Julien-Laferrière: admirable mais costaud

Victor Julien-Laferrière
Jean-Baptiste Millot Victor Julien-Laferrière

Pour son second concert à Montréal, le violoncelliste Victor Julien-Laferrière faisait connaissance avec la salle Bourgie. Il a trouvé dans Saint-Saëns, Schumann et Fauré un écrin à sa mesure.

Le vainqueur du Concours Reine-Élisabeth de Belgique 2017 était venu à Montréal pour une première fois à la salle Pollack en octobre 2019 à l’invitation du Ladies’ Morning et y avait joué Beethoven et Poulenc avant de briller dans la sonate de Rachmaninov. Son accompagnateur était alors déjà l’excellent Jonas Vitaud, qui s’est à nouveau montré, lundi soir, subtil et complice, par exemple dans le scherzo avec variations de la (longue) 2e Sonate de Camille Saint-Saëns ou dans la périlleuse adaptation de la 1re Sonate pour violon et piano de Schumann.

Un nouveau concept ?

Victor Julien-Laferrière a pris rapidement la parole avant le concert pour dire à quel point il appréciait l’acoustique et pour avertir que la sonate de Saint-Saëns, qui devait achever le concert, serait jouée en premier.

Les deux pans de cette intervention ont leur intérêt. L’acoustique d’abord, car Julien-Laferrière a généreusement laissé s’ouvrir sa sonorité. Nous avions entendu en 2019 « un violoncelliste avant tout élégant au son généreux mais pas gras, à l’écoute de son partenaire ». Nous l’avons retrouvé en 2021, mais avec un peu plus de liberté dans l’épanouissement.

Le programme ensuite. Nous ne savons pas ce que la saison 2021-2022 nous réservera encore, mais le concept de « concert sans pause » mérite vraiment d’être étudié et peaufiné. Très logiquement, le « nouveau concert » serait une soirée sans entracte avec un programme adapté, de 75 à 80 minutes maximum. Le concert servi hier sans pause était un programme de type prépandémique dans lequel l’œuvre « massue », qui devait constituer la seconde partie après un entracte, a été assénée d’emblée.

Si on parle de « rituel du concert », ce n’est pas pour des questions de mondanités ou de petits fours, mais aussi parce que la faculté d’absorption et de concentration d’un auditeur moyen n’est pas infinie. Un bloc musical qui mène de 19 h 35 à 20 h 10 est un début de concert un peu ardu.

Le concert de Victor Julien-Laferrière et Jonas Vitaud est un superbe programme, dans l’ordre initialement prévu et avec entracte. À moins de ne rien faire de ses journées ou de se ménager des siestes, il est un peu costaud à absorber en un bloc après une journée de travail en se concentrant sur les raffinements interprétatifs dans les variations de Saint-Saëns et la poésie de la romance qui suit ; en tentant d’évaluer si la transcription de la sonate de Schumann lui enlève beaucoup de sa sève et de sa passion (un peu, en fait, mais l’allant des interprètes a compensé), et en suivant les alternances de prise de pouvoir de l’un et de l’autre des instruments et le flux discursif dans Fauré.

Les musiciens, eux, semblent heureux d’en découdre à nouveau avec leur matière. Le rappel s’est fait sans nous, malgré la grande qualité des artistes d’un goût sûr et d’une solidité technique impressionnante.

Récital Victor Julien-Laferrière et Jonas Vitaud

Saint-Saëns : Sonate pour violoncelle et piano no 2. Schumann : Sonate pour violon et piano no 1 (arr. violoncelle). Fauré : Sonate pour violoncelle no 2. Salle Bourgie, 4 octobre 2021.

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