Les femmes musiciennes du monde à l’honneur à Montréal

Lorsque Djely Tapa chante, c’est toute l’histoire du Mali qui résonne.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Lorsque Djely Tapa chante, c’est toute l’histoire du Mali qui résonne.

Lorsque Djely Tapa chante, c’est toute l’histoire du Mali qui résonne. Griote descendante de griotes, c’est son chant qui scellera vendredi la première journée du colloque sur les femmes musiciennes, qu’organise le Centre des musiciens du monde vendredi et samedi.

En entrevue, Djely Tapa, qui vit maintenant à Montréal, précise qu’il y a autant, sinon plus, de femmes griotes au Mali que d’hommes griots, même si cette fonction est officiellement transmise par le père. Elle-même s’extasie, dans une capsule qui sera diffusée pendant le colloque, devant le chant de sa grand-mère, une griote reconnue dans tout le Mali.

Il semble pourtant que la représentation des femmes dans le monde de la musique ne soit pas acquise. Plusieurs études sont présentement en train d’en mesurer les limites, explique Caroline Marcoux-Gendron, chercheuse à l’Observatoire interdisciplinaire de création et de recherche en musique et à l’Université de Montréal, qui présente la conférence d’ouverture du colloque, avec Lysandre Bergeron, du groupe de recherche DIG ! (Diversité et inégalité de genres dans la musique au Québec) et de l’Université McGill. Les deux chercheuses lancent d’ailleurs une étude sur le parcours des femmes musiciennes migrantes au Québec.

Secouer les traditions

 

« Il y a un problème de représentation [des femmes en musique], dit Lysandre Bergeron. Les musiciens nous le disent et nous le répètent. Il y a aussi des problèmes de harcèlement sexuel. Cela rejoint les problèmes de discrimination au travail. » Traditionnellement, le monde de la musique a été aussi polarisé entre les genres que le reste de la société. « L’activité musicale des femmes est très développée, mais elle est contextualisée en fonction du rôle que les femmes peuvent avoir », dit Frédéric Léotard, cofondateur et directeur du Centre des musiciens du monde et instigateur du colloque. C’est ainsi que les berceuses, par exemple, sont trop souvent des chants réservés aux femmes.

Un peu partout dans le monde, ce confinement des sexes tend cependant à changer. Hélène Sechehaye, chercheuse belge, viendra présenter les résultats de ses recherches sur les performances gnawas à Bruxelles.

Le gnawa est un genre musical, parfois accompagné de danses et de transes, originaire du Maroc. Ce genre est traditionnellement réservé aux hommes. Mais un groupe de femmes a tout récemment secoué la tradition et commencé à le pratiquer.

De son côté, Dalila Vasconcellos de Carvalho, doctorante à l’Université de Montréal, fera des rapprochements entre ce qu’elle a observé au sujet de la situation des femmes dans le monde de la musique classique au Brésil et ce qu’elle relève dans le monde de la musique du monde à Montréal.

Le colloque se terminera samedi par un concert de kanun, une cithare turque sur caisse, de Didem Basar, présenté dans la chapelle des Hospitalières. « Elle fait un travail de composition à partir de ses racines turques ottomanes », dit Frédéric Léotard, qui espère attirer au Centre des musiciens du monde davantage d’artistes féminines en résidence. « On la soutient pour lui donner toutes les chances et les meilleures conditions possibles. »

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