Lonny à contre-courant

Sur «Ex-voto», Lonny dit avoir trouvé en français le mot juste pour décrire ses petites tempêtes intérieures plongées dans un champ lexical fait d’allusions à la mer, à l’eau, aux îles et aux plages.
Photo: Shanti Masud Sur «Ex-voto», Lonny dit avoir trouvé en français le mot juste pour décrire ses petites tempêtes intérieures plongées dans un champ lexical fait d’allusions à la mer, à l’eau, aux îles et aux plages.

Lonny a le sens de la formule. « Je préfère toujours être associée à Bill Callahan qu’à Georges Brassens », dit-elle en riant. Comprenons : plus folk à l’américaine, et lo-fi de surcroît, que chanson à la française. Avec Ex-voto, son premier album en carrière — et premier enregistrement en français, après avoir gratté quelques années la guitare dans la langue de Joni Mitchell —, réalisé par le Montréalais Jessie Mac Cormack, l’autrice-compositrice-interprète se démarque de ses collègues françaises en plantant ses rimes aquatiques dans une tradition musicale typiquement nord-américaine.

« C’est toujours marrant de parler de folk avec des gens qui ne sont pas d’ici parce que, vous savez, le folk en France… J’ai l’impression que vous pouvez vachement mieux comprendre, vous » au Québec, dit Louise Lhermitte (son vrai nom) en souriant de son côté de la conversation vidéo qui se déroulait en soirée là-bas, en après-midi ici. Vrai que les cousins n’ont pas entretenu une solide affinité avec le folk et le country, hormis chez quelques rares spécimens tels que l’excellent Bertrand Belin, qui avait tout compris du genre au moment d’enregistrer son fameux Hypernuit (2010), auquel nous sommes tentés de comparer ce très beau premier album de Lonny.

La musicienne est flattée. « Ce disque fut pour moi un phare dans l’obscurité, surtout lorsque j’ai décidé d’écrire en français » après un mini-album intitulé What kind of music do you play ? lancé, dit-elle, dans la confidentialité la plus totale.

« J’étais partie pour être une imitatrice de Joni Mitchell — en anglais ! Ensuite, je me suis dit : “Bon, c’est quand même plus intéressant de chanter dans sa langue maternelle”. Et parmi mes quelques références, Bertrand Belin est vite apparu. »

Pourquoi le folk ? Pour mieux savourer le temps qui passe, répond en quelque sorte Lonny. « Je suis quelqu’un d’un peu hypersensible. Je vis dans une temporalité… assez lente. J’aime bien quand les choses sont calmes, et ce qui est apaisant m’a toujours parlé. Toute petite déjà, je me suis vite rendu compte que j’aimais, pas forcément les ballades, mais les chansons tristes. Et dans le folk, j’aime l’idée du dénuement. Le folk est une musique qui ramène du vrai, du réel, c’est ce qui me plaît. »

Le long entretien qu’elle nous accordait va déjà trop vite. La première question aurait dû être : pourquoi la musique ? Pourquoi pas la scène, le jeu ? « Déjà petite, ce n’était pas une option de faire comme mon papa », le renommé acteur Thierry Lhermitte. « J’avais besoin de me définir autrement que mes parents. Surtout, j’avais l’appel de la musique », prenant des leçons d’alto avant d’agripper une guitare et de trouver sa voix, forte et apaisante à la fois.

Parallèlement à son projet solo, Louise a d’ailleurs tourné avec le Stranger Quartet, ensemble contemporain qui s’est occupé pendant la pandémie à accompagner sur scène un autre rare spécimen folk français, H-Burns. Sa dernière tournée rendait hommage à notre Leonard Cohen — son album Burns on the Wire, avec la participation de Pomme, Lou Doillon et Bertrand Belin, est paru l’automne dernier.

Sur Ex-voto, Lonny dit avoir trouvé en français le « mot juste » pour décrire ses petites tempêtes intérieures plongées dans un champ lexical fait d’allusions à la mer, à l’eau, aux îles et aux plages. « Le mot juste, celui qui décrit vraiment mon état. Aujourd’hui, je reconnais que mes mots résonnent encore lorsque je les chante en concert », preuve que le passage à la langue française fut judicieux. « Concrètement, [ces allusions à l’eau et à la mer] évoquent d’abord ces endroits où j’ai écrit les chansons — j’ai quitté Paris pour la Normandie pour y trouver l’inspiration. J’y ai vécu de grands moments de solitude, où je pouvais presque me noyer simplement en fixant la mer. »

Avec sa voix diaphane, un ton posé, le relief des prises de son et des orchestrations délicates de guitares, électriques et acoustiques, et de cordes (orchestrations signées de la main de son ami Olivier Marguerit, du groupe français Syd Matters), Ex-voto semble faire écho aux introspections dont nous avons fait l’expérience depuis presque deux ans, même si l’enregistrement du disque avait été terminé tout juste avant le début de la pandémie. C’est un disque doux, soit, mais qui « ne veut pas être un bonbon pour les oreilles, prévient Louise. Y’a quand même un message derrière cette douceur, une invitation à entrer dans nos tempêtes intérieures ».

« C’est comme si ce disque était pour moi une prière pour enfin espérer entrer en moi-même, explique Lonny. Un disque pour m’aider à me situer dans le monde ; c’est un peu ma manière de dire : Je suis là. J’avais, avec ce disque, la volonté de dresser un état des lieux. De sécuriser mon espace et de comprendre ma place dans ce monde. »

 

Ex-voto

Lonny, disponible sur étiquette Horizon musiques

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