Mozart et Haydn sur pause

Sandrine Piau et Jonathan Cohen
David Mendoza Hélaine Sandrine Piau et Jonathan Cohen

Pour leur retour à la Maison symphonique pour la première fois depuis décembre 2019, Les Violons du Roy ont inventé un nouveau concept : « le concert pas d’entracte avec entracte ». Annoncé, à l’image de tous les concerts depuis la pandémie, comme d’une durée de 70 minutes sans interruption (programme de concert disponible sur le site des Violons et annonce pré-concert), le spectacle de vendredi s’est interrompu après une courte symphonie et deux airs de Mozart et a repris à l’heure où il aurait dû finir.

Le nouveau rituel du concert sans entracte possède une logique de santé publique visant à minimiser la circulation et le croisement des spectateurs dans les espaces communs. Par ailleurs, l’esprit de la disposition qui a amené les autorités de la Santé publique à autoriser des spectateurs dans toutes les rangées (et non une rangée sur deux) ne comprend assurément pas des centaines de conversations soutenues, la plupart sans masques, pendant plus d’un quart d’heure. Le petit plaisir d’une institution qui décide soudain qu’il est temps de revenir au modus vivendi d’avant a peut-être des limites.

Délicat ajustement

Musicalement, nous étions heureux de réentendre l’ensemble de Québec, même si le transfert du Palais Montcalm à la Maison symphonique reste toujours un exercice périlleux, tant les deux salles ont des caractéristiques opposées : Montcalm chaude, généreuse et riche en graves ; la Maison symphonique plus neutre, claire mais anémique dans les basses fréquences.

Où se placer sur scène ? L’élargissement de celle-ci en raison de la distanciation pandémique bénéficie à l’OSM, qui s’y étale et gagne en impact, mais a posé vendredi une énigme aux Violons du Roy qui dispose de trop peu de temps pour bien s’y adapter. Plutôt que se positionner à l’avant, l’orchestre est resté à l’emplacement habituel (donc au milieu-fond de scène du nouveau plateau) perdant du mordant, notamment dans les graves et de la présence des vents (bois et cors naturels). Le très inventif continuo au pianoforte de Mélisande McNabney dans l’air de Susanna « Deh vieni non tardar » était quasiment inaudible, au lieu d’apporter le nécessaire contrepoids en poésie sonore.

Jonathan Cohen avait visiblement beaucoup de plaisir à retrouver son orchestre du Nouveau Monde. Il a sculpté Mozart et, surtout, Haydn avec beaucoup de précision et de légèreté de trait se délectant dans Haydn de toutes les reprises au point qu’on avait l’impression d’une symphonie interminable tournant sur elle-même, mais avec un finale si précipité qu’il avait l’air de durer deux minutes. En tout cas, le tout était buriné et impeccable, à défaut de caractère ou d’esprit.

Chanteuse caméléon

Sandrine Piau était l’attraction de la soirée. Voir cette précieuse artiste est une grande joie. Précieuse, car son legs discographique l’est, avec des programmes d’une grande intelligence défendus par une voix exceptionnellement phonogénique.

Sandrine Piau est capable de beaucoup de choses, et telle était la démonstration du concert, qui juxtaposait en seconde partie les rôles de Cherubino, Susanna, la Comtesse et Barberina (en bis) des Noces de Figaro. Évidemment, personne et aucune voix n’est tout cela. Sandrine Piau chante tout très bien. Elle n’a plus l’âge ni la candeur de Barberine et Chérubin, et n’a pas le moelleux de la Comtesse. C’est en rouée Susanna qu’elle est le plus à sa place. De même, dans les airs de concerts, les grands emportements et appels à la vengeance (« Bella mia fiamma ») passent mieux en disque qu’en scène, où, par exemple, la matière acquise désormais par la voix de Karina Gauvin devrait avoir plus d’impact. Mais l’artiste est attachante par son engagement, sa justesse, sa tenue vocale, sa sincérité dramatique et la qualité de sa prononciation.

Petite conclusion organisationnelle : après la chienlit et le free for all de la pause, les gardiens du lieu ont vu la nécessité de vouloir soudain organiser une sortie ordonnée par rangées. Mais, d’un autre côté, l’ascenseur côté pair étant condamné, les personnes à faible mobilité ou vulnérables étaient obligées de remonter la file des sortants à contresens dans un couloir étroit pour prendre celui du côté opposé. À bien des égards, le côté ubuesque de ce concert tenait du jamais vu depuis mars 2020.

Mozart de toute beauté

Mozart : Symphonie n° 31. Airs de concert « Ch’io mi scordi di te ?…. Non temer, amato bene », K. 490 et « Bella mia fiamma », K. 528. Airs extraits des Noces de Figaro. Haydn : Symphonie n° 85, « La Reine ». Sandrine Piau (soprano), Les Violons du Roy, Jonathan Cohen. Maison symphonique de Montréal, vendredi 24 septembre 2021.

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