Démonstration de pertinence

Elvira Misbakhova (alto), Simon Aldrich (clarinette) avec Yannick Nézet-Séguin et l’Orchestre Métropolitain dans le «Concerto pour alto» et clarinette de Max Bruch.
Photo: François Goupil Elvira Misbakhova (alto), Simon Aldrich (clarinette) avec Yannick Nézet-Séguin et l’Orchestre Métropolitain dans le «Concerto pour alto» et clarinette de Max Bruch.

L’Orchestre Métropolitain fête en cette fin de semaine son 40e anniversaire. Outre le concert de vendredi soir, des activités gratuites seront accessibles sur réservation ce samedi après-midi à 13 h et 14 h 45. La grande soirée de vendredi aura permis à Yannick Nézet-Séguin de poursuivre dans sa veine programmatique originale, emportant une nouvelle fois l’adhésion du public avec la 3e Symphonie de Louise Farrenc (1804-1875).

C’est en présence de Pablo Rodriguez, qui semblait savourer, par une écoute fort attentive, son retour comme ministre du Patrimoine canadien, que Yannick Nézet-Séguin a présenté son programme résolument romantique. Deux œuvres s’y complétaient parfaitement : Manfred de Schumann (1852) et la 3e Symphonie de Farrenc (1849).

Plus encore qu’avec la 1re Symphonie de Florence Price, objet du premier concert de la saison, la volonté du chef québécois de redonner la voix aux oubliées de la musique (nous aimerions inclure ici les oubliés indépendamment de leur sexe, donc entendre un jour une symphonie de Théodore Gouvy et un concerto de Marie Jaëll, au même titre que Louise Farrenc) a su convaincre. Il est vrai qu’avec Farrenc nous sommes en terrain connu, puisque sur le plan du style on évolue dans du post-Mendelssohn et simili-Schubert.

Si la symphonie vaut le coup d’être programmée c’est pour sa tenue formelle et, surtout, la beauté de son 2e mouvement. La clarinette y a quelques mélodies ou phrases que le laborieux Max Bruch aurait donné cher pour créer dans son concerto. Du point de vue de l’originalité de la facture ou d’une griffe française on évoquera simplement l’écriture pour les bois dans le 3e mouvement. Pour qui a envie de réécouter l’œuvre, on rappellera l’enregistrement récent de Laurence Equilbey chez Erato.

Placement sur scène

 

Yannick Nézet-Séguin a pris le concert à bras-le-corps avec l’ouverture Manfred de Schumann, redoutable en ce qui concerne les défis de précision et de synchronisme des attaques des vents parfois dans la nuance piano ou pianissimo. Plutôt qu’une approche musicologique lissant les différences de tempos et de climats, le chef a opté pour une lecture dramatiquement creusée.

Deux petits étonnements : le positionnement à droite des cors (pour une complémentarité avec les bassons dans Farrenc, par la suite ?) et, surtout, une sonorité un peu émaciée des violons I, comme si on oubliait le beurre dans les épinards. C’est probablement un phénomène acoustique : très distanciés du podium les violons 1 étaient relégués à gauche. En les recentrant d’un mètre et demi on préserverait la distance légale avec le chef tout en les alignant sur la masse des instruments derrière eux (violoncelles) ce qui donnerait plus de pulpe au son. Par contre, l’opposition violon 1 et 2 était une initiative fort judicieuse dans Schumann.

Superbement travaillé et exécuté par Elvira Misbakhova et Simon Aldrich, le Concerto pour alto et clarinette de Bruch est une curiosité agréable. Alto et clarinette sont respectivement un instrument à cordes et un instrument à vent qui s’apparient parfaitement. D’ailleurs Brahms a destiné ses Sonates opus 120 indifféremment à l’un ou l’autre.

Datant de 1912, ce concerto a l’air de sortir d’un autre temps. Il a surtout l’air de sortir de nulle part et d’aller nulle part. Il servait alors à occuper Bruch fils, clarinettiste de son état. De la même manière, exactement, il sert à mettre en avant depuis des décennies des générations de valeureux solistes issus des orchestres auxquels on offre l’avant-scène pour un soir afin de les remercier de leurs bons et loyaux services.

À ce petit jeu le public écoute avec politesse cet « artisanat compositionnel » consommé et compétent, parfois poétique. Mais cela rentre par une oreille, ça sort par l’autre. À l’heure d’écrire le texte on l’a déjà oublié. Ça fait un siècle que ça dure et c’est bien parti pour en durer un autre.

Yannick Nézet-Séguin : Trésors romantiques

Schumann : Manfred, ouverture. Bruch : Concerto pour alto, clarinette et orchestre. Farrenc : Symphonie n° 3. Elvira Misbakhova (alto), Simon Aldrich (clarinette), Orchestre Métropolitain. Maison symphonique, 29 octobre.

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