Ellis tient les rênes dans Bartók

Le concert de l’orchestre Métropolitain a moyennement rempli la Maison symphonique samedi.
Photo: TamPhotography Le concert de l’orchestre Métropolitain a moyennement rempli la Maison symphonique samedi.

Nicolas Ellis dirigeait l’Orchestre Métropolitain (OM) samedi soir à la Maison symphonique, alors que Yannick Nézet-Séguin avait été présent dans l’après-midi sur les écrans de cinéma dans Don Carlos en direct du Met à New York. Le Devoir a choisi de suivre les musiciens montréalais dans un programme ardu, très bien maîtrisé par le jeune collaborateur artistique de l’OM.

Le marché du concert est décidément un peu atone ces derniers temps. On imagine bien que si Michael Tilson Thomas et l’OSM ont eu du mal à remplir la salle avec la 9e Symphonie de Schubert, l’OM et Nicolas Ellis ont quelque peu « ramé » avec un programme associant le Concerto pour violon de Nielsen, mettant en vedette la violon solo de l’orchestre, Yukari Cousineau, et le Concerto pour orchestre de Bartók. Mais il en va de même pour tous les organismes en ce moment.

Dans le cas présent, peut-on vraiment blâmer le public ? Qui a vraiment envie de se coltiner le Concerto pour violon de Carl Nielsen ? Même en fan émérite de ses six Symphonies, de Mascarade ou de sa suite Aladdin on est en droit de se demander si le Danois n’avait pas, au moment de composer son Concerto pour violon, mangé quelque smørrebrød (sandwich local) frelaté, dont les toxines lui auraient occasionné une paralysie créatrice.

Des quatre sections, il n’y a à peu près que le léger mais long Finale anti-climatique qui ressemble à quelque chose (et encore…), alors que le reste se perd dans des méandres sans fin, dont le seul but semble être de tendre des pièges au soliste, notamment l’Allegro cavalleresco, Yukari Cousineau faisant au mieux pour ne pas le laisser trop paraître.

Bartók avec générosité

 

Au nom de la juxtaposition des deux « génies nordiques », Sibelius et Nielsen, cette œuvre a trouvé au disque une sorte de justification de son existence. Au concert, nous ne l’avions jamais subie et nous espérons bien qu’il en sera à nouveau ainsi jusqu’à la fin de nos jours.

À la recherche de concertos pour violon du XXe siècle peu joués, on peut se tourner vers Britten, Stravinski, les deux de Szymanowski et, pour aller dans des zones plus obscures, Luis de Freitas Branco, Einar Englund ou Michael Daugherty, voire William Bolcom.

 

Les interprètes ont tiré le maximum du pensum et se sont jetés avec délectation dans le Concerto pour orchestre de Bartók. Nous avons entendu fort peu de grand Bartók à Montréal ces dernières années, Le château de Barbe-bleue de Yannick Nézet-Séguin l’emportant haut la main.

Le jeune chef Nicolas Ellis a montré une belle emprise sur la partition et sur l’orchestre, lui-même fort généreux. On en veut pour preuve les prestations de haute qualité notamment des bassons et des trompettes dans « Jeux de couples » (2e mouvement). Comme avec Kent Nagano, même si Ellis est plus attentif, c’est pourtant la caractérisation de ce mouvement qui reste un peu en deçà. Si l’on considérait que l’« allegretto » est davantage dans l’esprit que dans le tempo, on pourrait pousser davantage les contrastes de nuances et les soufflets dynamiques notamment dans la première moitié du mouvement.

Mais l’esprit de l’ensemble était là, les difficultés maîtrisées, l’orchestre tenu, heureux et bien sonnant. Par contre, la saison se poursuivra sur le même mode un peu décevant. Le prochain concert nous vaudra encore une déconvenue : le 8 avril, Speranza Scappucci, très attendue dans La mer de Debussy, dirigée par ailleurs par Rafael Payare cette saison à l’OSM, ne viendra pas  et sera remplacée par Kensho Watanabe.

Nielsen et Bartók : Concertos en double

Nielsen : Concerto pour violon. Bartók : Concerto pour orchestre. Yukari Cousineau (violon), Orchestre Métropolitain, Nicolas Ellis. Maison symphonique, samedi 26 mars 2022.

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