Bruce Liu, le piano qui éclate

Bruce Liu, octobre 2021
Wojciech Grzedzinski Bruce Liu, octobre 2021

C’est dans un geste de grande élégance que Bruce Liu a réservé jeudi à un événement bénéfice au profit du Prix d’Europe, qui l’avait consacré en 2015, son premier récital au Canada depuis sa victoire au Concours Chopin en octobre 2021. Il s’est montré, ô combien digne des lauriers récoltés à Varsovie.

La comparaison était assez directe et le verdict est sans appel. Le 7 décembre le fameux pianiste Emanuel Ax, qui écume toutes les scènes nord-américaines depuis 40 ans, donnait un récital Chopin à la salle Bourgie dans le cadre du festival de musique de chambre. Il n’a de très loin pas fait l’impression laissée par Bruce Liu jeudi soir à la Chapelle historique du Bon-Pasteur lors de ce concert organisé par l’Académie de musique du Québec au profit du Prix d’Europe enregistré par Radio Canada et que l’on pourra entendre dès mardi sur Espace musique.

Un piano symphonique

 

La réussite du pianiste formé à Montréal n’est pas une surprise en soi, mais son ampleur peut l’être. On pense ici évidemment à l’aisance, dans les passages les plus tortueux de la 2e Ballade, une aisance qui se fait ludique dans la Grande Polonaise brillante op. 22, nous le savions depuis Varsovie.

Mais ce qu’il est important de jauger en vrai, par rapport à une webdiffusion, c’est la production sonore. Celle-ci est impressionnante. Bruce Liu possède un sens raffiné des transitions, qui transparaît dès le Nocturne op. 27 no. 1. Un sens des résonances, aussi, qu’il met à profit pour jouer la Sonate « funèbre » en enchaînant les quatre mouvements attacca.

Mais, avant tout, le piano de Bruce Liu est un piano qui éclate, si « symphonique » qu’il sort de son armature métallique et semble parfois presque trop petit. C’est le cas dans la 3e Ballade ou, surtout, la « Marche funèbre » de la 2e Sonate prise avec force intérieure et détermination.

Par rapport à Varsovie, Bruce Liu réussit mieux le 1er volet de la 2e Sonate, mieux tenu, plus compact dans le discours notamment par l’élimination de l’inutile reprise. Il triture un peu plus le début de l’Andante spianato op. 22 et c’est dommage. Comme dans les Variations sur « La ci darem la mano », il se montre impérial dans le Chopin de jeunesse et campe avec plaisir, fraîcheur et carrure la rythmique du Rondo à la Mazur. En bis, le Nocturne opus 20 précède l’une de ces pièces un peu futiles dans lesquelles sa joie de jouer est communicative.

Voir le Bruce Liu de 2022 a été une expérience très instructive. Il est un grand lauréat du Concours Chopin, le plus grand depuis Yundi Li en 2000. Et le seul concours marquant avant celui de 2000 fut le millésime 1980 remporté par Dang Thái Son, le professeur de Bruce, un concours qui révéla par ailleurs Ivo Pogorelich.

 

Voilà une mise en perspective impressionnante.

Concert-bénéfice pour le Prix d’Europe

Chopin : Nocturne op. 27 no. 1. Rondo à la mazur op. 5. Ballades no. 2 et 3. Sonate n° 2. Andante spianato et Grande Polonaise brillante op. 22. Bruce Liu (piano). Chapelle historique du Bon-Pasteur, jeudi 17 février 2022. Diffusion sur Espace musique, mardi 22 février.

À voir en vidéo