Xiaoyu Liu triomphe au Concours Chopin à Varsovie

Comme dix autres candidats, Xiaoyu Liu avait choisi le «1er Concerto» pour la finale du prestigieux concours.
Photo: Concours Chopin Comme dix autres candidats, Xiaoyu Liu avait choisi le «1er Concerto» pour la finale du prestigieux concours.

Six ans après Charles Richard-Hamelin, 2e prix en 2015, le pianiste formé à Montréal Bruce (Xiaoyu) Liu écrit l’histoire en remportant le Concours Chopin 2021. Il succède ainsi à des pianistes tels que Lev Oborine, Maurizio Pollini, Martha Argerich, Krystian Zimerman, Yundi Li et Dang Thai Son, son professeur.

Ce Concours Chopin 2021, événement qui se déroule tous les cinq ans, était l’édition 2020 reportée. Exceptionnellement, 12 participants étaient admis en finale, celle-ci consistant à jouer l’un des deux concertos de Chopin avec le Philharmonique de Varsovie. Comme dix autres candidats, Xiaoyu Liu avait choisi le 1er Concerto.

D’un haut niveau technique reconnu par la présidente du jury, le Concours 2021 avait dégagé dès les tours préliminaires plusieurs candidats possédant un certain « plus » dans leur manière de phraser la musique et de toucher le clavier. Avec le Japonais Kyohei Sorita et le Slovène Alexander Gadjiev, Xiaoyu Liu faisait partie de ceux-là. Sorita et Gadjiev ont fini deuxièmes ex æquo après une délibération marathon qui s’est achevée après 2 heures du matin, heure de Varsovie, et qui a décerné huit prix.

Cette finale se distinguait aussi par la présence de trois compétiteurs de 17 ans, un fort jeune âge pour participer au Concours Chopin. Parmi eux, c’est le Torontois JJ Jun Li Bui qui s’est distingué en terminant sixième.

Recevant la seule ovation debout de toute la finale, Xiaoyu Liu a ébloui, non seulement par son assurance technique et sa finesse de touche, mais surtout par sa manière de propulser le discours musical, dimension largement absente chez ses concurrents, Chopin étant devenu un terrain de pâmoison généralisée. Liu a embrasé le dernier mouvement, réussissant tout, comme lors du troisième tour avec les Variations op. 2.

Dans l’après-midi, l’inattendu Polonais Jakub Kuszlik avait fait forte impression. Ce candidat, qui redonne aussi un sens très terrien à Chopin, a fini quatrième et remporte le prix des meilleures mazurkas. Le prix de la meilleure sonate va au Slovène Gadjiev, et celui du meilleur concerto, à l’Espagnol Martín García García, classé troisième.

Les premières paroles de Xiaoyu Liu ont été des remerciements à sa famille et aux organisateurs. Il a aussi souligné que la rencontre avec d’autres musiciens, après l’arrêt pandémique, avait une saveur particulière. Il aspire désormais à dormir et à faire un tour de karting !

Le vorace

Wonny Song, directeur du Centre d’arts Orford, a été l’un des premiers professeurs de Xiaoyu Liu, quand celui-ci avait entre 8 et 13 ans, avant qu’il étudie avec Richard Raymond au Conservatoire de Montréal puis avec Dang Thai Son à l’Université de Montréal. « Je n’ai jamais vu un enfant comme ça. Il était tellement “focus”. Chaque fois que je parlais d’un disque, la semaine suivante, il l’avait écouté et avait une opinion. »

Beethoven était le premier amour de ce jeune musicien que Wonny Song traite de « vorace ». « À 10-11 ans, il voulait avoir des vues sur les interprétations. Au lieu de collectionner des cartes de hockey, il collectionnait des disques. »

« Il jouait déjà Chopin magnifiquement. Il avait un toucher. Il avait beaucoup d’indépendance, et c’était à lui de réfléchir comment aborder une pièce. Je l’ai traité comme un frère, un collègue, jamais comme un enfant. »

Après avoir à 15 ans, en 2013, remporté le Concours OSM (devant Charles Richard-Hamelin), et à 17 ans, le Prix d’Europe, Xiaoyu Liu aurait pu s’emballer et enchaîner les concours. Depuis cinq ans, il s’était fait discret et préparait son coup. Le pianiste que nous a révélé le Concours Chopin est un artiste complet, mature, prêt pour une très belle carrière.

« Il est le maître qui a fait son succès », considère Wonny Song. « Il n’a jamais oscillé, il a été très patient et il fait de la musique pour les bonnes raisons. »

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