AXLAUSTADE s’offre un cadeau

Steve Dumas, Francis Mineau et Jonathan Dauphinais se lancent dans un nouveau projet musical appelé AXLAUSTADE. Leur premier album voit enfin le jour. «Je suis curieux de voir ce que la génération qui n’a pas connu les années 1990 pensera de ce disque-là, se demande Dumas. Je crois que c’est l’énergie qui se dégage de cette musique, plus que son aspect référentiel, qui va leur parler.»
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Steve Dumas, Francis Mineau et Jonathan Dauphinais se lancent dans un nouveau projet musical appelé AXLAUSTADE. Leur premier album voit enfin le jour. «Je suis curieux de voir ce que la génération qui n’a pas connu les années 1990 pensera de ce disque-là, se demande Dumas. Je crois que c’est l’énergie qui se dégage de cette musique, plus que son aspect référentiel, qui va leur parler.»

Après vingt ans de carrière en solo, Dumas découvre aujourd’hui les plaisirs de la responsabilité musicale partagée. Au sein d’AXLAUSTADE, sa guitare compte autant que la batterie de Francis Mineau et la basse de Jonathan Dauphinais ; ensemble, ils présentent au public un album de grunge instrumental qu’ils réservaient originellement à leur cercle d’amis. Conversation autour de leur admiration du rock alternatif des années 1990, avant la première scène du trio le dimanche 3 octobre, à l’affiche d’Osheaga.

Ce disque devait être le cadeau d’anniversaire de Jonathan Dauphinais, collaborateur de Dumas depuis son premier album paru en 2001. « Jo et moi, ça fait des années qu’on se connaît, raconte ce dernier. Lorsqu’on se retrouve, on aime ça parler de musique, surtout de notre passion pour les années 1990 — Weezer, les Breeders, on peut passer des soirées à jaser de ça, on est très geek sur le sujet. Jo, un jour, m’avait dit : “Pour mon quarantième anniversaire, j’aimerais ça enregistrer avec Steve Albini”. »

Albini, musicien et légendaire ingénieur du son dont l’oreille a défini le son du rock indé américain des années 1980 et 1990, celui qui a travaillé sur des centaines d’albums et non les moindres, Surfer Rosa (1998) des Pixies, Pure (1989) et Head (1990) de The Jesus Lizard, le premier album de Jon Spencer Blues Explosion, Rid of Me (1993) de PJ Harvey ou encore In Utero (1993), l’ultime album studio de Nirvana. « Lui, c’est cool, tu le contactes, tu réserves des heures à son studio [Electrical Audio] de Chicago, et voilà, résume Dumas. On s’est simplement dit qu’on devait mettre le temps qu’il faut pour jammer, trouver des chansons, et les répéter. »

Francis Mineau (Malajube) s’est alors joint à leur projet d’anniversaire. Sauf que, intervient Jonathan, le trio projetait de retrouver Albini à Chicago le 15 mars 2020, quatre jours après que l’Organisation mondiale de la santé a qualifié la COVID-19 de pandémie, deux jours après que les autorités canadiennes ont conseillé d’éviter tout voyage à l’étranger. Bonne fête, Jonathan !

Avant le départ prévu, le groupe avait longuement répété. Tout ce matériel instrumental devait être enregistré live, sur bande magnétique ; en prévision de leur rencontre avec Albini, ils avaient enregistré leurs sessions « comme si on était en train d’enregistrer avec lui. Au final, c’est tout ce qui nous restait » du projet, explique Jonathan. En le faisant écouter aux amis, plusieurs ont suggéré au trio d’en faire un album, destiné au grand public ; pendant deux semaines, ils ont réenregistré ces chansons que l’on découvre aujourd’hui.

Pour notre génération, il y a eu ça : l’illustration que tout le monde pouvait faire du rock. Ensuite, il y a le discours, qui divergeait de celui du hair metal, un discours différent, féministe notamment en ce qui concerne Cobain et des groupes comme The Breeders.

  

 

Sans prétention

La principale qualité du premier disque d’AXLAUSTADE, c’est qu’il est sans prétention. Les gars, fins mélomanes, sont bien conscients qu’ils ne révolutionnent pas le rock. Leur exécution est irréprochable, leurs dix compositions instrumentales ont du tonus, les guitares mordantes à souhait, la batterie défrichant un chemin balisé par toute une génération de musiciens américains dont les albums légendaires meublent leurs conversations en studio. « T’as raison, c’est sans prétention, abonde Francis Mineau. On l’a fait sérieusement, mais on ne se prend pas trop au sérieux — déjà juste dans le nom du projet, il y a quelque chose d’un peu comique. »

AXLAUSTADE, référence à l’infâme concert du 8 août 1992 au Stade olympique où, devant 55 000 spectateurs, Metallica avait d’abord interrompu son spectacle lorsque James Hetfield s’était pris une pièce pyrotechnique en pleine figure et qu’ensuite, après deux heures d’attente, Guns N’Roses prenait la relève pour ne jouer que 40 petites minutes avant que le chanteur Axl Roses ne décide qu’il en avait assez. L’émeute des fans en colère qui suivit avait fait les manchettes internationales.

Rétrospectivement, cet événement signait symboliquement la fin d’une ère rock, relève Dumas. Moins d’un an auparavant — il y a trente ans, très précisément le 24 septembre —, Nirvana lançait Nevermind, rendant quasiment obsolète quinze ans de domination hair metal et les deux volumes de Use Your Illusion de Guns N’Roses parus la semaine précédente. Autre détail symbolique : Guns N’Roses souhaitait inviter Nirvana plutôt que Metallica — qui avait offert au genre métal l’album le plus populaire de son histoire en août 1991 — à partager l’affiche de cette tournée des stades.

« Moi, j’ai acheté une guitare à cause de Nirvana » dit Dumas. « Moi aussi ! », répondent en chœur ses deux amis. « Pour notre génération, il y a eu ça : l’illustration que tout le monde pouvait faire du rock. Ensuite, il y a le discours, qui divergeait de celui du hair metal, un discours différent, féministe notamment en ce qui concerne Cobain et des groupes comme The Breeders » dont font partie les sœurs Kim et Kelley Deal et la bassiste Josephine Wiggs.

« Ce discours a été important pour notre génération, poursuit Dumas. Enfin, le grunge a aussi marqué notre imaginaire : j’ai 42 ans aujourd’hui, mon adolescence, ça a été Musique Plus et tous ces groupes. Ensuite, nous trois, comme musiciens, on a évolué depuis, mais quelque part, [ce projet AXLAUSTADE] nous permet de revisiter cette musique qu’on porte dans notre cœur. Sans prétention. »

« Je suis curieux de voir ce que la génération qui n’a pas connu les années 1990 pensera de ce disque-là, se demande Dumas. Je crois que c’est l’énergie qui se dégage de cette musique, plus que son aspect référentiel, qui va leur parler. » Pour sa part, Francis insiste sur les détails sonores de cet album, mixé à Los Angeles par un technicien qu’admire Jonathan, Justin Raisen (Charli XCX, Kim Gordon), qui a rehaussé la facture sonore du travail d’AXLAUSTADE : « Y’a plein de petits sons, des percussions, un habillage sonore, qui est vraiment important. Ça nous permet d’ajouter quelque chose à notre discours, à ne pas le restreindre à un disque de rock grunge, et peut-être même le rendre actuel. »


 

AXLAUSTADE

AXLAUSTADE, La Tribu, dès le 1er octobre

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