Francis Choinière, un jeune chef d'orchestre prometteur

Tam Photography

Le jeune chef Francis Choinière enchaîne les présences à la Maison symphonique. Avec son Orchestre FILMHarmonique, il se mesurait samedi à rien de moins que la Symphonie fantastique de Berlioz et le Boléro de Ravel. Avec succès.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, Francis Choinière, chef et entrepreneur dans la mi-vingtaine, dirige autant de concerts ces derniers temps à la Maison symphonique que l’OSM en programme. Alors que le public est encore frileux quant à ses choix de sorties, le sujet est forcément intéressant et mérite attention.

Après les Requiem de Fauré et Duruflé en version avec orgue, la programmation de partitions aussi associées à de grandes réussites, ici, que la Fantastique, l’Apprenti sorcier et le Boléro aurait pu être le signe d’un excès d’ambition et de témérité. Eh bien, pas du tout.

Un Bal inhabituel

Lors de cette soirée dédiée à Boris Brott, « musicien et humaniste », Francis Choinière a dirigé avec tenue et assurance un orchestre constitué de musiciens d’ici et mené au premier violon par l’excellent Jean-Sébastien Roy de l’OSM, la cheffe d’attaque des deuxièmes violons étant Marie-Josée Arpin, violon solo de l’orchestre de Trois-Rivières. On reconnaissait à la flûte Albert Brouwer, de l’OSM, à la clarinette Simon Aldrich, de l’OM. Bref, l’orchestre composé par Denis Chabot, associé des frères Choinière dans GFN Productions, était aussi solide que lors du spectacle Le seigneur des anneaux, que nous avions vu à la salle Wilfrid-Pelletier. Si l’on cherche à pinailler, on pourrait doper les cors, donner un peu plus d’éclat et de mordant aux trompettes et d’aplomb aux harpes. Mais le solo d’André Leroux au saxophone dans le Boléro (entre autres, d’ailleurs), on s’en souviendra. Si Giulini avait dirigé ça, du bout des lèvres, après, il aurait lâché un « merci »…

Concert plaisant, bien tenu, bref tout ce qu’il faut en fin de semaine après une semaine de travail en pensant à nous, à nos oreilles, et pas à quelque nécessité expressive métaphysique d’un créateur désireux de transmettre à l’auditeur le rapport entre son moi profond, le cosmos et l’environnement dans l’entrelacs des valeurs croisées de ses multiples identités, cultures et valeurs — pour paraphraser le salmigondis à la mode.

Dans la Fantastique, Choinière s’est distingué en faisant, enfin, entendre à Montréal la version avec cornet solo du « Bal ». Il n’a cependant pas trop su quoi faire de cet instrument exogène, qui sonnait comme une addition de contre-chants malhabiles plutôt que comme un personnage isolé (Berlioz) qui ne parvient pas à s’intégrer au tourbillon.

L’apprenti sorcier était bien conduit, plutôt rapidement et sans trop de théâtralité ou de suspense (le « retenu » après le bris du balai dans Fantasia). Excellent Boléro, à la gradation régulière sans effet de manches et apport astucieux et impressionnant de deux musiques de film.

Sur l’ensemble de la soirée, très satisfaisante, il n’y avait certes pas d’idées interprétatives majeures, mais aucun détournement de sens ou flop. Le public, assez inhabituel, était heureux.

 

Hommage à Berlioz et Ravel

Berlioz : Symphonie fantastique. Dukas : L’apprenti sorcier. Desplats : Harry Potter et les reliques de la mort (3 extraits). Maurice Jarre : Lawrence d’Arabie (ouverture). Ravel : Boléro. Orchestre FILMharmonique, Francis Choinière. Maison symphonique, samedi 9 avril.

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