Concert inégal en ouverture du Festival Bach

Václav Luks dirigeait l’«Oratorio de Noël» en ouverture du 15e Festival Bach Montréal.
Photo: Antoine Saito Václav Luks dirigeait l’«Oratorio de Noël» en ouverture du 15e Festival Bach Montréal.

Le Tchèque Václav Luks ouvrait le 15e Festival Bach Montréal dimanche dans une Maison symphonique très copieusement remplie avec quatre cantates de l’Oratorio de Noël à la tête du chœur et de l’orchestre du Festival, occasion de rappeler qu’en matière d’œuvres vocales, la notoriété du chef ne fait pas tout.

En tant que manifestation à ambition internationale, le Festival Bach invite à Montréal des vedettes comme Sergei Babayan ou Martin Helmchen cette année, et rehausse le prestige des musiciens d’ici en les conviant à partager la fête. Mais le concert d’ouverture d’un festival possède une force symbolique particulière, qui donne le ton à la manifestation tout entière. Était-ce là le concert d’ouverture d’un Festival Bach « international » ? Pas vraiment.

En 2018, le Festival Bach avait pris le grand risque de lancer à la fois son festival et l’initiative de créer un chœur et un orchestre ad hoc. En 2021, la situation n’est pas la même : il est encore trop hasardeux de faire voyager des ensembles, Arion était pris par sa série de concerts Louis XIV de la fin de semaine et Les Violons du Roy seront mis à contribution pour L’art de la fugue jeudi. Beaucoup de progrès ont été réalisés en ce qui a trait à la tenue orchestrale (un ensemble solide et bien constitué) et chorale de cet ensemble constitué sur mesure.

Parmi les autres bons points, on citera le positionnement au centre de la scène élargie, cordes à gauche, vents à droite, alors que les musiciens se voient allouer moins d’une heure (!) pour trouver leur place à la Maison symphonique, et la substitution assez miraculeuse du ténor Benedikt Kristjánsson en lieu et place de Daniel Johannsen. Il est rare de tomber sur un substitut d’une telle qualité, même si son intonation au début de la Cantate 1 suscita quelques craintes. Le volume et la couleur de Kristjánsson nous ont valu une narration élégiaque.

Hyperactivité au podium

Václav Luks est un « cas ». Bach le fait s’agiter autant que Leonard Bernstein dirigeant Harold en Italie de Berlioz. C’est dire qu’il en est arrivé jusqu’à sauter sur son podium ! On dirait un gars fasciné, enfant, par les publicités du lapin Energizer au point d’en avoir fait son modèle. La question qui suscitera des réponses individuelles subjectives est : cette hyperactivité aide-t-elle l’accès à la musique ou distrait-elle ?

Il y a un noble objectif à l’agitation anguleuse de Luks : l’éloquence et la mise en relief du texte. Le point positif de son travail est donc la prononciation d’un chœur qui aurait mérité une ou deux sopranos plus éclatantes. L’éloquence est relayée par un excellent travail instrumental, avec les hautbois et les trompettes, même si ces dernières se sont un peu effondrées dans l’ultime chœur de la 6e Cantate.

Le problème de la soirée (outre le fait de se demander quand on va pouvoir manger quand il faut se rendre à un concert débutant à 18 heures et s’achevant à 20 h 30 !) fut le choix des solistes. Rien à redire au sujet de Tobias Berndt, excellent baryton-basse. Mais qui a mis un tel festival sur la piste de la soprano Teresa Wakim ? Vu le résultat, celle-ci a-t-elle un jour songé à demander un remboursement de ses cours de chant ? Mme Wakim avait visiblement préparé (avec les piètres moyens du bord) son air de la 6e Cantate, mais ses récitatifs, ici et là, étaient effrayants. C’était bien là l’une des pires voix à s’être produites en dix ans à la Maison symphonique.

Quant au contre-ténor Maarten Engeltjes, il a impeccablement placé son timbre énonçant une suite de sons syllabiques. Il n’est pas en cause, mais parmi les plus joyeuses incongruités d’une certaine « révolution baroque », on cataloguera un jour l’emploi de grands chauves souriants pour chanter dans l’Oratorio de Noël l’ode maternelle à la lactation du nourrisson. Jadis, et aujourd’hui encore quand on a un tout petit peu de jugeote, on distribuait cela à une chaleureuse voix de mezzo-soprano. Et c’était très bien ainsi.

Suite mardi soir à la salle Bourgie avec le retour à Montréal d’un bel espoir du piano : Albert Cano Smit.

 

Festival Bach: Concert d’ouverture

Bach : Oratorio de Noël — Cantates I, II, III et VI. Teresa Wakim, Maarten Engeltjes, Benedikt Kristjansson, Tobias Berndt, Choeur et orchestre du Festival Bach Montréal, Václav Luks. Maison symphonique, 21 novembre 2021.

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