Samian exclu par le FICG: «Ils m’ont invité en connaissance de cause»

«Les langues autochtones ne sont pas menaçantes, elles sont menacées», estime l’artiste.
Photo: Catherine Legault Archives Le Devoir «Les langues autochtones ne sont pas menaçantes, elles sont menacées», estime l’artiste.

Le Festival international de la chanson de Granby (FICG) se trouve dans la tourmente après avoir refusé la participation du rappeur Samian à son édition 2022. L’artiste issu de la Première Nation Abitibiwinni a refusé de se conformer à la consigne du festival, soit de chanter 80 % des chansons de son spectacle en français et 20 % en anishinaabemowin.

Le dernier album de Samian, paru l’année dernière et intitulé Nikamo, est pourtant presque intégralement écrit dans cette langue algonquienne. Joint au téléphone, le chanteur déplore la décision du festival de l’exclure de la programmation en raison de son refus de se conformer aux quotas exigés. « Quand ils m’ont dit qu’ils accepteraient un spectacle à 80 % francophone et à 20 % en langue algonquienne, je leur ai dit que je ne pouvais pas faire ça. Je leur ai dit qu’ils m’avaient pourtant invité en connaissance de cause », explique Samian. Il ajoute que « c’est comme si on me demandait d’être à 80 % Québécois et à 20 % Algonquin sur scène ».

Le FICG a décliné la demande d’entrevue du Devoir. Il a toutefois indiqué par voie de communiqué être « sincèrement désolé de la tournure des événements » et espérer « que le dialogue avec Samian et son représentant se poursuive afin qu’il puisse faire partie de la prochaine édition ». « Ça me surprendrait que j’y aille cette année », indique pour sa part le rappeur.

Dans un communiqué de presse, l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador s’est dite « consternée » par la décision du FICG.

Décision « purement politique »

C’est dans un statut publié sur sa page Facebook lundi que Samian a communiqué la nouvelle à ses abonnés. La publication a été relayée plus de 2000 fois. « Est-ce qu’en 2022, les langues autochtones doivent être considérées comme des langues étrangères ? » y écrit l’artiste. En entrevue, il affirme considérer cette décision du festival comme « purement politique ».

Il ne s’agit en tout cas pas d’une décision prise pour obtenir davantage de subventions. Dans un échange téléphonique, la directrice des communications de la SODEC, Johanne Morissette, confirme qu’il n’existe aucun quota de chansons francophones exigé des festivals pour que ceux-ci puissent obtenir des subventions gouvernementales.

« Dans le cadre de notre programme d’aide à la diffusion en variétés, qui finance le festival de Granby, il n’y a aucune règle d’admissibilité en lien avec un tel quota, précise-t-elle. C’est vraiment le festival qui fait le choix de mettre en place sa programmation et des contraintes en lien avec ses invités. » Elle ajoute que la SODEC finance le FICG à hauteur de 125 000 dollars

Pour Samian, la décision du FICG survient dans un contexte crucial. « 2022 est l’année où l’ONU a décrété que les langues autochtones étaient des langues officielles. Les gouvernements reconnaissent ça, ils parlent de réconciliation et d’ouverture », souligne-t-il. Il affirme « comprendre le point de vue du festival », mais rappelle tout de même qu’il ne chante pas en anglais. « Il reste beaucoup de chemin à faire », soupire-t-il.

C’est aussi l’avis du créateur de contenu Xavier Watso. Le dynamique professeur d’art dramatique au secondaire et militant abénaquis est connu pour ses vidéos TikTok, dans lesquelles il fait la promotion de la langue abénaquise. « C’est déjà extrêmement difficile de garder en vie nos langues autochtones », affirme-t-il en déplorant que « notre langue était presque disparue au début des années 2000 ».

Il rappelle l’importance de faire connaître la langue, particulièrement aux jeunes autochtones, qui la parlent moins que leurs aînés, selon lui. Il entrevoit au moins un point positif dans la controverse entourant le FICG : « Il y a 20 ou 30 ans, toute cette histoire n’aurait créé aucun remous. »

Quant à Samian, il considère qu’il faut « continuer à se battre » pour la promotion des langues des Premières Nations et des langues inuites. « Les langues autochtones ne sont pas menaçantes, elles sont menacées », déclare-t-il.

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