Un GAMIQ en chair, en os et en prix Lucien

L’autrice-compositrice-interprète Laurence-Anne a reçu deux prix Lucien pour EP indie-rock de l’année (pour «Accident») et Artiste de l’année.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir L’autrice-compositrice-interprète Laurence-Anne a reçu deux prix Lucien pour EP indie-rock de l’année (pour «Accident») et Artiste de l’année.

Pour sa 16e édition, le Gala alternatif de la musique indépendante du Québec (GAMIQ) invitait à nouveau hier soir le public au Café Campus pour célébrer, en chair et en os (et en numérique pour ceux qui ne pouvaient être sur place) la diversité de notre scène musicale, renouant ainsi avec le joyeux chaos qui caractérise cette cérémonie hors de l’ordinaire. Avec Kayiri à l’animation, Fuck Toute pour orchestre maison, vingt-cinq prix artistiques ont été décernés, l’autrice-compositrice-interprète Laurence-Anne recevant deux prix Lucien pour EP indie-rock de l’année (pour Accident) et Artiste de l’année.

Il était presque rassurant de retrouver ce gala en direct, porté à bout de bras par l’instigateur Patrice Caron et son équipe, avec ses couacs et ses fausses notes, mais surtout ses victoires méritées et ses performances singulières. En lieu du traditionnel Lucien hommage, Caron a profité de sa tribune pour saluer la mémoire et l’œuvre avant-gardiste du regretté Henriette Valium (Patrick Henley), artiste visuel, bédéiste, musicien et leader du groupe punk Valium et les Dépressifs, décédé en août dernier. Un pionnier de la scène musicale indépendante, a rappelé son ami.

Tout au long de la soirée, l’orchestre maison a injecté une dose de décibels qui nous immunisera contre la musique aseptisée pour l’année à suivre ; parmi les artistes invités à se produire sur scène, Super Plage a adouci les mœurs avec sa pop électro-bonbon, la colorée compositrice chiptune R41ÑB0W TR4$H (Dominique Pelletier) a joué du Game Boy et le groupe rock The Braze Velluto Collection a fait honneur à sa victoire dans la catégorie Album rock de l’année.

L’événement a récompensé Vincent Dufour, alias Valence, auteur du tendre Maximum, recueil de chansons pop sophistiquées paru en septembre dernier. À lui, le prix Lucien (un hommage à Lucien Francœur) de la Révélation de l’année — à ne pas confondre avec le prix Espoir 2022, un coup de cœur autant qu’une pousse dans le dos, donnée à Meggie Lennon qui a offert le bref et chaleureux album Sounds from Your Lips l’été dernier.

Les deux prix dans les catégories hip-hop ont été remis à des musiciennes : Calamine, Lucien de l’Album rap de l’année (pour Boulette Proof), et Marie-Gold, celui de l’EP rap de l’année (pour Règle deux). La première vient de lancer un album avec son comparse Kèthe Magané (leur projet Petite Papa), la seconde annonce pour février prochain la sortie de son prochain album, Bienvenue à Baveuse City.

Or la force de cette cérémonie est de souligner le travail d’artistes évoluant sur des scènes musicales négligées dans d’autres galas. Album métal de l’année ? The Singularity, Phase I, du batteur Away (Michel Langevin, Voïvod) et du guitariste-multi-instrumentiste Thisquietarmy. Album punk de l’année ? Une nouvelle forme de joie du compositeur et homme-orchestre Maxime Gervais, parue l’an dernier sur le productif label montréalais Cuchabata Records. Album expérimental de l’année ? La concurrence était féroce, avec SUUNS, René Lussier, Julien Sagot, Simon Léoza et Navet Confit (entre autres) sur les rangs ; le Lucien fut remis au Bell Orchestre pour l’album House Music.

Toute la soirée se sont croisés au podium artistes établis — Antoine Corriveau, Album indie rock pour Pissenlit, Dany Placard, EP rock de l’année pour Astronomie (suite) — et nouveaux venus (Super Plage, Album électro pour Super Plage II, Léa Jarry, Album country pour L’heure d’été), réservant quelques heureuses surprises au passage. Pour le Lucien de l’Album trad de l’année, une catégorie réunissant des albums de très haut calibre cette année, l’exquis mariage entre folklore et musique contemporaine réussi par Cédric Dind-Lavoie (Archives), ou le lubrique et festif Gab Paquet, son La force d’Éros lui valant le Lucien de l’Album pop de l’année.

P’tit Belliveau (Album hors Québec), Pierre Kwenders & Clément Bazin (EP monde), Maude Audet (EP folk), Beat Sexü (EP pop), MISC (Album jazz), Navet Confit (EP électro), Québec Redneck Bluegrass Project (Album folk) et Jesuslesfilles (Vidéoclip de l’année – Choix du jury) ont aussi eu droit aux félicitations du jury constitué de membres de l’industrie, ou des fans, pour la catégorie du Vidéoclip de l’année – Choix du public, remporté par les Hay Babies pour En Californie.

Enfin, huit prix « industriels » ont aussi été distribués. Mentionnons simplement ceux qui soulignaient l’excellence autant que la résilience en cette année perturbée par les restrictions sanitaires. Le Lucien de la Salle de spectacle de l’année a été décerné à L’Esco, qui souhaitait souligner en grand son 20e anniversaire l’année dernière. Le Festival BleuBleu en Gaspésie a été récompensé du prix du Festival de l’année, lui qui fut un des premiers événements du genre à pouvoir profiter de mesures sanitaires allégées l’été dernier. Enfin, le Lucien de l’Initiative culturelle de l’année fut décerné à Aire Ouverte, inauguré en mai dernier et qui ne cesse depuis d’attirer des entreprises culturelles d’ici et d’ailleurs dans son monde virtuel.

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