Trudel-Laval: 15 ans en fanfare

Alain Trudel
Fourni par l’Orchestre symphonique de Laval Alain Trudel

L’Orchestre symphonique de Laval a fêté lundi soir à la Maison symphonique de Montréal les 15 ans de mandat d’Alain Trudel à sa tête : un concert original et d’excellente tenue, à l’image de l’intégrité musicale du chef et du succès de ses réalisations.

« Les Danses de Galánta, la pièce la plus ancienne du programme, est de 1933 ! » Alain Trudel ne l’avait pas fait vraiment exprès, mais tout de même un peu, en concoctant un menu destiné à mettre en valeur les divers instrumentistes pour ce premier concert de l’Orchestre symphonique de Laval (OSL) à la Maison symphonique.

Alain Trudel soulignait aussi que sur six spectacles cette saison, quatre proposaient une création. Celle de lundi était substantielle : un concerto pour flûte d’Airat Ichmouratov, joué en première mondiale par le Québécois Robert Langevin, flûte solo du Philharmonique de New York.

Destination Hollywood ?

Le concert a débuté vers 19 h 55 au lieu de 19 h 30 après un préambule enthousiaste mais un peu longuet du chef, qui a aussi convié le compositeur à présenter son œuvre. Même si Airat Ichmouratov a fait de louables efforts, il ne faudrait jamais prémâcher ainsi la surprise d’une création aux auditeurs. On connaît ou on ne connaît pas les racines russes d’Ichmouratov. Mais emprisonner ou orienter l’imaginaire de toute une salle dans un carcan référentiel russe est une grande erreur. Car ce sont les références de chacun qui comptent.

Nous avons retrouvé Ichmouratov tel que nous le connaissons : consonant, mais moins russe et folklorique et plus cinématographique en quelque sorte. Chaque mouvement a ainsi ses épisodes de type « grand déploiement » à la riche orchestration. Le 2e volet est le plus immédiatement parlant, le 1er le plus déconcertant. Avec la flûte en solo, les épisodes oniriques du volet initial rappellent forcément un peu Rimski-Korsakov, alors que d’autres digressions semblent sorties de dessins animés. C’est un peu la rencontre improbable entre la Vierge Fevronia et Harry Potter. Quant au 3e mouvement, à la brillante conclusion, on ne pouvait qu’admirer avec quelle impassibilité apparente Robert Langevin enchaînait des passages plus redoutables les uns que les autres. Au nombre de notes, Ichmouratov rivalise ici avec le jeune Mendelssohn (Concertos pour piano et Concerto pour violon et piano).

Plus sérieusement, la facilité de ce compositeur est telle et son sens de l’image sonore si affirmé que l’on se demande comment il se fait que Hollywood ne l’ait pas encore repéré. Si le Québécois Denis Villeneuve réalise Dune, pourquoi la musique de Dune ne pourrait-elle pas être d’un Québécois ? À part d’œuvrer à Los Angeles, qu’est-ce que Hans Zimmer a de plus qu’Ichmouratov, alors même qu’un Howard Shore, lui, rate ses concertos, comme on l’a vu avec le Concerto pour guitare écrit pour Milos ?

Brillant Hindemith

En ce qui concerne les œuvres symphoniques, Alain Trudel avait « poussé » son OSL en choisissant les Danses de Galánta de Zoltan Kodaly et les Métamorphoses sur des thèmes de Weber de Hindemith. La finale du Concours Chopin nous avait privés du concert de l’OSM où se donnaient récemment ces Danses de Galánta. Nous ne pouvons donc comparer les deux prestations données à 15 jours d’écart. Trudel et ses troupes y ont mis beaucoup d’énergie, mais avec une priorité à la cinétique (tempos) plus qu’au choc des accents et des changements brusques de rythmes. Tout n’est pas forcément dans la vitesse (sauf à s’appeler Mravinsky-Leningrad dans la Musique pour cordes de Bartók). Cette musique hongroise doit conserver une certaine carrure, à l’image de celle que Trudel et ses troupes ont admirablement conférée à l’œuvre d’Hindemith.

Les Métamorphoses sur des thèmes de Weber faisant la place belle aux cuivres, le concert s’est achevé en fanfare de la plus belle et spectaculaire des manières, sur une grande œuvre d’un compositeur beaucoup plus éminent et important pour le XXe siècle qu’on le croit habituellement. Trudel et l’OSL se sont également très bien sortis du redoutable 2e mouvement, où le motif circule entre tous les pupitres.

Bravo donc à tous les protagonistes et au travail effectué de manière générale, dans le respect de la mission, de l’intégrité musicale. Bravo, aussi, pour l’implication de Trudel et de l’OSL pendant la pandémie pour tenter de faire vivre l’art et la musique. Tous méritaient le cadre de la Maison symphonique, et les musiciens semblent en avoir bien profité.

 

Orchestre symphonique de Laval

« Les 15 ans d’Alain ». Kodaly : Danses de Galánta. Ichmouratov : Concerto pour flûte et orchestre (création). Hindemith : Métamorphoses sur des thèmes de Weber. Robert Langevin (flûte), Alain Trudel (direction). Maison symphonique de Montréal, lundi 2 novembre 2021.

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