Les Cowboys Fringants sortent un nouvel album - Le retour des grands sensibles

Avec leur nouveau disque La Grand-Messe, les Cowboys Fringants n’ont jamais semblé plus solides, plus confiants aussi, et plus matures.
Photo: Jacques Grenier Avec leur nouveau disque La Grand-Messe, les Cowboys Fringants n’ont jamais semblé plus solides, plus confiants aussi, et plus matures.

En décembre dernier, à la veille du jour de l'An, les Cowboys Fringants (CF) ont donné tout un party au Centre Molson. Puis ils se sont tus. Retournés à l'écriture, ils se sont mis à préparer tout de go leur nouvel opus, qui depuis hier s'envole des bacs. La Grand-Messe, cela s'appelle, peut-être en écho à la fête de l'hiver dernier. Sur disque, les CF n'ont jamais semblé plus solides, plus confiants aussi, et plus matures. Vous avez bien lu: matures. Un terme dont les cinq fringants se méfient.

À vrai dire, à la première écoute, cette grand-messe ne nous a pas plu. Pas du tout. Trop fignolé, enrobé, en fait, emprunté par bouts, même, un brin tzigane ou proche de Le Vent nous portera, de Noir Désir, au début de la pièce Plus rien. On n'attendait évidemment pas les CF au même endroit qu'avec Break Syndical, mais on s'attendait à ce que le disque fasse coup de canon comme le précédent. Et puis? Pas de grande claque. Il a fallu attendre les écoutes subséquentes. Quatre, en fait, en rafale, avec une nuit de conseils avant la dernière. Pour se rendre compte que l'intro toute en douceur de ce disque, celle qui mène à la chanson Les Étoiles filantes, qui ne nous était d'emblée pas apparue comme la magnifique pièce qu'elle nous semble vingt-quatre heures après, n'avait de sens qu'avec l'ensemble.

Cet album qui vous grandit dessus, comme disent les anglos, peut apparaître comme une rupture par rapport au précédent disque. Pourtant, les cuivres, qui donnent à certaines pièces un petit côté festif à l'européenne, sont intégrés depuis belle lurette. Ils font partie de la substantifique moelle du groupe, ou du moins ce qu'elle est devenue avec le temps, les dizaines de concerts et les années passées en groupe. Ce qui fait que ce disque tant attendu, qui a été pondu en onze mois, est différent, très riche à certains endroits, moins à d'autres, mais d'une digestion qui n'est pas instantanée.

Les CF ne sont pas au même endroit, ce qui est très bien. «Ça montre qu'il n'est pas facile», résume Dominique Lebeau, batteur et fin amateur de musiques. «C'est un album qui est plus subtil, qui n'est pas dans la face, comme une tonne de briques», reprend Jérôme Dupras, bassiste. Pour Marie-Annick Lépine, la multi-instrumentiste derrière les arrangements des cordes, l'album «représente là où on est rendu aujourd'hui. On n'allait pas faire un deuxième Break Syndical, mais je ne considère pas qu'il est si loin non plus.» Pour le parolier du groupe, JF Pauzé, ç'a été tout de même un retour à l'inconnu, bien qu'il se soit remis au boulot, il faut le faire, moins d'une semaine après le show du Centre Molson.

Une mélancolie qui traverse l'oeuvre

Au fil des années et au plus grand plaisir des milliers de fans qui les suivent désormais, les CF sont devenus un groupe majeur et important au Québec. Et La Grand-Messe est à la hauteur de ce cap duquel le groupe peut difficilement redescendre. Après les textes livrés par JF Pauzé, «je pensais que la job qui restait à faire, c'est d'améliorer le côté musical, explique Marie-Annick. C'est ce que je voulais faire. Je voulais que l'album sonne plus mature, avec plus de subtilités dans les arrangements, plus de nuances, qu'on n'avait pas sur Break Syndical.» Chose faite.

À la première écoute, on se dit que La Grand-Messe est passablement plus sombre. Encore une fois, le groupe s'en défend. Mais reste que la mélancolie qui traverse l'oeuvre des CF est toujours aussi présente: Hannah, un personnage véritable, vit sa solitude sur Internet, par exemple. «Mais on n'écrit pas des chansons braillardes. Ce sont de belles nostalgies», souligne Marie-Annick. «On se rend compte qu'il faut vivre maintenant, qu'il sera trop tard pour dire, plus tard, qu'on n'est pas allé au bout de nos rêves», relance Jérôme. Encore, Les Étoiles filantes, sur la vie qu'il faut vivre à plein parce qu'elle est si courte, est une réelle prise de position. L'hommage à Ti-Poil, Lettre à Lévesque, est écrite sur un mode des plus intimes. Les CF vous le diront, c'est un album moins cynique, qui ouvre partout des portes d'espoir.

La manière de chanter de Karl n'a jamais été aussi belle, lui qui s'était surpassé dans le précédent disque, au point où on pense à Bori, qui est au-dessus de la crème lorsque vient le temps de véhiculer des émotions. Il ressort de cette écoute un groupe d'une sensibilité extrême, autant lorsqu'il parle du gaspillage d'eau que de la quête d'accomplissement d'un individu. Une grande rareté. Les Cowboys Fringants repartent en tournée québécoise dès décembre. Quatorze dates sont prévues en début d'année prochaine à La Tulipe, à Montréal.