Bévues et promesses d’Erina Yashima

Erina Yashima
Photo: François Goupil Erina Yashima

Le concert de l’Orchestre Métropolitain cette semaine était dirigé par Erina Yashima, assistante de Yannick Nézet-Séguin à Philadelphie. Les mélomanes de la métropole pourront dire qu’ils auront été parmi les premiers à avoir entendu une cheffe dont on entendra parler. Elle laissera un très bon souvenir à Montréal, malgré une rare bourde.

Étonnante Erina Yashima. Étonnante d’entrée, d’ailleurs : une démarche si énergique qu’on dirait une pile électrique, une sorte de Jordan de Souza au féminin.

Surprenante négativement aussi, parce qu’on se demande comment une Allemande de Heilbronn, à 110 kilomètres de la frontière française, est incapable de nous dire « Bonjour » et de sortir trois mots de français pour présenter son programme. Chercher à comprendre où elle se trouve et où elle dirige sera peut-être une des qualités que la jeune femme devra acquérir.

Se plaindre du grand froid à -1°C devant un public médusé n’était pas beaucoup plus futé. Mais on a cru comprendre par la traduction de Mario Paquet qu’elle n’avait apporté que des escarpins.

Violoncelliste rêveur

Une fois transportée dans le monde musical, Yashima était plus à son affaire. Erina Yashima est une cheffe énergique qui a su dans Brahms ne pas tomber dans le piège dans lequel Stéphane Tétreault a failli la tirer : celui de la contemplation sonore.

La première intervention du violoncelliste était quasiment irréelle, une sorte de cadence figée, hypervibrée et rêveuse. Il ne manquait plus que les petits oiseaux, une fumée cryogénique, des projecteurs rouges, des bâtons d’encens et un sablier qu’on puisse fixer en attendant que ça finisse. Pour mémoire, la partition indique « in modo d’un recitativo, ma sempre in tempo » (bref : ne pas ralentir).

Embrigadé ensuite dans le continuum de l’œuvre, mené par la cheffe et son partenaire, l’impeccable violoniste Kerson Leong, Stéphane Tétreault a filé droit et adopté l’excellent tempo fluide du 2e mouvement. Il nous a semblé que sa sonorité était comme « arrondie », manquant de mordant. Instrumentalement, on a toutefois admiré l’excellente tenue d’ensemble et la généreuse prestation orchestrale. Hélas sur les derniers accords de l’œuvre, la cheffe, déconcentrée, semble avoir rajouté une mesure ou manqué un accord. L’incident sera à revoir en vidéo, mais ses solistes se sont retrouvés à découvert sur l’antépénultième accord.

Cors sonores

Il est très bien qu’Erina Yashima ait choisi la 5e Symphonie de Dvorak. Elle l’a abordée avec le nécessaire tonus qui rappelait l’excellente référence discographique de Witold Rowicki. Excellente idée aussi : aligner les cors devant le mur du fond, ce qui donnait beaucoup d’impact et de relief à leur jeu, chose très importante dans cette partition. C’est un concert qu’on aura grand intérêt à suivre en webdiffusion, car on sentait parfois une très légère inertie dans le répondant de l’orchestre (3e mouvement) sans pouvoir l’expliquer par la gestique telle que vue de derrière.

En tout cas Erina Yashima est en route pour une belle carrière : elle dirige réellement la musique et ne se met pas en scène contrairement à Alondra de la Parra dans la 9e Symphonie de Dvorak avec le même orchestre.

Le concert débutait par une œuvre de la saveur de l’année au chapitre « diversité » sur le continent : Jessie Montgomery. Oeuvre pour cordes habile, avec beaucoup de pizzicatos. Pourrait-on prévoir de tabler plutôt sur ce registre qui complaît aux commanditaires et subventionneurs lorsque cela a un lien à tout le moins infinitésimal avec le programme ? En effet, un programme de concert devrait rester a priori conçu pour le public qui vient l’écouter. Une œuvre d’ouverture est censée préparer l’écoute des œuvres qui suivent. Trop voyant, le « pas de rapport », juste pour être trop irréprochablement politiquement correct, apparaît un peu ridicule. Une œuvre d’Émilie Mayer, par exemple, aurait parfaitement fait l’affaire dans le contexte tout en revalorisant la création féminine.

Leong et Tétreault: cordes étincelantes

Jessie Montgomery : Strum. Brahms : Double Concerto. Dvořák : Symphonie n° 5. Kerson Leong (violon), Stéphane Tétreault (violoncelle), Orchestre Métropolitain, Erina Yashima. Maison symphonique de Montréal, mardi le 30 novembre 2021. Webdiffusion à partir du 10 décembre.

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