Marie-Nicole Lemieux chante l’amour

La contralto québécoise devient euphorique lorsqu’elle parle de Jules Massenet. C’est un sujet qu’elle connaît bien, puisqu’elle a enregistré, en 2020, 45 mélodies dans le cadre d’un monumental projet d’intégrale.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir La contralto québécoise devient euphorique lorsqu’elle parle de Jules Massenet. C’est un sujet qu’elle connaît bien, puisqu’elle a enregistré, en 2020, 45 mélodies dans le cadre d’un monumental projet d’intégrale.

De retour de Paris, où elle a fêté les 30 ans de l’Ensemble Matheus de Jean-Christophe Spinosi, Marie-Nicole Lemieux propose un récital sous forme d’ode à l’amour associant Brahms et Massenet à la salle Bourgie mercredi.

« Je veux juste donner de l’amour. Je suis dans cet état-là. C’est tellement dur, la vie. Quand les gens viennent au concert, je veux juste qu’ils oublient leurs problèmes », explique la chanteuse, en entrevue au Devoir.

La contralto québécoise devient euphorique lorsqu’elle parle de Jules Massenet. C’est un sujet qu’elle connaît bien, puisqu’elle a enregistré, en 2020, 45 mélodies dans le cadre d’un monumental projet d’intégrale, sous étiquette ATMA, piloté par Olivier Godin et Marc Boucher.

« J’ai conçu le programme sur le thème de l’amour avec Brahms et Massenet ; l’amour maternel, mais aussi l’amour mystique. Il y a une grande part d’introspection dans ce récital : les Chants sérieux de Brahms, ça ne peut pas être plus d’actualité ! Pour Massenet, j’ai choisi les Expressions lyriques, l’un de ses derniers cycles, dédié à sa dernière muse et dernière amante, Lucy Arbell », résume Marie-Nicole Lemieux.

Déclamer sa passion

Jules Massenet (1842-1912) avait presque 60 ans lorsque, en 1901, il dédia sa première mélodie à la contralto Lucy Arbell, âgée de 23 ans à l’époque. Deux ans plus tard, Arbell débutait dans le rôle de Dalila à l’Opéra de Paris. Les Expressions lyriques ont été composées entre 1902 et 1912.

« C’est une œuvre étonnante, car Massenet utilise la déclamation. La déclamation parlée, mais aussi la déclamation chantée. Cela se rapproche un peu du Sprechgesang [le chanté-parlé, technique de chant associée aux compositeurs de l’École de Vienne, notamment Berg]. On peut soit déclamer, c’est-à-dire une parole rythmique sur la musique, soit adopter la parole chantée, dit Mme Lemieux. Il y a beaucoup de poèmes féminins, et c’est une ode d’amour. On sent que ces amants-là, ils ont ri ensemble, ils se sont aimés de partout. C’est une œuvre particulière. »

Selon la musicologue Catherine Scholler, l’idée de mêler chant et déclamation serait de Lucy Arbell elle-même. Marie-Nicole Lemieux a été séduite par le côté mystique de Massenet vieillissant, inspiré par cette jeune muse surdouée. « Un texte, c’est de l’extase mystique ; c’est sainte Thérèse avec ses rayons réverbérants. Et la musique est d’une puissance… » s’enthousiasme-t-elle.

L’idylle de Massenet et d’Arbell sera abrégée par le cancer des intestins qui emportera le compositeur. En 1912, Massenet pourra terminer in extremis son opéra Cléopâtre. Il écrira dans un codicille à son testament : « Le rôle de Cléopâtre a été écrit pour Mlle Lucy Arbell, 10, avenue de l’Alma, Paris. C’est elle que je désigne pour la création de ce rôle et les représentations qui suivront de cet ouvrage : Cléopâtre. »

Mme Massenet, Louise-Constance de Gressy, dite Ninon, piétinera les volontés de son défunt mari. Le rôle de Cléopâtre sera créé le 23 février 1914 par Maria Nikolaïevna Kouznetsova. Mais l’amour de Massenet pour Lucy est imprimé sur des partitions.

Marie-Nicole Lemieux déclamera les choses de l’amour entre Jules et Lucy mercredi soir à la salle Bourgie aux côtés du pianiste Daniel Blumenthal.

 

Marie-Nicole Lemieux

Chante Brahms et Massenet. Salle Bourgie, mercredi, 19 h 30.

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