Le dimanche des âmes bien nées

Francis Choinière, jeune chef de 24 ans, dirigeait Fauré et Duruflé, à la Maison symphonique. Tam Lan Truong
Photo: Tam Lan Truong Francis Choinière, jeune chef de 24 ans, dirigeait Fauré et Duruflé, à la Maison symphonique. Tam Lan Truong

À la Maison symphonique, dimanche, un jeune chef dans la vingtaine, Francis Choinière, dirigeait l’Ensemble vocal Arts-Québec dans la version avec orgue des Requiem de Fauré et Duruflé, un concert dont les enseignements vont bien au-delà de la musique entendue.

L’idée est peut-être un peu saugrenue : deux Requiem à la veille de la Saint-Valentin. Mais regardons cette présentation de GFN Productions sous un autre angle.

GFN Productions, créée par Francis et Nicolas Choinière quasiment au sortir de leur adolescence, est une « entreprise de divertissement québécoise qui produit des concerts de films, de musique classique et de musique pop », lit-on sur leur site.

Le Devoir les avait repérés pour la qualité des présentations de films avec l’Orchestre FILMharmonique, ensemble ad hoc constitué avec beaucoup de discernement d’excellents musiciens québécois. Cette qualité est notamment attribuable au fait que le responsable de la « recherche et développement » de GFN est Denis Chabot, créateur et responsable pendant de nombreuses années de l’orchestre du Festival de Lanaudière.

Énergie puissante et nécessaire

 

Francis Choinière, « chef de chœur et chef d’orchestre, producteur de concerts, pianiste, compositeur et baryton », a obtenu une maîtrise en direction d’orchestre auprès d’Alexis Hauser à l’Université McGill et fut l’assistant d’Alexander Shelley à l’Orchestre du Centre national des arts.

« Aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années », disait Corneille. Si nous avions déjà au Québec l’exemple de Nicolas Ellis et de l’Orchestre de l’Agora ou de Hubert Tanguay Labrosse et Alexis Raynault (BOP) qui font bouger les lignes et la routine, voici un nouvel exemple d’une énergie puissante et nécessaire.

Nécessaire ? Oui, parce que pendant que d’aucuns sortent leurs machines à calculer et peaufinent leur règle de trois pour voir s’il ne serait pas fort rentable d’annuler concerts et représentations, d’autres, bien moins nantis, ajoutent des concerts (celui-ci n’était pas prévu et remplit un créneau libéré) à proposer aux mélomanes et mouillent leur chemise pour faire travailler des artistes québécois.

Alors oui, cette critique musicale vous dira que 12 chanteurs, même professionnels aguerris, pour chanter le Requiem de Fauré et de Duruflé c’est mince. Mais, en l’état, c’est douze plutôt que zéro, engagés par un producteur courageux de vingt-quatre ans.

Ce dynamisme ne devrait tout de même pas le conduire à tourner certains coins ronds. Les entractes sont actuellement tolérés à des conditions précises, très bien énoncées par l’Orchestre Métropolitain vendredi et totalement ignorées dimanche.

La valeur dont nous parlions plus haut est aussi musicale : le jeune chef Francis Choinière a une vision juste du style des deux œuvres. Elles ne sont pas ampoulées, pas alourdies, avec des tempos bien choisis. La problématique qui se pose de manière cruciale à trois chanteurs par pupitre est que les pianissimos apparaissent souvent comme des « absences de son » (Agnus Dei de Fauré), alors qu’ils devraient être soutenus avec encore plus d’énergie. Certaines attaques manquent aussi de présence (Sanctus de Duruflé). Le Fauré n’est pas chanté en latin gallican (on est encore avant la réforme Pie XI), mais cela a l’avantage d’uniformiser la prononciation entre les deux partitions.

Mention spéciale pour le Lux Aeterna de Duruflé, travail en tous points admirable entre le chœur et l’organiste, dont la tâche est rendue ingrate, car le dosage qui aurait été naturel avec un chœur de 30 voix devient périlleux avec 12.

Les deux solistes émanaient de l’excellent, juste et homogène ensemble vocal. La mezzo Marie-Andrée Mathieu a la voix du Pie Jesu de Duruflé, pas de celui de Fauré où ses aigus sont voilés. Dominique Côté assure honorablement son rôle, mais sans avoir la stature de soliste en ces lieux.

Bel après-midi, dominé par la beauté des œuvres, l’intelligence et le courage du jeune chef et la qualité du collectif de choristes.

Fauré et Duruflé : Requiem

Marie-Andrée Mathieu, Dominique Côté, Ensemble Vocal Arts-Québec. Jonathan Oldengarm (orgue), Francis Choinière. Maison symphonique, Montréal, dimanche 13 février, 13 h.

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