La chanteuse d'opéra Maria Ewing est morte

La chanteuse d’opéra est décédée à Detroit, dimanche, à l’âge de 71 ans.
Photo: Archives du Met Opera La chanteuse d’opéra est décédée à Detroit, dimanche, à l’âge de 71 ans.

Maria Ewing n’est plus. Elle est décédée dimanche à Detroit, sa ville natale. Elle n’avait que 71 ans. Sa voix chaude et puissante n’était pas forcément la plus belle, mais l’opéra en vidéo, notamment, lui a permis de s’ancrer dans les mémoires.

Quelle sera sa postérité ? Comment ne pas se rendre compte qu’elle s’impose déjà, impérieuse et indélébile ? Maria Ewing, c’est pour toujours « le » Cherubino (Les noces de Figaro) du Metropolitan Opera. Elle avait été filmée à l’âge 26 ans dans ce rôle en marge de représentations à Salzbourg par Jean-Pierre Ponnelle pour la vidéo Unitel dirigée par le vétéran Karl Böhm. Et qui a vu Maria Ewing incarnant Carmenou Salomé ne peut l’oublier…

Héroïnes exaltées

L’affiche suffisait : en voyant son nom, le mélomane savait d’avance qu’il n’allait pas regretter sa soirée, car Maria Ewing, soprano incandescente, actrice hors pair, brûlait les planches. Pour ses incarnations, elle donnait tout, laissant le style châtié à d’autres.

Alors évidemment, on la voit, logiquement, en tigresse faisant la moue en Katerina Ismaïlova sur la couverture du CD de Lady Macbeth du district de Mtsensk de Chostakovitch dans la version de Myung-Whun Chung chez DG, sa plus grande incarnation discographique. On se souvient d’elle dans la vidéo de Salomé mise en scène par son mari, Peter Hall, à Londres en 1992, et dans une Carmen de terre et de feu à Glyndebourne en 1985 qui rend encore plus incompréhensible le choix de Julia Migenes pour le film de Francesco Rosi (1984).

Mais ce serait une erreur de réduire Maria Ewing à des rôles d’héroïnes exaltées. À l’annonce de sa disparition, le Metropolitan Opera a publié sur YouTube un extrait de sa Blanche de la Force dans la légendaire production de John Dexter (1977) de Dialogues des Carmélites de Poulenc, la dernière à New York avant que Yannick Nézet-Séguin remette l’œuvre à l’affiche. Maria Ewing fut aussi la Mélisande dans le Pelléas et Mélisande de Claudio Abbado au disque et elle incarna plusieurs héroïnes mozartiennes, notamment Zerlina et Dorabella.

Un tandem

Maria Ewing, née à Detroit en 1950 d’une mère néerlandaise et d’un père afro-américain, devient, à Cleveland, l’élève de la soprano Eleanor Steber. Remarquée dès 1973 par James Levine, elle fait ses grands débuts en 1976 à Salzbourg et au Metropolitan dans Les noces de Figaro de Mozart (rôle de Cherubino). Levine lui confie Blanche de la Force dès l’année suivante. Son dernier rôle à New York sera Marie dans Wozzeck de Berg en 1997.

En 1978, Maria Ewing rencontre le metteur en scène Peter Hall, célèbre directeur de la Royal Shakespeare Company, alors qu’elle chante Dorabella dans Così fan tutte de Mozart à Glyndebourne, sous la direction de Bernard Haitink. La chanteuse épouse Peter Hall en 1982. Ils auront une fille, l’actrice Rebecca Hall.

Le couple travaillera souvent ensemble. Au Met dans Carmen, et surtout dans Salomé en 1986 à Los Angeles, une production qui rendra Maria Ewing célèbre, car, lors d’une danse torride, elle s’y déleste des sept voiles jusqu’à la nudité. Parmi les autres collaborations du tandem Hall-Ewing, on verra la chanteuse en Didon dans la grande production des Troyens de Berlioz au Met en 1993. Il s’agira alors d’un retour après six années de brouille totale avec l’institution new-yorkaise et surtout avec James Levine, qui avait choisi Agnes Baltsa pour le tournage, en 1987, de la production de Carmen en vidéo.

Maria Ewing et Peter Hall divorceront en 1990, et la chanteuse abandonnera la scène à la fin des années 1990. Peter Hall, lui, est décédé en 2017 à l’âge de 87 ans.

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