«Riders to the Sea/Le flambeau de la nuit»: la mer sans la mer

L’Opéra de Montréal s’est allié avec la compagnie Ballet-Opéra-Pantomime (BOP) et I Musici pour habiller son espace lyrique automnal. Malgré le soin apporté, la production d’un diptyque marin comprenant la création d’un opéra d’Hubert Tanguay-Labrosse pâtit de compromis regrettables.
Photo: Yves Renaud L’Opéra de Montréal s’est allié avec la compagnie Ballet-Opéra-Pantomime (BOP) et I Musici pour habiller son espace lyrique automnal. Malgré le soin apporté, la production d’un diptyque marin comprenant la création d’un opéra d’Hubert Tanguay-Labrosse pâtit de compromis regrettables.

L’Opéra de Montréal s’est allié avec la compagnie Ballet-Opéra-Pantomime (BOP) et I Musici pour habiller son espace lyrique automnal. Malgré le soin apporté, la production d’un diptyque marin comprenant la création d’un opéra d’Hubert Tanguay-Labrosse pâtit de compromis regrettables.

Ce sont souvent des images symboliques qui restent d’un spectacle. L’ingéniosité du dispositif de Nero and The Fall of Lehman Brothers sera pour toujours attachée à l’histoire de BOP. L’une des qualités de la compagnie est d’avoir compris cela, et ce spectacle restera associé à l’image d’une immense et admirable tresse descendant des cintres au début de la création du Flambeau de la nuit d’Hubert Tanguay-Labrosse.

La tresse, très astucieuse création de l’organisme Styl’Afrique Coop, naît de la corde que manipule Bartley, le dernier fils de Maurya, peu avant d’être emporté par la mer dans Riders to the >Sea. La tresse naît de toutes ces destinées enchevêtrées de l’histoire de l’homme et de la mer.

Et les frères Montgolfier ?

Si elle apparaît au début du Flambeau de la nuit, c’est parce que, posée au sol, la tresse va se faire barque et que de cette barque, tous ne sortiront pas vivants. Dans Le flambeau de la nuit, prolongement de Riders to the Sea, il serait question d’un incendie que les protagonistes fuient. Mais ce pourrait aussi bien être un exil politique, une migration économique. Le ciel gris-noir de Riders to the Sea se fait jaune. Un peu de fumée au-dessus de la tresse suggère à peine un incendie.

Vaughan Williams et la création ont été servis avec attention par I Musici et une équipe de chanteurs de L’Atelier d’opéra dévoués à la cause, bénéficiant de l’expérience et de la solidité vocale d’Allyson McHardy, excellent choix pour Maurya et la nochère. Le spectacle n’a pas particulièrement révélé de voix tout en n’étant handicapé par personne.

La transition entre les deux œuvres se fait sur le bruit du vent. Pourquoi le vent ? Riders to the Sea n’est pas un opéra sur les frères Mongolfier ou Pilâtre de Rozier ! L’élément est ici l’eau et, si Vaughan Williams avait voulu une « Wind machine », il l’aurait écrit dans sa partition. Il a très bien spécifié quels instruments étaient échangeables et ne prévoit aucune substitution à son éloquente « Sea machine ».

Les interventions de la « Sea machine » notées à la section « percussions », qui peut être remplacée par des sons enregistrés de ressacs de vagues, sont fondamentales. La mer qui broie les hommes et soumet Maurya à sa fatalité est un personnage invisible dont l’omniprésence menaçante est musicalement capitale. Elle triomphe à la fin, mais s’immisce dans l’opéra à des moments stratégiques et, surtout, avant l’annonce de la mort de Bartley et le monologue.

La conception de Riders to the Sead’Hubert Tanguay-Labrosse, très picturale et atmosphérique, plombée de gris,se signalait par un certain statisme érodant les effets de houle de la musique. Le chœur dans la dernière section était bien trop effacé, malgré sa qualité.

Passion pour les chœurs

Composer un miroir à cette partition était d’autant plus délicat que le monologue final de Maurya est un pur chef-d’œuvre. Créer un monologue final pour la mère perdant son enfant noyé après avoir servi de « flambeau » dans la nuit noire de la traversée a été un défi, admettait Hubert Tanguay-Labrosse au Devoir. Et, en effet, la force de Tanguay-Labrosse en tant que compositeur est son inspiration chorale, très française, post-Poulenc, avec un type d’harmonies de l’univers d’Épithalame d’André Jolivet ou O Sacrum convivium de Messiaen. On tirera notre chapeau aux jeunes filles choristes d’en avoir si bien assimilé la complexité.

Entre les interventions chorales, l’opéra s’arc-boute sur les oppositions entre la mère et la nochère. Parmi les choix opérés par le compositeur, on notera celui de ne pas faire chanter l’enfant. Le traitement orchestral contribue à une forêt harmonique (monologue final) plus qu’à une avancée du drame. C’est une suite intègre à Vaughan Williams que, pour l’heure, nous avons mémorisée davantage pour la justesse de sa symbolique visuelle que pour des fulgurances d’inspiration musicale.

N’aurait-il pas été plus avisé de faire coup double : préserver l’intégrité de Riders to the Sea en utilisant l’obsédante « Sea machine » et faire de cette dernière un élément constitutif du nouvel opéra ?

 

Riders to the Sea/Le flambeau de la nuit

Allyson McHardy (Maurya/nochère), Sydney Frodsham (A woman, la mère), Sarah Dufresne (Nora), Andrea Núñez (Cathleen), choristes, I Musici, dir. Hubert Tanguay-Labrosse. Mise en scène : Édith Patenaude. Scénographie : Patrice Charbonneau-Brunelle. Costumes : Elen Ewing. Lumières : Julie Basse. Au Théâtre Maisonneuve, le 25 septembre.

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