Rafael Payare au sommet de sa forme

Rafael Payare
Photo: Antoine Saito Rafael Payare

C’est un Rafael Payare renouant quasiment avec le miracle de la Symphonie héroïque de Beethoven lors de son concert test que nous avons eu l’intense émotion de redécouvrir cette semaine à la Maison symphonique dans la 2e Symphonie de Brahms.

Symphonie délicate et énigmatique entre toutes, la Deuxième est souvent présentée comme la « Pastorale » de Brahms, dénomination réductrice, simpliste et, au fond, erronée.

Brahms aimait brouiller les pistes. Ainsi, il a décrit cette œuvre à la fois comme « aimable et joyeuse » à son ami le critique Hanslick, mais à son éditeur Simrock comme « si triste » et « si mélancolique » qu’il voulait voir la partition reliée de noir.

Passion symphonique

Nietzsche, fort malin, y décelait des rêves secrets (Heimlisches Schwärmen), sous-entendu les élans de Brahms envers l’inaccessible Clara Schumann. Vu sous ce prisme, beaucoup de choses s’éclairent parfois en quelques mesures (quatre, par exemple, pour les violons et altos à quelques encablures de la fin du 3e mouvement). Sous cet angle, aussi, la Deuxième devient une symphonie incessamment mouvante et passionnelle.

Nous n’avons aucune idée si telle est l’analyse de Rafael Payare, mais voilà l’impression que donne son interprétation, qui ne lâche jamais rien.

L’exploration de la discographie de cette œuvre (plus de 250 versions enregistrées depuis près de 100 ans) permet de se rendre compte que plusieurs visions et chefs peuvent convaincre : le pugnace Schuricht, le chantant Kubelik, le solaire Giulini, le désespéré Fricsay, l’humain Keilberth, le titanesque Kleiber ou l’idyllique Haitink. Mais tous ont une totale cohérence interne, un équilibre très difficile à atteindre et qui fait défaut à au moins 80 % des interprétations.

Photo: Antoine Saito Hilary Hahn

L’interprétation de Rafael Payare possède cette cohérence, même si pour privilégier le souffle et l’élan vital, il ne mise pas toujours assez sur les ambitus dynamiques et les indications dolce.

Pour soutenir cette interprétation, le chef a pu compter sur un OSM vaillant, de plus en plus libéré. Il peut notamment remercier les sections de violons I et II et d’altos, qui emportent dans leur enthousiasme bien d’autres musiciens.

Changement de régime

Payare a entériné le replacement des violoncelles à droite de la scène. Ils sont ainsi exposés et on ne sent pas forcément l’énergie qu’essaie de leur transmettre le chef. Idem pour les contrebasses. Tel était aussi le cas du concert au Stade et du concert d’ouverture. Il en va ainsi depuis un bout de temps, mais avant, ça ne se voyait pas puisque les altos étaient au bord de scène. Là il y a un hiatus marqué entre la gauche de l’orchestre (engagement forcené des violons I) et la droite.

Quant à la nuance qu’on a entendu percer de la part des trompettes dans le mezzo piano de la fin du premier mouvement, on préfère ne pas la décrire. Tout cela (et, tant qu’à faire, on inclura la banalité des cors) passait tant bien que mal sous l’ancien régime, mais va commencer à poser quelques questionnements et frustration dans des interprétations « à haut voltage » et de très grand intérêt de la nouvelle direction musicale.

En première partie, Hilary Hahn interprétait le Concerto pour violon de Dvořák. La beauté violonistique de cette soliste est toujours aussi admirable. Hilary Hahn est très juste en intonation avec un son très pur, notamment dans les aigus, très sollicités dans ce concerto. Son 2e mouvement était ému, jamais pleurnichard.

Dans Dvořák, la limite de son approche est le sérieux un peu rigide du 1er mouvement, en fait plus libre, rhapsodique et crâneur, comme le montrent bien les grandes versions discographiques de ces vingt dernières années : Pavel Sporcl — Vladimir Ashkenazy, Anne Sophie Mutter — Manfred Honeck, Julia Fischer — David ZImnman et Augustin Hadelich — Jakub Hrusa.

Hilary Hahn et l’OSM dans le Concerto de Dvorak

Dvořák : Concerto pour violon en la mineur. Brahms : Symphonie no 2 en ré majeur. Hilary Hahn, Orchestre symphonique de Montréal, Rafael Payare. Maison symphonique de Montréal, mercredi 22 septembre. Reprise ce soir. Webdiffusion à partir du 2 novembre.

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