Les capitaines de la Veillée de l’avant-veille

Soirée pré-pandémie au Club Soda lors de la Veillée de l’avant-veille 2018
Photo: Guillaume Morin Soirée pré-pandémie au Club Soda lors de la Veillée de l’avant-veille 2018

La tradition, c’est la tradition. La Veillée de l’avant-veille, explique le multi-instrumentiste Simon Beaudry, se déroule toujours le 30 décembre et en trois parties : un premier groupe invité — cette année le trio trad fusion É.T.É. — suivi du groupe hôte Le Vent du Nord, dont il est membre, et enfin, clou de la soirée, tous les musiciens invitant à la danse, avec le câlleur appelant les gigueux. Tout ce beau monde au Club Soda, « sept ou huit cents personnes » formant le set carré, rêvait à voix haute Beaudry il y a une dizaine de jours, au lendemain de l’annonce du gouvernement décrétant qu’en raison de la vague Omicron, la danse serait de nouveau proscrite.

C’était bien mieux dans le bon vieux temps, hein, Olivier ? « Pour nous, la Veillée de l’avant-veille, c’est un party de famille », explique Olivier Demers, violoniste du Vent du Nord. « On invite les gens qu’on aime, on se fait une grande tablée avant le show, on mange bien, on se dit “merci !”. Et à minuit, on sort les bulles sur scène. C’est une Veillée incroyable, pour nous », et pour tous les spectateurs de ce rendez-vous incontournable de la fin de l’année.

Espérons donc que cette Veillée inhabituelle ne deviendra pas la tradition, car l’année dernière, Le Vent du Nord avait aussi rayé la danse du programme, préenregistrant sa Veillée au Centre culturel de Joliette plutôt qu’au Club Soda pour l’offrir ensuite en diffusion sur le Web et sur les ondes d’une vingtaine de radios communautaires du Québec, une initiative qui, selon le groupe, avait intéressé 25 000 auditeurs l’an dernier, et qui se répétera encore les 31 décembre et 1er janvier.

Ainsi, ces dernières semaines, les bonnes et prévoyantes gens de la Compagnie du Nord, producteurs de l’événement, avaient prévu les complications. La Veillée de jeudi soir sera donc présentée sans public, en direct pour les caméras. « Au cas où, on avait prévu présenter au lieu de la danse une session trad, un peu comme celles qui ont lieu au Vices & Versa », bar de la Petite-Italie réputé pour sa sélection de bières artisanales et ses dimanches trad. Plusieurs des artisans de ces soirées seront de la Veillée, dont le violoneux Mathieu Gallant, habitué des sessions du bar-brasserie L’Albion à Joliette, « probablement le plus grand musicien de sessions au Québec » aujourd’hui, souligne Simon Beaudry. Il connaît des centaines de chansons « de notre répertoire et peut jouer pendant quatre ou cinq heures sans jouer deux fois la même ».

Comme les diffuseurs et les gestionnaires de salles de spectacle en cette ère pandémique, les musiciens doivent « constamment se revirer sur un dix cennes », rappelle le violoniste Olivier Demers, d’un ton résigné. « Après, pour nous du Vent du Nord, notre inquiétude, c’est toute la tournée européenne prévue en janvier, alors qu’on espérait lancer là-bas notre nouvel album soulignant le 20e anniversaire du groupe. »

Attendues le 28 janvier prochain, les chansons nouvelles de l’album 20 printemps, onzième du Vent du Nord, seront en partie dévoilées lors de la Veillée de l’avant-veille ; le groupe espérait donner deux concerts en Allemagne et quatre en France avant d’être accueilli le jour même du lancement au prestigieux festival Celtic Connections de Glasgow, où la réputation du groupe québécois n’est plus à faire. En raison de la rapide progression d’Omicron, les plans sont aujourd’hui incertains.

Il y a dans le nouvel album une chanson traditionnelle intitulée Le navire de Bayonne, que les Charbonniers de l’Enfer ont déjà endisquée. « C’est l’histoire de ce bateau pris dans une tempête, et de son équipage qui panique, raconte Olivier Demers. Les marins s’emportent : “Il faut couper le mât, sinon on va se faire emporter ! Il faut protéger les voiles !” C’est très dramatique. Mais là, le capitaine s’avance et dit : “Tant que je serai capitaine, le grand mât sera de ma compagnie. Notre navire se gouverne bien et j’ai confiance en vous, on se rendra à bon port”. Cette chanson est pour nous une sorte de métaphore de cette pandémie qu’on vit tous ensemble : “Courage, attendez, on va passer au travers”. »

« Tu nous connais, on a toujours su garder le cap, et on trouvera toujours le moyen de faire fonctionner nos projets, et c’est ça le plus important pour nous », conclut Olivier Demers. La nouvelle année sera sous le signe des célébrations pour Le Vent du Nord, qui promet plusieurs autres surprises pour célébrer son 20e anniversaire.

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