Karim Ouellet, son œuvre en six temps

Karim Ouellet est considéré comme un artiste phare de la capitale nationale, qui a ouvert la voie à d’autres. 
Photo: Annick MH de Carufel Archives Le Devoir Karim Ouellet est considéré comme un artiste phare de la capitale nationale, qui a ouvert la voie à d’autres. 


Dendrophile
, Movèzerbe (Districk Music, 2009)

On avait d’abord entendu Karim Ouellet auprès des rappeurs Les 2 Toms, Showme des Limoilou Starz et Stratège des Architekts, mais c’est au sein du kaléidoscopique collectif Movèzerbe qu’il se révèle musicalement. Mélangeant rap, soul, funk, reggae et pop, Dendrophile, unique album du projet, abat les frontières entre les genres, comme le fera Karim en solo. Surtout, le collectif — qui comptait en ses rangs Boogat et le noyau dur d’Alaclair Ensemble — fut une bougie d’allumage pour la scène musicale indépendante de la Capitale, aujourd’hui rayonnante.


 

 

Le Monstre, tirée de Plume (Coyote Records, 2011)

D’abord apparue sur son premier EP Leçons d’amour étrange (2009), la chanson Le Monstre fut réenregistrée, avec les bons soins du complice Claude Bégin, pour son premier album Plume. Les couplets rappés de la première version trouvent une musicalité plus naturelle sur celle-ci, prouvant de façon visionnaire que le rap peut aussi être de la bonne chanson pop, et l’inverse. « S’il y a un monstre sous mon lit je ne dormirai pas / Je vais le prendre par les cornes et m’en faire un repas […] Faut pas le réveiller, mon squelette au placard, mon oublié / Changer ce monde, un peu de musique ». Dans Le Monstre se cache aussi le thème majeur de l’œuvre de Karim : reconnaître d’abord ce qui nous effraie, avoir ensuite le courage de l’affronter.

 


 


L’amour
, tirée de Fox (Abuzive Muzik, 2012)

Le succès de l’été 2013, apparu sur son deuxième album lancé l’hiver précédent, lui a valu le prix Félix-Leclerc de la chanson et ouvert les portes de l’Europe francophone, qu’il a parcourue en tournée avec Matthieu Chedid (M) et Stromae. L’amour a changé sa vie et marqué la nôtre : le rythme, la mélodie, le sourire dans la voix, pour l’un des textes les plus optimistes de son répertoire. Ce n’est peut-être pas un hasard si cette chanson fut son plus grand succès populaire.


 

 

L’amour est un monstre (feat. Karim Ouellet), Misteur Valaire (single, 2014)

Le monstre, encore ! Le groupe Valaire peut remercier Karim d’avoir transformé leur groove pop électronique en un joli succès radiophonique. C’était une des forces du regretté musicien : mettre sa saveur unique dans chacune de ses collaborations, comme avec Marième (Je t’aime, 2011), Webster (sur deux albums différents), Loud X Lary X Ajust (mémorable Automne, 2014) ou encore Fanny Bloom (Nos Cœurs, 2018). À deux occasions, il partagera le studio avec sa sœur Sarahmée, pour Décembre (2012, la version française mettait alors Orelsan en vedette) et Laisser tomber (2015).
 


Karim et le loup, tirée de Trente (2016, Coyote Records)

La ligne de basse trottine derrière les sons secs de la batterie funk lorsque Karim s’élance : « Je t’écris ceci au bord du gouffre / On dit qu’on en sort plus fort quand on souffre / Quand on a mis du sel sur nos blessures / Témoin me soit le ciel, quelle aventure ! » Le texte est sombre, mais cette musique est une fête. Karim Ouellet avait ce don de nous apaiser avec sa voix pure et enjouée, même pour chanter, sur une mélodie entraînante, un refrain candide et cruel : « Nous sommes dans la gueule du loup / Comme l’homme est un loup pour l’homme / L’homme est un loup pour nous ».
 


Aikido (2016, Coyote Records)

Octobre 2016. Sept mois après la sortie de Trente, Karim lance ce chef-d’œuvre en quatre « chapitres » accompagnés d’une préface et d’un épilogue. Poignant, aussi frais aujourd’hui qu’à sa sortie, cet EP paru dans le sillage d’un fameux disque offre un condensé du talent du superbe mélodiste, s’écoute comme la somme de ses référents musicaux. Et encore, comme une bouée de sauvetage, émerge de ces textes troublés l’espoir auquel il faut s’accrocher. Karim chantait pour nous comme il se chantait à lui-même : « Encore un effort, tout va bien aller » répète-t-il dans le refrain de Chapitre 1.

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