Quoi écouter cet hiver (en attendant la réouverture des salles)

Les Louanges (Vincent Roberge) et son «Crash» nous tomberont dessus dans une petite semaine.
Photo: Valérian Mazataud  Le Devoir Les Louanges (Vincent Roberge) et son «Crash» nous tomberont dessus dans une petite semaine.

Patrick Watson avec les Ballets jazz de Montréal ? On irait bien voir ça. Sur place. Quelle place ? Vanishing Melodies devait voyager cet hiver avec des arrêts à Québec, Sherbrooke, Rimouski et Victoriaville. Mais les salles auront-elle repris? On risque fort de devoir se rabattre sur nos télévisions, où la belle machine, tournée en plusieurs lieux, avec des numéros de danse et un Patrick Watson là sans y être tout en y étant, le rire fou en moins, fera entendre et voir ses arrangements divins. Morceaux préenregistrés, montés déjà, ce n’est pas un rendez-vous physique. Diffusion le 29 janvier à Télé-Québec. Mélodies perdues, c’est le titre. Beau symbole. Splendide pis-aller.

Reprenons donc. Ceci n’est pas un spectacle. Ceci n’est pas une rentrée des spectacles. Ceci est une file d’attente virtuelle. Stand-by, tout le monde. Voici donc le texte de rentrée d’hiver sur les absents obligés de l’industrie du spectacle au Québec. Et le papier des dénis, aussi. Çà et là, on trouve encore des annonces d’événement. Oublis ? Fantasmes d’embellies ? Le promoteur Evenko fait le plein d’annulations, mais on maintient jusqu’à nouvel ordre quelques soirées, fils ténus pour trapézistes de l’espoir. Charlotte Cardin au MTelus les 2, 3 et 28 février, le 1er mars itou, c’est vraiment vrai que ça aura lieu ? On va dire que oui, le temps d’en rêver.

Entre espoirs maintenus et illusions perdues

Croyez-le ou non, il y a encore des lancements-spectacles projetés. Tiens, le 28 janvier : lancement-spectacle du nouvel album de Juste Robert, à Québec. Qui vivra verra, verrat. L’album existera, ne promettons que ça. Pareille promesse en février : La Bronze, Choses sauvages et le pianiste Jean-Michel Blais sont dûment inscrits à l’agenda des parutions. De nouveaux albums, c’est déjà des fêtes. Des fêtes certes incomplètes, car les spectacles devaient suivre.

Tout ce branle-bas hélas bien chambranlant aurait plus ou moins coïncidé, stratégiquement, avec le festival Montréal en lumière, qui aurait démarré le 17 février. Qui sait ? Lançons plutôt nos dés vers la mi-mars, pour la première du spectacle À mains nues, d’Émile Proulx-Cloutier. C’est presque loin, la mi-mars, le vœu s’exaucerait qu’on y croirait. À partir de mai-juin, des festivals tentent de débusquer un printemps d’airs purs. Les Francos inspirent confiance : on y affiche résolument Bon Enfant, Catherine Major, Lynda Lemay, Patrice Michaud, Ariane Moffatt avec son Incarnat assorti d’un ensemble de cordes, et la belle équipe des Polissons de la chanson (Rivard, De Larochellière, Ingrid St-Pierre, Valérie Blais, Saratoga). Les Polissons en question sont censés célébrer Brassens à travers le Québec dès avril. Ça ferait du bien aux plantes. Et aux plantons que nous sommes.

Les disques salutaires

Tout ça nage dans l’hypothétique et le médicamenté, avouons-le, à la merci des non-vaccinés, qui ne doivent pas beaucoup aimer la chanson vivante. Rabattons-nous sur les disques. Sans lancement ni rien. Les albums neufs de la saison, que personne n’empêchera de surgir. Les Louanges (Vincent Roberge) et son Crash nous tomberont dessus dans une petite semaine.

Tire le coyote suivra de peu, les mots d’Au premier tour de l’évidence berceront un février qui en aura bien besoin. The Garden, le nouvel album de Basia Bulat, vivra son éclosion fin février, ce qui est également plus qu’encourageant, pour ne pas dire carrément odorant : il s’agira de chansons revisitées, mais ce sont des espèces vivaces.

Le retour du groupe « sci-fi métal » Voivod (c’est la description officielle) ne fera pas de tort non plus : un album tout neuf de nos chers vétérans est une joie explosive. Le titre, Synchro Anarchy, fait déjà voyager loin, très loin. En mars ? On dansera peut-être chacun chez soi, mais il est sûr et certain qu’on se brassera le popotin avec le Chiac disco de Lisa LeBlanc. Défoulement sans foule, mais défoulement néanmoins.

Entre le deuxième album des Rats d’swompe (Élixir), le premier mini-album francophone du groupe local Lizzy & The Fanatics (Deux soleils), l’aboutissement sur disque complet du projet musical électro-pop-rock de Claudia Bouvette, on trouvera moult artistes en devenir qui, toute situation ayant du bon et du bonbon, tenteront d’occuper la place médiatique désertée en cet hiver de force, comme l’écrivait Réjean Ducharme. C’est la grâce qu’on leur souhaite, et que l’on se souhaite tous.
 

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