Un premier concert comme soliste pour le Montréalais Eric Abramovitz, à Toronto

Eric Abramovitz
Photo: Josh Abramovitz Eric Abramovitz

Un peu moins de dix ans après avoir été floué par son ex-copine dans un dossier qui a fait le tour du monde, le clarinettiste montréalais Eric Abramovitz revient à l’avant-scène, cette fois-ci pour présenter, en janvier, son premier concert comme soliste, avec l’Orchestre symphonique de Toronto (TSO).

À moins d’être annulées à la suite de nouvelles mesures sanitaires, ses trois représentations de La Réforme de Felix Mendelssohn, prévues au Roy Thomson Hall à partir du 19 janvier, seront ses premiers concerts comme soliste en tant que musicien professionnel.

En juin 2018, le jeune homme de 28 ans a défrayé la chronique mondiale pendant quelques jours après qu’un juge ontarien eut ordonné à son ex-copine, Jennifer Lee, de lui remettre 350 000 $ en dédommagement pour l’avoir empêché d’étudier dans un prestigieux conservatoire en Californie.

Fort de ses exploits au Québec, le musicien de Dollard-des-Ormeaux avait déposé, en décembre 2013, une demande d’admission au très contingenté conservatoire Colburn, à Los Angeles. Les étudiants admis dans cet établissement se voient offrir une chambre et reçoivent une bourse d’étude complète ainsi qu’une allocation pour les repas. Eric Abramovitz, qui étudiait à l’époque à l’École de musique Schulich de l’Université McGill, s’était préparé durant des mois pour son audition à l’aveugle de février 2014. « Chaque soir j’allais à McGill et je passais quelques heures dans une salle à m’exercer », raconte-t-il au Devoir.

Un mois et demi après l’audition, Yehuda Gilad — le professeur du conservatoire avec qui il souhaitait travailler — lui avait envoyé un courriel l’informant qu’il avait été accepté. Mais le message, intercepté par Mme Lee, ne s’est jamais rendu jusqu’à l’étudiant. Ce n’est que deux ans après les faits, lors d’une deuxième audition à Los Angeles, cette fois à l’Université de Californie du Sud — où Yehuda Gilad enseignait aussi —, que le Montréalais a pris connaissance du stratagème de Jennifer Lee.

Phénomène dans les médias

Plusieurs de ses proches amis et collègues étaient au courant de cette affaire, vu la longueur du processus judiciaire, mais ce n’est qu’en juin 2018 que le public a pu lire la mésaventure du Montréalais pour la première fois. CNN, BuzzFeed News, The Washington Post : le téléphone n’a pas arrêté de sonner. À Nashville, où il travaillait à l’époque avec l’orchestre symphonique, des passants l’arrêtaient pour se faire prendre en photo avec lui. « J’ai été célèbre pendant quelques semaines », raconte-t-il.

Cela dit, s’il y a bien une industrie où la célébrité sur les réseaux sociaux n’a aucune incidence sur les perspectives d’emploi, c’est bien dans celle de la musique classique, dit-il. « Dans n’importe quel autre métier, j’aurais pu utiliser ce qui m’est arrivé à mon avantage, mais en musique classique, pas du tout, souligne le Montréalais. Les auditions pour les orchestres se font à l’aveugle, et c’est ce qui rend l’expérience difficile. Même si on gagne plein de concours et qu’on a un très bon CV, ça ne veut rien dire. »

D’ailleurs, au moment où son nom circulait dans les médias, Eric Abramovitz se préparait déjà à quitter Nashville pour la Ville Reine. Le TSO, où il a remporté une audition en tant que clarinette solo associée à l’été 2018, représentait « la crème de la crème », dit-il.

Suivre les pas de l’enseignant

Son premier poste à l’orchestre était le même que celui que son ancien enseignant à l’Université McGill Alain Desgagné occupe à l’Orchestre symphonique de Montréal. « C’est comme jouer dans la même équipe que son idole », dit Eric Abramovitz. Depuis l’été, l’élève dépasse toutefois le maître, puisqu’il s’est fait offrir le poste de clarinette solo, un grade plus élevé dans la hiérarchie. « [Eric] est une rare personne à avoir bien sûr un immense talent naturel, mais aussi pas mal tous les autres ingrédients pour connaître du succès », dit l’enseignant.

« J’ai le rôle que j’ai toujours voulu avoir », dit Abramovitz. « Je peux me voir dans cet orchestre pour le restant de ma carrière. »

Les spectacles seront « un grand moment », dit-il. « Moi et mon collègue Miles Jaques allons être devant l’orchestre. Nous aurons le spotlight », ajoute le Montréalais.

Ce reportage bénéficie du soutien de l'Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.

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