Le compositeur Michel Robidoux est décédé

Si je dois résumer ma vie et ma carrière, c’est le partage», déclarait Michel Robidoux en entrevue au «Devoir» en 2017, au moment du lancement de son premier et seul album à son nom, «Robidoux premier», à l’âge respectable de 73 ans.
Photo: Annik MH de Carufel Archives Le Devoir Si je dois résumer ma vie et ma carrière, c’est le partage», déclarait Michel Robidoux en entrevue au «Devoir» en 2017, au moment du lancement de son premier et seul album à son nom, «Robidoux premier», à l’âge respectable de 73 ans.

Complice de Jean-Pierre Ferland sur son mythique album Jaune, le musicien Michel Robidoux s’est éteint dimanche des suites d’un cancer à l’âge de 78 ans. Homme de l’ombre, il aura néanmoins été un acteur central dans l’histoire de la musique québécoise, passant de guitariste sur L’Osstidcho à compositeur de la trame sonore de Passe-Partout.

« C’est très rare dans l’histoire de la chanson d’avoir un homme qui a été à autant d’endroits importants. Il n’était pas autant dans la lumière que Ferland, Charlebois ou Plamondon. Mais il a travaillé avec chacun d’eux, et en quelque sorte, il a été aussi important qu’eux. Leur carrière n’aurait pas été la même sans lui », résume le chanteur Pierre Lapointe, qui a collaboré avec Michel Robidoux dans les dernières années.

L’auteur-compositeur-interprète de 40 ans n’en garde que de bons souvenirs, lui qui, à l’instar de bon nombre de personnes de sa génération, a été bercé par les ritournelles de Passe-Partout. Michel Robidoux a composé et arrangé une bonne partie des comptines de l’émission jeunesse culte à partir du début des années 1980, succédant à Pierre F. Brault, à qui l’on doit les premières musiques originales.

Mais Michel Robidoux entrera dans les livres surtout pour avoir pris part à plusieurs projets d’importance au cours des années 1960 et 1970, dans un Québec en pleine ébullition culturelle. Après avoir amorcé sa carrière au sein de la comédie musicale Le vol rose du flamant, il se joint en 1968 à L’Osstidcho, spectacle phare de la Révolution tranquille qui mêle musique et humour et auquel participent Yvon Deschamps, Mouffe, Robert Charlebois et Louise Forestier.

Ces deux derniers l’engagent comme guitariste la même année pour leur album en duo, qui comprend notamment la subversive Lindberg. À la même époque, Jean-Pierre Ferland, jusque-là chansonnier plutôt propret, revient de Paris, inspiré par le son rock psychédélique en vogue aux États-Unis. C’est dans cet esprit que naîtra en 1970 l’album Jaune, dont Michel Robidoux a composé 8 des 11 morceaux . Parmi eux : Quand on aime on a toujours vingt ans, Le chat du café des artistes et surtout Le petit roi, intronisée en 2007 au Panthéon des auteurs et compositeurs canadiens.

« Ce sont des chansons que l’on connaît tous, mais dont la structure, les accords, ne sont vraiment pas simples. Ce n’était vraiment pas un compositeur peureux. Il aimait se mettre au défi. Même les chansons de Passe-Partout, c’est parfois très expérimental, avec des synthétiseurs. Il a amené à la musique pop une couleur très décoincée », salue aujourd’hui un Pierre Lapointe à la fois admiratif et reconnaissant.

Hommages de vétérans

 

Jean-Pierre Ferland a lui aussi tenu à rendre hommage à son ami de longue date, après avoir été à son chevet cette semaine. La légende vivante de la chanson québécoise est catégorique : sans Michel Robidoux, Jaune ne serait pas l’album mythique que l’on fredonne encore aujourd’hui.

Et dire qu’André Perry, le réalisateur de l’album, ne voulait pas de Michel Robidoux au départ. « Il ne voulait faire le disque qu’avec les musiciens américains. C’est moi qui ai insisté pour qu’on prenne Michel. C’était un musicien extraordinaire. C’est même lui qui m’a appris à jouer de la guitare, durant l’enregistrement », raconte Jean-Pierre Ferland, ébranlé par cette disparition.

Le chanteur de 87 ans peut se consoler en se disant que l’histoire lui aura donné raison. En effet, dans le célèbre studio de Morin-Heights d’André Perry, Michel Robidoux et les voisins du Sud s’entendront finalement à merveille. Il faut dire que l’homme est d’une gentillesse inouïe, en plus d’être doté d’un talent indéniable. Et contrairement à ce que laisse présager le son psychédélique de Jaune, l’enregistrement s’est déroulé de manière extrêmement rigoureuse, sans l’aide d’aucune substance, jure Ferland.

Michel Robidoux avait la réputation d’être extrêmement professionnel, et c’est précisément le souvenir qu’en garde l’auteur Stéphane Venne, qui a travaillé avec lui sur à peu près tous les grands succès de la regrettée Renée Claude.

« Il avait une oreille très fine et il avait un instinct pour savoir ce qui allait résonner pour l’auditeur moyen, raconte-t-il. Il avait le talent de composer des intros qui n’avaient rien à voir avec le reste de la chanson. C’est le cas sur Le petit roi, si vous portez attention. Les Beatles étaient les rois de ça, mais c’est un art qui s’est oublié. »

Chérir le partage

 

Le flair de Michel Robidoux sera remarqué par plusieurs grands noms de la chanson, à commencer par Leonard Cohen, qui fera appel à lui à la fin des années 1980 pour terminer son opus I’m Your Man et notamment la pièce Everybody Knows.

Il avait une oreille très fine et il avait un instinct pour savoir ce qui allait résonner pour l’auditeur moyen

 

Malgré la consécration de son œuvre, Michel Robidoux fuyait les projecteurs, contrairement à son père, Fernand, qui avait connu la gloire comme chanteur de charme dans les années 1940. « Ce n’est pas tellement de l’humilité, dans mon cas. J’ai toujours été bien dans ce rôle. Si je dois résumer ma vie et ma carrière, c’est le partage », déclarait-il en entrevue au Devoir en 2017, au moment du lancement de son premier et seul album à son nom, Robidoux premier.

Différents artistes, de Pierre Lapointe à Ariane Moffatt en passant par Daniel Bélanger, avaient alors été invités à mettre leur voix sur quelques-unes de ses chansons les plus connues, réarrangées au goût du jour pour l’occasion par le réalisateur Philippe Brault. Un album résolument moderne, à l’image d’un compositeur qui n’aura eu de cesse de se renouveler au fil des époques.

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