Avec «Diorama», Bon Enfant ouvre la valve

Le groupe Bon Enfant à l’occasion de la sortie de «Diorama»: de la chanson pour s’échapper, une invitation à s’évader d’un quotidien encore balisé par les restrictions.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Le groupe Bon Enfant à l’occasion de la sortie de «Diorama»: de la chanson pour s’échapper, une invitation à s’évader d’un quotidien encore balisé par les restrictions.

Les admirateurs de Bon Enfant l’ont dit à sa compositrice et chanteuse, Daphné Brissette : son premier album, paru en novembre 2019, est devenu « leur album de confinement », témoigne-t-elle. Or, ce nouveau Diorama, incidemment, fut l’album de confinement du groupe, un vaccin contre l’isolement dont Daphné et son compagnon, Guillaume Chiasson, ont eu vitalement besoin pour ne pas s’effondrer entre les murs de leur appartement. C’est ça, Diorama : de la chanson pour s’échapper, une invitation à s’évader d’un quotidien encore balisé par les restrictions.

Pour cet album, insiste Daphné, « ça ne nous tentait pas d’intégrer le thème de la pandémie dans l’écriture des chansons, mais forcément, ça reste un album teinté par l’expérience — comme tous les albums qui vont paraître cette année, forcément ».

Guillaume juge cependant que d’avoir rompu leurs liens avec le public — et parfois avec les amis — « a sans doute eu un effet sur notre créativité ». « Avant, juste sortir voir un spectacle, avoir des contacts humains, ça devenait de la matière à chansons. Là, il nous a fallu nous créer notre petit monde, à nous deux, dans notre appartement. Ça a exigé un effort supplémentaire côté imagination. »

Libérer la pression

Diorama, enchaîne Daphné, a aussi été la valve leur permettant de lâcher leur fou, de libérer la pression entraînée par les confinements. « On se consacrait à l’écriture du disque tous les jours, comme pour compenser le manque d’activités sociales », dit-elle.

« Composer des chansons, c’était la seule chose qu’on pouvait faire », reconnaît Chiasson, compositeur, guitariste et bassiste collaborant à trop de bons projets rock locaux (Ponctuation, Jesuslesfilles, Solids, The Blaze Velluto Collection, Gaspard Eden).

Avant, juste sortir voir un spectacle, avoir des contacts humains, ça devenait de la matière à chansons. Là, il nous a fallu nous créer notre petit monde, à nous deux, dans notre appartement.

Si on insiste ici encore sur l’incidence qu’a eue cette foutue pandémie, c’est pour deux raisons.

La première : Bon Enfant naissait en ce mois de novembre 2019 avec un album de chansons rock aux relents seventies si goûteux qu’il est apparu dans nombre de palmarès musicaux de fin d’année. Le quintette, formé autour de Brissette et Chiasson, était en pleine ascension avant de se faire abattre par le virus. « Quand la pandémie a frappé, on voyait nos shows s’annuler les uns après les autres, c’était vraiment démoralisant. Les premières semaines, on n’avait plus le goût de rien faire. On est quand même chanceux, les gens ont vraiment écouté nos chansons », nuance Chiasson avec soulagement.

La seconde, c’est parce que ce deuxième disque, Diorama, fait du bien à l’âme, même sur les chansons plus aigres-douces comme Cinéma, L’amour à sens unique et Chagrin d’amour. Un autre savoureux recueil de chansons rock psychédéliques aux refrains bien tournés, appuyés par des orchestrations touffues de guitares et de vieux claviers. Comme sur le premier album, Bon Enfant revisite le son soft rock de Fleetwood Mac, mais en prenant cette fois pour repère la production chansonnière pop-rock québécoise de la fin des années 1960 et du début des années 1970.

Bon Enfant étend ses influences musicales (« Steve Miller Band ? Ça, c’est le trip d’Étienne ! » relève Guillaume) tout en concentrant ses forces, la cohésion de ces excellents musiciens et la voix unique de Daphné, ce timbre cuivré, ce grain léger et cette prononciation pleine de caractère qui n’est pas sans rappeler celle d’une jeune Louise Forestier — ce n’est donc pas un hasard si Bon Enfant a repris sa chanson Quand t’es pas là sur la nouvelle compilation anniversaire de CISM 89,3 FM : « Louise, il y a chez elle une espèce de liberté de chanter en l’écoutant, dit Daphné. Chez elle, les mots sont très présents, très incarnés. »

« La voix de Daphné, commente Chiasson, a toujours été le point de départ du band, en ce qui me concerne. Quand j’ai des idées pour des chansons, je pense toujours à Daphné : est-ce que sa voix va bien se prêter à l’intention ? Même que certains choix de mix des chansons ont été faits pour bien mettre en évidence sa voix. On veut vraiment l’assumer, parce que c’est sa voix qui sert de colle à notre son, qui le rend plus homogène. »

Une libération

L’enregistrement de l’album au studio Mixart — « un studio vraiment des années 1970, la régie conçue par un designer italien, avec plein de vieux instruments, une vibe qui colle à notre musique ! » souligne Guillaume — a été vécu comme une libération par le duo, rejoint enfin par les trois autres musiciens du groupe, Étienne Côté, Mélissa Fortin et Alex Burger. « On avait notre petit papier qui disait qu’on pouvait rester ici tard, en plein couvre-feu ! » rigole Daphné. « On ne pouvait pas sortir voir des shows, mais entre nous, on se faisait un show, et je pense que ça transparaît dans l’album. »

Diorama

De Bon Enfant, disponible sur étiquette DuPrince.

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