Reprise en douceur et intelligente

Geneviève Soly
Les Idées heureuses Geneviève Soly

Le cours de l’évolution de la pandémie a amené la réouverture des salles de concert à la veille d’un concert des Idées heureuses, qui devenait ainsi le premier concert de la reprise. Ce fut un beau retour et une soirée d’une grande valeur intellectuelle.

Conçu comme une carte blanche à la chanteuse et claveciniste Dorothéa Ventura, le programme était consacré à la chaconne, forme que l’on connaît bien à travers la 2e Partita pour violon seul de Bach et le Finale de la 4e Symphonie de Brahms, mais qui, avant cela, était aux XVIIe et XVIIIe siècles une forme très répandue.

En prélude au programme, Geneviève Soly interprétait une Chaconne pour clavecin en la de Graupner, œuvre très développée qui montrait justement d’où venait, culturellement, Brahms. Comme l’a bien et succinctement expliqué la claveciniste, la chaconne repose sur une basse obstinée, une formule de 4 ou 8 notes, sur laquelle sont brodées des variations. Comme les formules de notes se retrouvent d’une œuvre à l’autre, on obtient des compositions d’une absolue parenté, ce qu’a bien souligné le menu concocté par Dorothéa Ventura.

Didactique

 

Particulièrement intéressante dans cette démarche didactique : la première section, où des airs de Drouart de Bousset, Destouches et Lambert s’enchaînaient sans même que l’auditeur s’en rende compte, hors le changement des paroles et de chanteurs, le passage de l’un à l’autre.

Dans la seconde section, il s’agissait de prouver comment la basse obstinée connue sous le nom de La Romanesca pouvait être utilisée pour exprimer des badineries (Charpentier) aussi bien que le dramatisme (Desmarests).

En même temps, le concert était l’occasion de mettre en valeur les musiciens de l’ensemble : l’excellent Sylvain Bergeron dans Henry François de Gallot, mais aussi Marie Nadeau-Tremblay au violon, présente pour la première fois avec Les Idées heureuses et Vincent Lauzer, mais aussi Karim Nasr dans une transcription pour basson un peu lassante de La Buisson de Forqueray.

Dans son introduction, Geneviève Soly a présenté Dorothéa Ventura comme sa directrice artistique adjointe destinée à prendre de plus en plus de place entre la présente 35e saison et la 40e saison, à l’horizon de laquelle Geneviève Soly souhaite faire valoir ses droits à la retraite. La fondatrice a aussi annoncé la réactivation du « projet Graupner » avec une intégrale de 19 cantates pour le Vendredi saint.

Il restera à jauger dans quelle mesure la directrice adjointe se considérera comme une chanteuse soliste incontournable des projets artistiques de l’ensemble. Tout comme celles du théorbiste et ténor Kerry Bursey, ses apparitions vocales sont très engagées et vibrantes, mais un peu brutes de fonderie (sécheresse du timbre chez elle, médium et bas médium étranges chez lui). Rien à redire, par contre à l’encontre de la prestation de la soprano Anne-Marie Beaudette.

Le concert, dont nous recommandons chaleureusement la webdiffusion, s’est achevé de manière fort plaisante sur un récitatif et un air de Lully avec prestation de la danseuse Anne-Marie Gardette.

Chaconne et chocolat

Œuvres de Graupner, Lambert, Charpentier, Desmarests, Clérambault, Lully, etc. Les Idées heureuses : Anne-Marie Beaudette (soprano), Kerry Bursey (ténor, théorbe, guitare baroque), Marie Nadeau-Tremblay (violon), Vincent Lauzer (flûte à bec), Karim Nasr (basson, hautbois, traverso), Marie-Laurence Primeau (viole, flûte à bec), Sylvain Bergeron (archiluth, guitare baroque), Geneviève Soly (clavecin). Soprano, clavecin et direction : Dorothéa Ventura. Salle Bourgie, mardi 8 février 2022. Webdiffusion du 14 février au 1er mars.

 

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