L’arrestation du pianiste Yundi Li suscite la consternation

Le plus jeune vainqueur du Concours Chopin, en 2000, le Chinois Yundi Li, qui fait carrière sous son prénom Yundi, a été arrêté par les autorités chinoises en présence d’une prostituée, puis détenu. Une disgrâce officielle s’en est immédiatement suivie.

C’était jeudi, au matin de la proclamation des résultats du 18e Concours international Frédéric Chopin, que les médias chinois ont fait état par bribes de l’arrestation du « prince du piano ». Sur les comptes Weibo (média social chinois) de la police, on parlait d’un certain Li, 39 ans, laissant filtrer la première syllabe de son prénom « Yun » assorti d’une photo d’un clavier et d’un commentaire édifiant : « Il n’y a pas que le blanc et le noir dans le monde. Mais il faut tracer clairement la ligne entre le blanc et le noir. »

Déchéance expéditive

Les recoupements se sont faits en un éclair, l’un des organes officiels, Caixin, qui utilise le réseau Twitter en langue anglaise, a, le jour même, diffusé plusieurs messages attestant que « Li Yundi, célèbre pianiste chinois, a été arrêté par la police de Pékin, qui le soupçonne de sollicitation de prostitution ». Dès vendredi, le commentaire qui accompagnait la photo du pianiste était le suivant : « Depuis 2014, au moins une douzaine de chanteurs, d’acteurs et d’autres interprètes sont tombés sous le coup de la répression de Pékin visant le mauvais comportement des personnes célèbres. Cette mesure s’inscrit dans le cadre d’une campagne visant à s’assurer que l’élite culturelle chinoise serve de modèle moral aux masses. »

En vertu de la loi chinoise, Yundi Li encourt jusqu’à 15 jours d’emprisonnement et une amende pouvant atteindre 5000 yuans, soit environ 1000 dollars canadiens. Mais surtout, cet événement met la hache dans sa carrière en Chine.

L’Association des musiciens chinois a déjà fait savoir qu’elle allait révoquer l’adhésion du pianiste, en raison de « l’impact social extrêmement négatif » de son comportement et de son arrestation. L’Association chinoise des arts du spectacle a pour sa part déclaré, selon le Global Times — média attaché au Parti communiste chinois —, que « les actes de Yundi Li reflètent son indifférence à l’égard de la loi et son manque d’autodiscipline morale ». Elle en appelle conséquemment au boycottage du pianiste de 39 ans.

Cette mesure s’inscrit dans le cadre d’une campagne visant à s’assurer que l’élite culturelle chinoise serve de modèle moral aux masses.

Yundi est une célébrité internationale qui a beaucoup misé sur le marché chinois, où son public se compte en centaines de millions. Sa popularité est telle qu’il apparaît aux spectacles télévisés du Nouvel An et siège comme jury d’une émission de téléréalité, Call Me By Fire (sorte d’America’s Got Talent chinois). Le New York Times rapportait jeudi que son compte Weibo est suivi par 20 millions de personnes. Désormais, toutes ses fonctions et tous ses titres honorifiques y ont été effacés, et il y apparaît comme « pianiste international ». Toujours selon le New York Times, les épisodes de l’émission Call Me By Fire auquel le pianiste avait participé ont déjà été retirés de la plateforme de streaming locale.

Tout ce que Yundi a construit dans son pays en vingt ans a donc été anéanti en une semaine.

L’événement et sa médiatisation le jour de la proclamation du palmarès du 18e Concours Chopin n’en finissent pas de troubler. Il y a plus de vingt ans le Centre d’information sur les droits de l’homme et le mouvement démocratique basé à Hong Kong ainsi que l’ONG américaine Human Rights Watch alertaient déjà sur la répression de la dissidence en Chine par l’entremise du piaoji, le délit de fréquentation de prostituées, utilisé pour compromettre et faire tomber des opposants. Nul ne sait pour l’heure quel péché aurait pu commettre Yundi pour se mettre à dos les édiles de son pays. La consternation règne au sujet de son devenir et de sa carrière, que, visiblement, il devra totalement reconstruire en Occident.

Yundi, pianiste élégant et très raffiné, véritable anti-Lang Lang, qui avait débuté au Québec à Lanaudière en 2004 lors d’un récital stoïque donné sous des trombes d’eau, devait se produire à Montréal le 8 avril dernier, mais son récital avait été annulé en raison de la COVID-19. On espère le revoir très vite.

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