Blue Skies Turn Black affiche complet sans joindre les deux bouts

Meyer Billurcu, cofondateur de l’entreprise Blue Skies Turn Black, est d’avis qu’un vrai retour à la normale pour l’industrie du spectacle ne sera possible que lorsque les salles pourront se remplir à 100% de leur capacité et que le public pourra y être debout.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Meyer Billurcu, cofondateur de l’entreprise Blue Skies Turn Black, est d’avis qu’un vrai retour à la normale pour l’industrie du spectacle ne sera possible que lorsque les salles pourront se remplir à 100% de leur capacité et que le public pourra y être debout.

Pendant dix-huit mois, le site Web de l’un des plus importants promoteurs de spectacles de la métropole, Blue Skies Turn Black, n’a affiché qu’une douzaine de concerts, tous reportés en raison de la pandémie. Mais depuis quelques semaines, les annonces s’empilent sur le calendrier qui s’étend jusqu’au concert des rockeurs psychédéliques australiens King Gizzard & the Lizard Wizard le 19 octobre 2022. La machine à spectacles musicaux s’est remise à ronronner, mais le retour à la normale se fait timidement, prévient Meyer Billurcu, cofondateur de l’entreprise qui programme principalement des musiciens underground et émergents dans les petits lieux de diffusion.

Prendre des risques en offrant des premières scènes à des groupes en début de carrière, c’est ce que fait le promoteur depuis 2000. « Mac DeMarco est un bon exemple [de notre travail de développement], explique Meyer Billurcu. C’est nous qui avons “booké” son premier concert à Montréal » en 2012, dans une petite salle, devant un public de curieux. Sept ans plus tard, le troubadour indie rock a joué à Osheaga, puis au Métropolis le mois suivant. On ne compte plus le nombre d’artistes établis, aujourd’hui rompus aux tournées internationales et aux salles combles de milliers de spectateurs, qui ont déjà fait affaire avec le promoteur montréalais, acteur crucial de notre scène musicale.

En ce moment, on mise sur janvier pour un retour à la normale, mais chaque fois que je me dis que ça va revenir pour vrai, je me trompe

L’année dernière, les gestionnaires de Blue Skies Turn Black avaient prévu quelques événements spéciaux pour souligner leurs vingt ans de défrichage de nouveaux talents sur les petites scènes de la métropole. Il n’y a pas eu de party, ni même un seul petit spectacle.

En fait, pendant ces dix-huit mois, « nous n’avons eu aucun revenu, dit Meyer Billurcu. On a survécu grâce aux programmes d’aides et aux subventions, qui nous ont permis de rester à flot. […] Beaucoup de nos concerts ont été reportés, deux, trois, quatre fois. En ce moment, 2022 semble être de bon augure, mais la question demeure : ces concerts auront-ils lieu ? On annule encore des concerts prévus en octobre et en novembre. En ce moment, on mise sur janvier pour un retour à la normale, mais chaque fois que je me dis que ça va revenir pour vrai, je me trompe. »

Conditions gagnantes

Les conditions favorisant un véritable retour des activités dans les petits lieux de diffusion ne sont pas en effet encore réunies. Depuis le 8 octobre dernier, les salles de spectacle, les théâtres, les cinémas et les arénas ont été autorisés à être combles, ce qui a redonné un peu d’oxygène aux lieux de diffusion, aux artistes, aux producteurs et aux promoteurs de spectacles. « Oui, c’est reparti à plein — avec l’obligation de porter le couvre-visage —, mais c’est aussi avec un public assis sur des sièges, souligne le promoteur. Les spectateurs ne peuvent pas rester debout et, pour nous, ça change tout. »

Blue Skies Turn Black programme ses événements à La Sala Rossa, au théâtre Fairmount, au National, au théâtre Corona, des salles de petite ou moyenne taille dépourvues de sièges. En forçant les spectateurs à demeurer assis, on réduit la capacité d’accueil des petites salles. La compagnie de production est également copropriétaire du Ritz PDB, un autre petit lieu de diffusion sis rue Jean-Talon, non loin du marché.

Sa capacité est normalement de 300 spectateurs ; lundi, pour le concert du groupe indie rock torontois Fast Romantics, la capacité sera réduite à 100 spectateurs assis. « Nos spectacles affichent complet, mais ce n’est pas encore assez pour gagner de l’argent, d’autant plus que les recettes au bar sont modestes. Sans les programmes d’aide, on ne pourrait organiser d’événements », affirme Billurcu.

Un vrai retour à la normale, explique Meyer Billurcu, ne sera possible que lorsque les petites salles pourront rouvrir « à 100 % de leur capacité, avec un public debout ». À Québec, on est conscient qu’il faut des conditions gagnantes pour relancer la machine. Vendredi en fin d’après-midi, le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) et la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) ont rencontré leur clientèle pour confirmer les mesures qui auront cours à compter du 15 novembre et jusqu’à la fin de l’année 2021.

Le milieu est en train d’examiner le détail de ces propositions qui visent à « répondre encore mieux à la réalité des salles de spectacle, stimuler les ventes de billets et assurer une période de transition pour favoriser un retour à la normale dans ces lieux », a fait valoir le cabinet de la ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy.

Soutien du public

Reste qu’il faudra aussi convaincre le public de profiter de ces nouvelles libertés à fond. Ce n’est donc pas une coïncidence si l’association des Scènes de musique alternatives du Québec (SMAQ) compte lancer pendant le festival Coup de cœur francophone, la campagne #SoutenezVosScènes, invitant les spectateurs à « encourager leurs salles de spectacle québécoises préférées » par le truchement de la plateforme de sociofinancement LaRuche.com.

Après dix-huit mois d’arrêt complet, Meyer Billurcu affirme que les salles, les producteurs et surtout le public sont prêts — à preuve, les billets pour les concerts de Blue Skies Turn Black s’envolent comme des petits pains. « Le public est vraiment impatient de retourner voir des spectacles », constate le promoteur, qui espère seulement que ceux-ci pourront être présentés devant un public debout, comme avant.

« On a tous respecté les règles depuis le début de cette pandémie. Vous nous avez demandé de fermer nos portes, on a fermé. Vous avez autorisé de petites jauges, on a rouvert selon vos règles. Vous nous avez demandé un passeport vaccinal, on l’a obtenu. Vous nous avez demandé de faire asseoir la clientèle, on l’a fait aussi. Toutes les salles, tous les promoteurs ont suivi les règles. Si les statistiques relatives aux contagions et aux hospitalisations n’étaient pas belles, on comprendrait que ce n’est pas encore le temps de rouvrir à pleine capacité. Mais aujourd’hui, la situation est encourageante. Toutes les petites salles demandent simplement de pouvoir recommencer à conduire leurs affaires. »

Avec Catherine Lalonde 

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