Brillant Quatuor de Jérusalem

Le Quatuor de Jérusalem
Photo: Felix Broede Le Quatuor de Jérusalem

Le Festival de musique de chambre de Montréal invitait lundi le Quatuor de Jérusalem, accompagné de Pinchas Zukerman et de son épouse violoncelliste, Amanda Forsyth. L’ensemble a fait forte impression dans Dvořák et Brahms.

Le Quatuor de Jérusalem était venu à la salle Pollack en mars 2018, invité par le Ladies’ Morning Musical Club. Nous avions alors qualifié sa prestation de « stratosphérique ».

L’adjonction de Pinchas Zukerman, altiste dans Dvořák et premier violon dans Brahms, et d’Amanda Forsyth permettait lundi de proposer deux sextuors. L’objet du présent article n’est pas de commenter l’accoutrement ni l’attitude de l’épouse du violoniste, qui œuvrait en second violoncelle et se comportait comme si elle était une quelconque vedette en embrassant tout le monde sur scène après le Brahms. On notera simplement que l’esprit de la musique de chambre est « tous égaux » et « chacun à sa place ». On en restera là.

Moyens intacts

S’agissant de ces ajouts au Quatuor de Jérusalem, le cas de Pinchas Zukerman est intéressant, puisque la présence de ce violoniste de grande notoriété de 73 ans suivait d’une semaine la prestation fragile, ici même, de Gidon Kremer, 74 ans. L’exercice auquel s’est plié Pinchas Zukerman l’exposait moins dans Dvořák à l’alto, mais au moins autant que Kremer dans Brahms puisqu’il tenait la partie de leader. Force est de constater que les facultés violonistiques de Zukerman sont bien moins érodées que celles de son collègue. Chapeau, donc, pour cette tenue.

Certes, dans Brahms, Zukermann induit un léger déficit d’intensité sonore par rapport, notamment, aux deux altistes, mais la justesse est très honorable. Dans le Sextuor no 1 de Brahms, la puissance des altos et des violoncelles a du bon. Elle donne beaucoup de tonicité aux contrechants du 1er mouvement. Les altos sont exceptionnels dans le mouvement lent, et l’esprit de groupe du 3e mouvement est remarquable. Seul le Finale est quelque peu en deçà, notamment en cohésion et dans la relance musicale.

Le Sextuor de Dvořák, mené par le premier violon du Quatuor de Jérusalem, portait totalement la signature de ce groupe, avec une ardeur exceptionnelle et un 3e mouvement ébouriffant. Dans le Finale, les interprètes ont fait le choix d’une césure assez nette entre les variations, mais sans déconstruire le mouvement.

Le Festival de musique de chambre de Montréal se tient désormais à l’automne en une formule non vraiment festivalière, puisque les cinq concerts ne sont pas rassemblés dans une période restreinte, mais dispersés entre le 18 octobre et le 7 décembre. À ce titre, Emanuel Ax mettra un terme, le 7 décembre, avec un concert Chopin à l’édition 2021, la 23e.

L’originalité du Festival a été de se lancer le 18 octobre avec un concert gratuit des Jeunes Virtuoses de Montréal, ensemble de 15 étudiants qui avait apporté la musique auparavant dans plusieurs arrondissements de Montréal. Pour ce qui est des concerts payants, celui-ci et le récital d’Emmanuel Ax sont des « Concerts prestige », au prix « festivalier » de 98 dollars et des poussières. Que les amateurs du genre en quête de sorties plus abordables sachent qu’il en coûtera autour de la moitié (respectivement 44 et 50 dollars) pour voir les formidables Dover mardi prochain au même endroit et le Quatuor de Crémone au Ladies’ Morning dimanche.

Avant le concert, Denis Brott, directeur artistique du Festival, qui a failli être une des premières victimes de la COVID au Québec, a été désigné comme un des visages de la collecte de fonds de Noël de la Fondation du CHUM.

 

Festival de Musique de chambre

Dvorak : Sextuor opus 48. Brahms : Sextuor no 1. Quatuor de Jérusalem, Pinchas Zukerman (alto, Dvořák ; violon, Brahms), Amanda Forsyth (violoncelle). Salle Bourgie, lundi 8 novembre 2021.

À voir en vidéo