Gilles Vigneault retire à son tour ses oeuvres de Spotify

«C'est aussi honorable que pertinent de suivre [Neil Young et Joni Mitchell] dans leur rejet des faussetés avérées dangereuses professées par des théoriciens du populisme galopant», explique Gilles Vigneault.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir «C'est aussi honorable que pertinent de suivre [Neil Young et Joni Mitchell] dans leur rejet des faussetés avérées dangereuses professées par des théoriciens du populisme galopant», explique Gilles Vigneault.

Après Neil Young et Joni Mitchell, c’est au tour de Gilles Vigneault de retirer ses œuvres de la plateforme de musique en ligne Spotify, pour protester contre le fait que ce géant suédois de la musique en ligne héberge aussi Joe Rogan, animateur américain controversé, accusé de désinformation sur les vaccins contre la COVID.

Dans un communiqué, l’auteur-compositeur-interprète Gilles Vigneault dit soutenir la démarche des auteurs-compositeurs et interprètes de musique folk canadiens Neil Young et Joni Mitchell, qui ont tous deux boycotté la plateforme au cours de la dernière semaine pour les mêmes raisons. Avec l’appui de Tandem, sa compagnie de disques, le nonagénaire demande que tous ses titres soient retirés de la boutique numérique.

« Je trouve, pour ma part, et j’ai toujours trouvé que lorsqu’un artiste de toute culture humaniste connue donne un bon exemple de rigueur citoyenne et d’exigence intellectuelle, il y a des raisons impérieuses de le suivre, dit-il. Je trouve donc que Neil Young et Joni Mitchell ont raison de nous donner cet exemple et c’est aussi honorable que pertinent de les suivre dans leur rejet des faussetés avérées dangereuses professées par des théoriciens du populisme galopant. J’appuie donc de toutes mes convictions leur démarche audacieuse, dictée par une éthique qui est la véritable gardienne de nos pensées et de nos valeurs. »

Plus précisément, Vigneault, Mitchell et Young en veulent à la désinformation véhiculée sur ses podcasts par Joe Rogan, dont des entrevues effectuées avec des opposants aux vaccins contre la COVID-19, décourageant la vaccination des jeunes et poussant à l’utilisation d’un traitement non autorisé, l’ivermectine. Selon l’AFP, Rogan aurait signé un contrat de 100 millions de dollars avec Spotify, et c’est lui qui y attire les plus fortes cotes d’écoute.

Spotify tente de calmer le jeu

 

Dans un effort pour désamorcer la tempête lancée par Neil Young la semaine dernière, le p.-d.g. et fondateur de Spotify, Daniel Ek, annonçait que tous les podcasts de Spotify seraient désormais accompagnés d’informations sur la COVID-19. Une mesure qui s’appliquera « dans les prochains jours », a-t-il promis.

« Sur la base des retours que nous avons depuis ces dernières semaines, il est devenu clair pour moi que nous avions une obligation de faire plus pour fournir de l’équilibre et donner accès à une information largement acceptée des communautés médicales et scientifiques », a déclaré le milliardaire suédois. Spotify, qui a développé un lucratif réseau de podcasts en ligne, a également rendu publiques dimanche ses règles d’utilisation et affirme « tester des façons » de davantage signaler aux créateurs de podcasts « ce qui est acceptable », sans évoquer directement sanction ou exclusion.

Déjà, plus de 200 professionnels de santé américains avaient tiré la sonnette d’alarme après que Joe Rogan a reçu à son émission un médecin très apprécié des antivaccins, Robert Malone. « Ils ont une opinion différente du discours majoritaire » que je voulais entendre, a expliqué ensuite Joe Rogan en affirmant être surtout « à la recherche de la vérité » et vouloir « avoir des conversations intéressantes avec des personnes qui ont des opinions différentes ». Il a cependant salué la décision de Spotify d’ajouter des informations relatives à la COVID dans tous les podcasts.

En parallèle, sur les réseaux sociaux, naissait un mouvement de désabonnement à Spotify. Le prince britannique Harry et son épouse, Meghan Markle, —qui ont signé avec la plateforme un accord estimé à 25 millions de dollars — ont fait savoir dimanche qu’ils avaient exprimé « leurs inquiétudes » à Spotify sur la question.

Avec l’Agence France-Presse

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