Bons baisers de Bruxelles

La pop star belge Angèle offre ses voeux de la nouvelle année aux lecteurs du «Devoir». 
Photo: Universal Music Canada La pop star belge Angèle offre ses voeux de la nouvelle année aux lecteurs du «Devoir». 

La musicienne belge Angèle clôt 2021 en offrant son second album, Nonante-cinq, et envisage avec optimisme la nouvelle année, promettant même un ou plusieurs concerts au Québec dans le cadre de sa prochaine tournée qui débutera au printemps.

« Ce qu’on se souhaite pour 2022 ? De faire vachement attention aux autres, à la manière dont on se comporte avec les autres, répond-elle. Je souhaite que 2022 soit plus douce que l’ont été ces deux dernières années… et, évidemment, qu’on sorte de cette pandémie le plus vite possible ! »

« Je nous souhaite à tous aussi la santé ! » Ah ! mais c’est vrai : vous l’avez contractée, la COVID, n’est-ce pas Angèle ? « Ouais, je suis passée par là… », échappe la musicienne (vaccinée), qui nous parlait la semaine dernière par caméra interposée depuis sa chambre d’hôtel, de Paris, où elle bouclait la campagne promotionnelle autour de la sortie de son nouvel album.

« Eh ben, c’était pas catastrophique parce que j’ai très bien réagi [à la maladie], poursuit Angèle. J’ai perdu le goût et l’odorat, j’ai perdu un peu ma voix, mais c’était vraiment supportable. Bon, ça a foutu le bordel dans le planning pour la sortie de l’album, c’est d’ailleurs pourquoi on a décidé de le sortir une semaine plus tôt », le 3 décembre dernier. « Je me suis enfermée chez moi pendant dix jours, à vivre la sortie de l’album totalement seule. C’était vraiment particulier de vivre ça ainsi, mais je n’ai pas détesté. »

Côté cœur

C’est tout Angèle, ça. La voix qui rayonne, un sourire qui défie les embrouilles du quotidien. Voir le bon côté de la vie, même lorsque celle-ci toussote. Nonante-cinq, dit-elle, est son « album COVID, écrit ces derniers mois, à l’image de cette période que nous traversons. Effectivement, il y a une part très sombre dans l’album. Ça parle d’angoisse, ça parle d’avoir peur de l’avenir, de l’envie de retrouver le public. J’avais commencé à l’écrire au moment où la pandémie a commencé, et en ça, c’est un disque vachement lié à son temps. Mais pour autant, j’y ai mis des trucs plus personnels, plus intimes que sur le premier. Sur Brol [album paru en 2018], je chantais beaucoup ce que j’observais autour de moi ; Nonante-cinq, c’est mon cœur qui parle ».

Un cœur lourd, c’est ce que l’on retiendra de ce nouvel album écrit et réalisé avec le Français Tristan Salvati, reformant avec la jeune star ce tandem en or qui avait réussi Brol, disque écoulé à plus de 500 000 exemplaires en France et auréolé du prix Victoire de l’album révélation de l’année en 2019. On ne change pas une formule gagnante, après tout.

« Pour ce deuxième album, j’avais envie de rester honnête par rapport à la musique que je fais », encore très pop, dansante, mais tout de même plus portée vers les ballades, au diapason des doutes et des blessures que la musicienne nous chante. « J’avais besoin d’aller au bout de cette démarche [amorcée sur Brol] ; pour la suite, on verra. »

Nonante-cinq est un album de son temps grâce à un autre thème exploré dans les textes : celui de la célébrité. Lorde et Billie Eilish aussi ont chanté l’envers de la médaille du succès sur leurs albums respectifs parus dans les derniers mois.

« Ce qui comptait le plus pour moi, c’est de demeurer honnête sur cet album, explique Angèle. Ne pas avoir le sentiment de me mentir à moi-même ou aux autres. Être le plus sincère possible : sur mon premier album, j’étais très spontanée, sans chercher à me créer un personnage. Mais au fur et à mesure que le succès me trouvait, j’avais parfois l’impression justement de devoir me créer un personnage pour me protéger face aux autres. Pour ne pas tout le temps, moi, tout de suite, être confrontée au public, à la critique, à toute cette folie qui vient avec le succès. Parfois, je regrettais de ne pas m’être choisi un nom de scène », plutôt que d’utiliser son vrai prénom.

Finalement, Angèle aura « repris le contrôle là-dessus » grâce à cet album en forme de journal de bord et grâce au documentaire, simplement intitulé Angèle, présenté sur Netflix depuis un mois, et avec lequel elle nous partage son quotidien et ceux qui le peuplent (ses parents, ses collaborateurs, sa grand-mère si attachante, son petit chien Pépette) en retraçant son parcours avec des images d’archives. « C’est ce qui m’a permis de me montrer telle que je suis. »

Ville bilingue

Il y a beaucoup d’images de sa ville chérie, Bruxelles, à laquelle elle rend hommage dans une chanson aussi accrocheuse qu’engagée. Elle l’admet, Bruxelles je t’aime, premier extrait de l’album, c’est sa propre version de la chanson classique de Dick Annegarn, Bruxelles, qu’elle a longtemps chantée sur scène.

« C’était important pour moi d’offrir ma propre chanson sur Bruxelles, commente Angèle. Bien sûr, avant moi, de nombreux artistes l’avaient déjà fait — mon frère [Roméo Elvis], Damso, Jacques Brel, Annegarn —, mais j’avais envie de la chanter, ma ville, et de lui rendre hommage à ma façon, en racontant la dualité entre Bruxelles et Paris et le fait que, finalement, ce sont deux villes incomparables, parce que si différentes, mais où tout est possible. »

Elle ose même le commentaire politique, Angèle, en s’affichant pour l’unité de la Belgique : « Et si un jour elle se sépare et qu’on ait à choisir un camp / Ce serait le pire des cauchemars, tout ça pour une histoire de langues », chante-t-elle sur Bruxelles je t’aime, avant d’enfiler quelques strophes en flamand.

C’était important pour moi d’offrir ma propre chanson sur Bruxelles. Bien sûr, avant moi, de nombreux artistes l’avaient déjà fait, mais j’avais envie de la chanter, ma ville, et de lui rendre hommage à ma façon, en racontant la dualité entre Bruxelles et Paris et le fait que, finalement, ce sont deux villes incomparables, parce que si différentes, mais où tout est possible.

« Je ne pouvais pas parler de Bruxelles sans parler flamand, et surtout, je ne pouvais pas parler de Bruxelles sans parler du fait que c’est une ville très absurde, tout comme la Belgique. La ville est au cœur du débat puisqu’elle est entourée par la Flandre », dont une partie de la population aspire à se séparer de la Belgique.

« Or, Bruxelles est une ville bilingue ; elle n’appartient ni à la Wallonie [francophone] ni à la Flandre, mais appartient un peu aux deux. Il fallait que je puisse parler de ça. »

« C’était important pour moi de revendiquer d’où je viens », de revendiquer sa « belgitude », jusque dans le titre de l’album, Nonante-cinq, « mon année de naissance. Y’a quelque chose de très symbolique pour cet album qui parle d’émotions, de ce qu’on traverse dans nos vies, et des questions qu’on se pose lorsqu’on a vingt-cinq ans. Il y a tout ça dans le titre. »

Nonante-cinq

Angèle Sur étiquette Angèle VL Records

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