Le pari risqué de QUB musique

Le directeur de QUB musique, Marc-André Laporte, cherche à toucher tant les jeunes que les plus âgés.
Photo: Adil Boukind Le Devoir Le directeur de QUB musique, Marc-André Laporte, cherche à toucher tant les jeunes que les plus âgés.

Plus des trois quarts des morceaux écoutés sur QUB musique sont québécois, le résultat d’une stratégie délibérée de Québecor depuis le lancement de sa plateforme, il y a bientôt deux ans. Mais cette approche peut-elle vraiment permettre à l’application de tirer son épingle du jeu face aux géants que sont Spotify et Apple Music ?

« Notre principal objectif en ce moment, ce n’est pas de dépasser le nombre d’abonnés des autres plateformes. C’est de permettre le rayonnement, la découverte et la redécouverte de ce qui se fait ici. On pense qu’on peut créer un réel changement, en considérant qu’on donne beaucoup plus à ce qui est créé ici que la concurrence», insiste d’emblée le directeur principal du QUB musique, Marc-André Laporte.

Ce dernier ne divulgue pas le nombre d’abonnements, ni combien la plateforme a généré d’écoutes depuis sa mise en service en mai 2020, en pleine pandémie. Les seules données disponibles datent de l’été dernier, quand l’application rassemblait quelque 25 000 utilisateurs.

Les nouveaux chiffres publiés mercredi montrent cette fois-ci que la musique québécoise compte pour 76 % des écoutes. Tout un contraste avec ce qui se passe sur les Apple Music et Spotify de ce monde, où seulement 8 % de la musique écoutée au Québec est québécoise.

Le projet de loi C-11

 

« On a 3600 listes d’écoute qui sont construites par des personnes et non par des algorithmes. Là-dessus, on fait le pari de mixer la musique québécoise avec ce qui se fait à l’étranger. Donc, ça améliore de beaucoup la découvrabilité de la musique d’ici », se félicite Marc-André Laporte.

Certes, les grandes plateformes donnent peu d’exposition au contenu local, raison pour laquelle le projet de loi C-11 cherche à les assujettir à la Loi sur la radiodiffusion. Mais les statistiques rendues publiques par QUB musique laissent supposer que la plateforme dispose d’un auditoire non seulement plus restreint, mais aussi beaucoup plus âgé que ses concurrents, ce qui pourrait expliquer en partie le poids prépondérant de la musique québécoise dans son palmarès.

Et pour cause. Sur les 15 albums les plus écoutés en 2021 sur QUB musique, 13 sont québécois. Parmi ceux-ci, on trouve deux opus associés à l’émission Star Académie, ainsi que le dernier disque de Mario Pelchat. Aucun album de rap ne figure dans le classement, alors que le hip-hop représente une part importante de la musique québécoise qui est écoutée sur les grandes plateformes, comme le révélait Le Devoir il y a deux semaines.

« C’est vrai qu’il n’y a pas de rap. Mais qu’Hubert Lenoir se retrouve dans le top 15 avec Mario Pelchat et les Cowboys fringants, ça montre qu’il y a une grande diversité d’écoute sur la plateforme », rétorque M. Laporte, qui cherche à toucher tant les jeunes que les plus âgés avec QUB musique.

Même système que Spotify

 

L’application musicale se targue de verser 6,38 $ par abonnement à l’industrie locale, alors que les autres plateformes ne génèrent en moyenne que 0,56 $ par abonnement. Or, QUB musique fonctionne selon le même système de rétribution pour les ayants droit que Spotify et Apple Music.

C’est donc dire que si QUB musique venait à élargir son auditoire, la musique étrangère finirait forcément par prendre plus de place, souligne Alexandre Alonso, directeur général de la Société professionnelle des auteurs et des compositeurs du Québec (SPACQ). Ainsi, on verrait chuter la proportion d’argent redistribuée à l’industrie québécoise pour chaque abonnement, poursuit-il.

« Quand on dit qu’on donne beaucoup d’argent aux artistes [québécois], ça peut aussi vouloir dire qu’on enregistre peu d’écoutes. Et si on n’a pas beaucoup d’écoutes, on divise un petit montant d’argent entre les artistes. On s’entend que 25 000 utilisateurs ne feront pas la différence sur les revenus des interprètes. Sur les autres plateformes, on parle de millions d’abonnés, et les montants perçus par les artistes sont minimes », illustre M. Alonso, qui reconnaît les efforts de Québecor pour mettre en valeur la musique québécoise. QUB musique a d’ailleurs la ferme intention de continuer à se tailler une place dans le monde de l’écoute en ligne. Pour 11,99 $ par mois, les abonnés ont accès à un catalogue de 75 millions de chansons québécoises comme étrangères, soit une offre qui est sensiblement la même que les autres plateformes.

Québecor, qui a dans son giron plusieurs maisons de disques, n’a pas l’intention pour l’heure d’offrir en exclusivité certains de ses contenus sur QUB musique.

À voir en vidéo