Anna Sułkowska-Migoń est la nouvelle Maestra

Anna Sułkowska-Migoń a dominé la demi-finale et la finale par son intelligence et sa sensibilité.
Photo: Maria Mosconi Anna Sułkowska-Migoń a dominé la demi-finale et la finale par son intelligence et sa sensibilité.

Le 2e concours La Maestra, à la Philharmonie de Paris, réservé aux cheffes d’orchestre, a consacré dimanche la Polonaise Anna Sułkowska-Migoń. La jeune musicienne de 26 ans a dominé la demi-finale et la finale par son intelligence et sa sensibilité.

Anna Sułkowska-Migoń, 26 ans, est le nouveau nom à retenir dans la galaxie en expansion des cheffes d’orchestre. La Polonaise a remporté le concours de direction parisien en interprétant en finale L’existence du possible, de Graciane Finzi, et la Suite de Pulcinella, de Stravinski. Beatriz Fernández Aucejo, 38 ans, Anna Sułkowska-Migoń, 26 ans, et Joanna Natalia Slusarczyk, 36 ans, étaient les finalistes choisies par le jury présidé par Deborah Borda, directrice de l’Orchestre philharmonique de New York. Slusarczyk a fini deuxième et Fernández Aucejo, troisième.

Cinq noms

 

Premier enseignement de cette seconde édition de La Maestra : l’excellence du niveau. Dès la deuxième soirée de quart de finale, vendredi, nous avons entendu au moins quatre candidates de niveau équivalent ou supérieur à celui des lauréates 2020.

L’excellent Paris Mozart Orchestra (ça ne s’invente pas !) et la Philharmonie de Paris ont réussi à convaincre de la pertinence de l’initiative. En pratique, la discrimination positive évite tout biais. On ne mettra pas la qualification d’untel ou d’unetelle au nom de la parité ou de quelque considération parasite.

Cela dit, un concours de direction est une étrange et indéchiffrable chose. Cela nous était apparu quand nous nous étions intéressé au concours Malko 2021, lors duquel l’excellent Québécois d’adoption Andrei Feher avait été éjecté au premier tour au profit de concurrent(e) s qui, visiblement, déroulaient un « scénario de répétition » préappris, indépendamment de ce qui se passait sur scène. Le concours La Maestra a été épargné par ces simulacres, mais il n’en reste pas moins pertinent de décrypter un tel concours en profondeur, jusque dans ses éliminées du premier tour, notablement, ici, la Française Mélisse Brunet, dernière candidate à passer vendredi, qui a dynamisé un orchestre épuisé et relu interprétativement la 2e Symphonie de Louise Farrenc comme personne.

Il ne peut certes y avoir de place pour tout le monde, mais les victimes de la demi-finale sont l’Allemande Ustina Dubitsky et la Grecque Zoe Zeniodi, deux profils très directifs. Brunet, Dubitsky, Zeniodi, Sułkowska-Migoń et Slusarczyk sont les cinq noms à retenir de cette édition.

Les critères

 

Le mystère total entoure l’avancée de Beatriz Fernández Aucejo, qui, dès « Le bal » de la Symphonie fantastique en quarts, a montré ses limites. Le jury a, semble-t-il, considéré que sa gestique chorégraphique de cheffe de chœur ne la limitait pas au Requiem de Duruflé dans la version avec orgue et que ses bruits de claquettes ne gênaient personne.

Le Concerto de Ravel de cette candidate, de loin le moins caractérisé des trois en demi-finale, pose la question cruciale du poids de l’interprétation, et donc des visions musicales dans le jugement d’un concours.

Ayant testé divers endroits de la salle, nous avons vu que la perception de l’impact interprétatif est nettement minorée sur scène. Il serait donc astucieux de positionner une partie du jury sur scène (comme il l’est) et une autre partie en salle (pourquoi pas avec un moniteur). Cela éviterait qu’une majorité du jury oublie de se rendre compte que Brunet et Dubitsky (une Allemande d’origine ukrainienne dont la grand-mère vit à Montréal) font de la musique de manière déterminée et très pertinente. Il serait dommage que des concours de direction soient des dépistages de techniciens professionnels au lieu d’être des révélateurs de musiciens porteurs de sens. Dubitsky a reçu un prix spécial décerné par l’orchestre.

Hors de tous les codes, Anna Sułkowska-Migoń a imposé la logique de son talent. Son premier contact avec l’orchestre dans l’ouverture de Don Giovanni (« on est à l’opéra, c’est un homme qui aime trop les femmes et qui va finir en enfer ») aurait été d’emblée disqualifiant en d’autres temps. Mais là, on sourit et tout passe, au charme et à la conviction. Comme Yannick Nézet-Séguin, cette musicienne stimule une équipe autour d’elle. Comment fallait-il jauger, juger, quantifier les dix ans supplémentaires d’expérience de l’excellente Joanna Natalia Slusarczyk ? Le jury a misé sur le zeste de candeur et le talent éclatant.

Les épreuves sont visibles en différé sur le site de la Philharmonie de Paris et la chaîne YouTube d’Arte Concerts.

Christophe Huss était l’invité de la Philharmonie de Paris.

 

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