Pénalisés par la Maison symphonique pour avoir protégé leurs spectateurs

L’OSM a adopté le modèle des concerts sans pause jusqu’en mars 2022. Michèle-Andrée Lanoue, du service des relations médias de l’OSM, avance que, selon l’analyse de l’institution, «la capacité des foyers permet difficilement le respect de la distanciation entre les spectateurs admis. L’option d’un concert sans pause est [donc] favorable».
Photo: Antoine Saito L’OSM a adopté le modèle des concerts sans pause jusqu’en mars 2022. Michèle-Andrée Lanoue, du service des relations médias de l’OSM, avance que, selon l’analyse de l’institution, «la capacité des foyers permet difficilement le respect de la distanciation entre les spectateurs admis. L’option d’un concert sans pause est [donc] favorable».

Alors que les concerts sans pause sont devenus la norme dans le monde musical en temps de pandémie, la Place des Arts applique aux institutions musicales une pénalité sur la location de la Maison symphonique sous forme de « frais pour spectacles sans entracte ».

Cette surtaxe de 800 $, selon la grille tarifaire disponible sur le site de la Place des Arts, est appliquée depuis des années. Si vous vous êtes demandé un jour pourquoi tel chef faisait une pause au milieu de la Messe en si de Bach pour trinquer à la résurrection du Christ, vous avez-là une explication certes peu artistique ou spirituelle, mais bigrement pragmatique.

La situation est toutefois très différente en 2021. Le sens des mesures de la Santé publique est d’éviter les contacts afin de rendre l’expérience du spectacle la plus rassurante et sécuritaire possible.

Une question sur le tapis

L’OSM a adopté le modèle des concerts sans pause jusqu’en mars 2022. Michèle-Andrée Lanoue, du service des relations médias de l’OSM, avance que, selon l’analyse de l’institution, « la capacité des foyers permet difficilement le respect de la distanciation entre les spectateurs admis. L’option d’un concert sans pause est [donc] favorable ». Comme d’autres utilisateurs, elle nous confirme que « la location de la Maison symphonique est en effet un peu plus coûteuse s’il n’y a pas d’entracte » et que cette mesure ne dépend pas du programme présenté. On constate que l’Orchestre Métropolitain a fait le même choix.

Mais que faut-il penser du fait de pénaliser une attitude qui promeut la sécurité sanitaire ?

Interrogée par Le Devoir, la directrice de la Place des Arts, Marie-Josée Desrochers, souligne que la pénalité ne s’applique pas à l’ensemble des salles : « La question touche la Maison symphonique, car ce sont les tarifs de la Maison symphonique. La Place des Arts promeut le soutien aux organisations artistiques et, comme on est dans une pandémie, il y a des mesures atténuantes pour soutenir les organisations. Faire en sorte qu’il n’y ait pas de tarifs pour absence d’entracte, c’est une discussion que nous avons en ce moment avec la Maison symphonique. »

Mais pour l’heure, les mesures atténuantes sont minimes. Le Devoir a appris par des sources concordantes qu’une ristourne de 5 % est appliquée sur ces frais (760 $ en pleine capacité) comme sur la location de la salle, alors que la jauge n’est que de 45 % (958 personnes pour 2117 places), et donc les revenus de billetterie réduits de moitié. On comprend des propos tenus lundi par Mme Desrochers que le but est de reconsidérer la surtaxe qui compense la perte des revenus de buvette.

Le statut particulier de la Maison symphonique résulte de sa réalisation en PPP.

Redéfinir l’accueil

Ce constat n’a aucun rapport avec la tenue d’un entracte au concert des Violons du Roy déploré dans notre compte rendu de samedi. Dans ce cas précis, la pause a été décidée par les Violons du Roy, car le programme était jugé long et exigeant. Un musicien nous rappelle que « les normes de la Guilde prévoient un maximum d’une heure et trente minutes sur scène sans pause ».

Par contre, l’application d’une telle mesure semble partir du principe que l’entracte serait une norme, ce qui n’est pas encore le cas.

L’expérience des trois premières semaines de concerts a aussi montré la nécessité de recadrer ou d’expliquer en permanence les dispositions et leur sens. Même si Marie-Josée Desrochers se réjouit de « la redéfinition de l’accueil du public », la Place des Arts a une marge de progression en la matière. Ainsi, les spectateurs sont avisés par un message une minute avant la représentation qu’ils ne devraient enlever leur masque qu’une fois la représentation commencée. Or, personne n’étant vraiment au fait de cette disposition, la quasi-totalité des spectateurs enlèvent leur masque au moment où ils s’asseyent et se mettent à discuter, émettant des aérosols à l’envi.

Cette problématique se pose évidemment lors d’éventuels entractes.

Les questions adressées au ministère de la Santé sur ce qui est permis, toléré ou souhaitable n’apportent guère d’éclairages pertinents. Par la voix de Marie-Louise Harvey, du service des affaires publiques, le ministère rappelle qu’« il est de la responsabilité des gestionnaires/ propriétaires de chacun [des] milieux de production de concerts ou spectacles de faire respecter ces règles qui sont pourtant claires et obligatoires ». « Les entractes sont permis à la condition qu’ils respectent les mesures en vigueur, tout simplement », note-t-on.

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