«Arches», le chant des voûtes

Xavier Brossard-Ménard, chef des Rugissants
Photo: Ulysse del Drago Xavier Brossard-Ménard, chef des Rugissants

Le chœur Les Rugissants, qui cherche à sortir la musique classique de ses cadres traditionnels, présentera pour la première fois le 30 octobre à la Casa d’Italia, devant public ambulant, son projet Arches associant musique et architecture, une création qui n’a pas encore dévoilé tout son potentiel.

« La musique sert à magnifier l’expérience de l’architecture, et l’architecture sert à donner un cadre plus riche à la musique. » En créant en 2017, dans l’arrondissement du Sud-Ouest, et avec l’appui de celui-ci, le chœur de chambre Les Rugissants, Xavier Brossard-Ménard souhaitait quitter les sentiers battus.

C’est chose faite avec Arches, projet de « déambulatoires » lors desquels un public, en compagnie d’un guide, est amené à découvrir un lieu à travers son histoire, mais aussi ses caractéristiques architecturales et acoustiques. Un chœur positionné à différents endroits du bâtiment rythme la visite grâce à des musiques choisies en fonction de l’endroit et de son histoire.

« Arches est né avant la COVID. Je cherchais à rencontrer différents publics dans la ville [ou les villes] et à trouver un moyen pour ajouter du répertoire un peu plus traditionnel à mon ensemble. On fait toujours de la musique dans un espace, et je voulais d’une part magnifier la relation entre l’espace et la musique et, d’autre part, offrir une formule de prestation musicale qui soit davantage dans le mouvement », résume Xavier Brossard-Ménard, clarinettiste et adepte de musique contemporaine, dont le mentor en musique chorale est la Norvégienne Grete Pedersen, fondatrice du Chœur de chambre d’Oslo. Brossard-Ménard est aussi un passionné d’architecture, sujet qu’il a étudié à l’université. « La musique existe toujours dans un cadre acoustique, et changer les cadres acoustiques autour de la musique donne des éclairages différents. »

Série de capsules

Xavier Brossard-Ménard, qui travaillait au Cirque du Soleil comme « dépisteur artistique » avant la COVID, a rebondi en fonction des nouvelles contraintes. « Pendant la COVID, quand j’ai perdu mon emploi au Cirque, je me suis dit que c’était le moment parfait pour lancer Arches, et la portion virtuelle a donc débuté avant la portion déambulatoire. » À juger d’après deux capsules déjà diffusées, le projet associant histoire du patrimoine, architecture et musique peut se décliner à l’infini pendant des décennies.

« Je le vois sur au moins cinq ans, comme une série parallèle à notre saison. En fait, oui, c’est inépuisable, et ça se décline : cela peut se faire dans d’autres pays, sous plein de formats. Mon objectif à long terme, avec des partenaires en architecture comme Héritage Montréal, serait une carte interactive de Montréal où il y aurait la visite et la musique, où, par exemple, quelqu’un à mobilité réduite pourrait jouir de sa ville. On peut même en faire une série télé. »

Quatre ou cinq autres capsules soutenues par le Conseil des arts du Canada seront lancées mi-novembre. « C’est parallèle à notre saison, mais finalement, cela nous occupe pas mal », s’amuse Xavier Brossard-Ménard, qui se réjouit de la première matérialisation déambulatoire d’Arches à la Casa d’Italia le 30 octobre à 14 h et à 15 h, puis à l’Église Notre-Dame-de-la-Défense le 21 novembre 2021 à 14 h, 15 h et 16 h, dans le cadre de la série Presenza italiana.

« J’ai toujours essayé de renouveler la proposition en musique classique, pas vraiment dans le but de démocratiser, mais d’actualiser le format pour que les gens puissent s’y connecter. Mes propositions cherchent à travailler autour du cadre de la musique. Je pars du principe que la musique classique, c’est accessible, et que les gens peuvent en jouir sans avoir fait le conservatoire. Nous chantons le Messie de Häendel comme les autres, mais cherchons des projets différents, un peu comme The Knights à New York », résume M. Brossard-Ménard.

Les Rugissant travaillent pour le mois de mai à un spectacle « sur l’intimité, la sexualité, avec un fort ancrage contemporain et des projections ». Pour cela, Xavier Brossard-Ménard, qui proposera aussi cette année un spectacle avec guitare et danseur flamenco, le premier conçu par Les Rugissants, cherche d’ores et déjà des débouchés à l’étranger : « Nos productions coûtent cher, et c’est difficile de les vendre uniquement à Montréal. »

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