«Un singe sur l'épaule»: Julia Daigle se donne des airs médiévaux

Julia Daigle est la cofondatrice du duo électro-pop Paupières, qui fera paraître vendredi «Un singe sur l’épaule».
Photo: Adil Boukind Le Devoir Julia Daigle est la cofondatrice du duo électro-pop Paupières, qui fera paraître vendredi «Un singe sur l’épaule».

Au tour de Coup de cœur francophone de goûter aux délices du déconfinement : jusqu’au 14 novembre, le vénérable festival investit une douzaine de salles de la métropole au moment où les artistes francophones d’ici inondent nos tympans de nouveaux projets. C’est le cas de Julia Daigle, cofondatrice du duo electro-pop Paupières, qui fera paraître vendredi Un singe sur l’épaule, un premier album solo aux sonorités inouïes sur la scène pop francophone.

Julia tenait à ce que son collaborateur et coréalisateur Dominic Vanchesteing participe à l’entrevue. « C’est notre projet à nous deux, finalement », dit l’autrice-compositrice-interprète, insistant aussi sur la contribution des musiciens qui ont joué sur son premier album. Dans l’autre fenêtre de notre visioconférence, Dominic nuance : « D’accord, mais sans Julia, ce projet n’existerait pas. »

Les traits distinctifs qui l’ont amené à vouloir collaborer avec elle, c’est sa voix feutrée, sa poésie « sans aucune forme de cliché, des émotions évoquées, suggérées, en filigrane », affirme Dominic. Et c’est son parcours, pas simple, des dernières années sublimé dans ses textes.

« Sans entrer dans mon intimité, disons que j’ai vécu une certaine forme de confinement avant le confinement, se limitera à dire Julia. Durant ces années difficiles, la musique a été pour moi plus qu’une échappatoire. Elle m’a permis de me sortir la tête hors de l’eau, pour ainsi dire. »

Nous n’en saurons pas davantage, ce qui ajoute au mystère de ce disque hors du commun. Julia et Dominic ont commencé à travailler dessus il y a cinq ans, après avoir pris quelques bières ensemble. « J’avais envie d’explorer autre chose. On m’a dit que Dominic serait la bonne personne pour y arriver. » C’est un ami commun, le lascif crooner Bernardino Femminielli, qui a servi d’intermédiaire, Dominic ayant réalisé son formidable Plaisirs américains (2016), « un album qui, encore à ce jour, est parmi mes tops [faits au Québec] », affirme Julia. L’essentiel des musiciens qui ont donné vie à cet album de Femminielli est à nouveau réuni pour Un singe sur l’épaule.

Inqualifiable objet

 

On y reconnaît d’ailleurs une parenté musicale, sur le plan du rythme surtout. Ce son sec, ce jeu de batterie précis et tendu de Guillaume Éthier qui renvoie à celui des albums Vu de l’extérieur (1973) et L’homme à la tête de chou (1976) de Gainsbourg. Là où Un singe sur l’épaule se distingue, c’est par sa couleur, ses sonorités étudiées, cet étrange alliage de synthétiseurs et d’instruments à cordes atypiques, celles de la mandoline, du bouzouki, du banjo et du saz (un luth d’origine perse) qui rendent inqualifiable la chanson de Julia.

Julia a eu le flash. « Il me semble que j’entends quelque chose de médiéval ! C’est devenu le point de départ de la conversation autour de l’album, ça a défini l’esthétique du projet. » Dominic convient qu’à l’écoute d’Un singe sur l’épaule, les initiés ne reconnaîtront pas vraiment la musique ancienne, mais ce choix « coulait comme une évidence, en plus d’ajouter quelque chose d’unique au projet », qui évoquera les sonorités de certains albums de Dead Can Dance, la volatilité harmonique d’Enya et de Kate Bush, avec une touche de prog dans les structures de chansons. « Ce fut pour moi un apprentissage d’avoir à désapprendre la manière très pop de composer des chansons comme je le fais avec Paupières », raconte Julia.

De plus, certaines contraintes ont été posées. « Expressément éviter les guitares électriques et les synthés analogiques, qu’on a beaucoup trop entendus depuis dix ans, indique Dominic. OK, ça va, le Juno-60, on sait comment il sonne. Il y a une fatigue qui s’installe. Julia a acheté un modèle spécifique de synthétiseur Kurzweil pour cet album. C’est presque une farce, parce que l’instrument a des milliers de presets [sons préenregistrés], mais, peu importe celui que tu choisis, ça va sonner comme une trame sonore de film des années 1990. Ce synthé a été notre principale boîte de crayons de couleur. »

Ce fut pour moi un apprentissage d’avoir à désapprendre la manière très pop de composer des chansons comme je fais avec Paupières

 

« J’ai l’impression que, malgré nous, quelque chose de très “québécois” a surgi de cet album, et ça nous a tous ravis », croit Dominic, qui a fait découvrir à Julia l’œuvre du groupe prog-rock Contraction.

« De session d’enregistrement en session d’enregistrement, décidément, il y avait quelque chose qui évoquait une sorte de Québec fantasmé, mythologique », littéralement éveillé dans la chanson Nanette, sorte d’hommage à Mme Workman, que Julia et Dominic admirent.

« Dominic avait lu sa biographie et un passage l’avait inspiré, ce moment où elle habitait à New York et où elle vivait une peine d’amour, raconte Julia. Ce morceau, je le trouvais touchant — c’est une chanson d’amour, or je n’écris pas vraiment de chansons d’amour. »

À l’affiche

Ariane Roy et Valence

Jeudi 4 novembre, 20 h, Le Ministère. La relève en ouverture, Ariane Roy (en prestation hier au Premier Gala de l’ADISQ) et ses douces chansons pop, Valence et la pop-rock baroque de son premier album Pêle-mêle.

Luc de Larochellière

Samedi 6 novembre, 20 h, Théâtre Outremont. Un classique, ça se célèbre, même avec un an de retard : il y a trente ans en 2020 paraissait Sauvez mon âme, qui sera rejoué intégralement à l’Outremont, précédé de versions acoustiques des grandes d’Amère America.

Bleu Nuit

Samedi 6 novembre, 22 h, l’Esco. Le groupe post-punk/art rock Bleu Nuit offrira, dans la série tardive Au coeur de la nuit, les chansons nouvelles de Métal, son second album paraissant le 5 novembre.

Les Fils du Facteur et Comment Debord

Vendredi 12 novembre, 20 h, Lion d’Or. Pandémie oblige, les invités étrangers seront rares à ce Coup de coeur francophone ; originaire de la Suisse, le quatuor Les Fils du Facteur arrive avec un quatrième album sous le bras, Jusqu’ici ça va, paru en avril dernier. Avec le groovy groupe psyché-rock Comment Debord.

 

Un singe sur l’épaule

De Julia Daigle, qui paraît vendredi sur étiquette Lisbon Lux Records. L’artiste sera en concert à l’Hémisphère gauche le samedi 13 novembre à 20 h.



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