le Québec saura tirer des leçons de la crise. « Ça nous a fait réaliser à quel point la culture est un élément identitaire important. D’avoir retiré pendant trop longtemps les occasions de se connecter à la musique en vrai, de vibrer tous ensemble devant des spectacles, nous fait réaliser que la culture et l’événementiel sont des valeurs inestimables et qu’il est important de leur accorder un statut plus important qu’actuellement. »

Des incontournables pour les festivaliers sur la route de l’été

Festival de la chanson de Tadoussac : Le rendez-vous du 16 au 19 juin est l’occasion de renouer avec le « passeport décibels », qui donnera accès à des spectacles d’Émile Bilodeau, de Lisa LeBlanc, de Gros Mené, des Louanges et des Hay Babies. Plusieurs prestations sont aussi prévues dans le village, notamment sur la magnifique plage ou dans les petits bars intimistes. Et le décor est en soi un spectacle naturel.

La Noce, à Chicoutimi : La formule est simple (80 $ pour un passeport de trois jours) et promet plusieurs gros et beaux noms de la musique québécoise parmi les quelque 50 artistes invités : Daniel Bélanger, Hubert Lenoir, Loud, Lydia Képinski, Louis-Jean Cormier, Bon enfant, Alex Burger, etc. Du 30 juin au 2 juillet.

Le Festif de Baie-Saint-Paul : Les ventes de billets ont déjà pris leur envol et plusieurs spectacles affichent complets. Mais on peut toujours trouver quelque chose entre les 90 artistes attendus sur 25 scènes, dans le cadre des 120 spectacles prévus du 21 au 24 juillet. Le festival se transporte partout, à toute heure, bien souvent en formule gratuite.

Festival de musique émergente de Rouyn-Noranda : Le très populaire festival de l’Abitibi revient à une formule « normale » pour sa 20e édition, à capacité maximale pour les scènes extérieures et intérieures. La programmation doit être annoncée en juillet, mais on connaît déjà les dates de l’événement : du 1er au 4 septembre.



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