Le nécessaire 10e anniversaire de la salle Bourgie

On retiendra sans doute le fait d’avoir, pour le 10e anniversaire, vu un même après-midi sur scène les musiciens des Violons du Roy et de l’Orchestre symphonique de Montréal et leurs chefs, Jonathan Cohen (en photo) et Rafael Payare.
Photo: Marco Borggreve On retiendra sans doute le fait d’avoir, pour le 10e anniversaire, vu un même après-midi sur scène les musiciens des Violons du Roy et de l’Orchestre symphonique de Montréal et leurs chefs, Jonathan Cohen (en photo) et Rafael Payare.

Le 28 septembre 2011, la salle Bourgie ouvrait ses portes au public. En moins d’un mois, Montréal se dotait ainsi d’un écrin symphonique de 2100 places et d’une salle de 444 sièges consacrée aux récitals, à la musique de chambre, à la musique baroque, aux musiques du monde et plusieurs autres disciplines.

Il ne manque, depuis, à la métropole qu’une salle entre 800 et 1200 places, idéale pour ses orchestres de chambre, le déploiement de ses formations de musique contemporaine et offrant la possibilité, d’une part, de proposer des spectacles lyriques à petite échelle et, d’autre part, d’accueillir des solistes réputés pour lesquels la salle Bourgie est trop petite et la Maison symphonique trop souvent préemptée par l’OSM.

On note qu’à compter de cette saison 2021/22 la salle Pierre Mercure, « siège » de la SMCQ, effectuera un retour en grâce sur ce créneau de la « salle intermédiaire » auprès d’I Musici et de l’Orchestre classique de Montréal.

Changement de stratégie

Depuis 10 ans, la salle Bourgie a bouleversé l’offre de concerts de la métropole avec plus d’une centaine de concerts par saison (autour de 150 en comptant ceux que la salle présente et ceux qu’elle abrite). Pour fêter les 10 ans, Isolde Lagacé, directrice générale et artistique, avait choisi ce dimanche des valeurs sûres et huppées.

Lors du concert inaugural, en 2011, le mécène Pierre Bourgie s’était payé une création de Maxime McKinley et une autre d’Eliott Carter. Le doyen des compositeurs, qui avait alors 102 ans, ne s’était pas trop foulé.

On retiendra sans doute davantage le fait d’avoir, pour le 10e anniversaire, vu un même après-midi sur scène les musiciens des Violons du Roy et de l’Orchestre symphonique de Montréal et leurs chefs, Jonathan Cohen et Rafael Payare. Ce dernier a à peine mis les pieds à Montréal qu’il prend déjà la mesure de la salle Bourgie en y dirigeant un OSM en formation I Musici. On ne peut rêver mieux en ce qui concerne la consécration pour tous ceux qui ont œuvré au développement de l’endroit.

Demi-portions

Le public dans tout cela ? Un agréable après-midi sans grandes conséquences, un peu étrange en fait, tant on pouvait compatir avec les musiciens des Violons du Roy venus de Québec pour jouer un peu de Bach et de Händel et laisser la place, ensuite, à la vedette du moment. Qui plus est, après avoir entendu le concert où l’OSM s’autodirigeait si bien dans Chostakovitch et Vaughan-Williams en mai dernier, comment croire que les mêmes instrumentistes avaient besoin de Rafael Payare pour atteindre cette excellence ?

Tous les musiciens étant d’excellents professionnels, l’aubade aux maîtres des lieux, avec public dans la salle, s’est faite à très haut niveau, comme prévu et espéré. Le 4e Concerto brandebourgeois nécessite un duo de flûtes à bec bien apparié (excellents Vincent Lauzer et Caroline Tremblay) et un violon solo avec aplomb (solide Pascale Giguère). On a noté un bel étagement dans les cordes et un dosage juste du clavecin, joué par le chef Jonathan Cohen.

Le Händel était encore plus réussi, avec de superbes interventions ornementales de Vincent Lauzer, jamais trop perçantes. L’originalité principale restait les chaussettes rouge pompier de Jonathan Cohen. Sur les méfaits de la distraction induite par les choix vestimentaires étranges il existe, sur YouTube, une succulente classe de maître de Christa Ludwig avec la jeune mezzo Carina Vinke.

La partie OSM était répartie entre vents et cordes. La prestation des premiers dans une œuvre de jeunesse de Strauss, où quatre cors soufflaient contre le mur du fond, a surtout souligné à quel point la salle Bourgie sature vite, ce qui peut rendre l’expérience éprouvante.

La Sérénade de Dvorak a été bien menée par le chef et les instrumentistes devant un public très respectueux et silencieux. Rafael Payare a privilégié un naturel du flux musical plutôt qu’une exploration de la palette de nuances.

On le retrouvera dans Dvorak cette semaine à la Maison symphonique avec le Concerto pour violon. Il y accompagnera Hilary Hahn. Quant à Bourgie, ça redémarre surtout en octobre.

Concerts du 10e anniversaire

Les Violons du Roy, direction Jonathan Cohen.

Bach : Concerto brandebourgeois no 4. Händel : Water Music (Suite n° 3).


Musiciens de l’Orchestre symphonique de Montréal, direction Rafael Payare. R. Strauss : Sérénade pour 13 vents op. 7. Dvorak : Sérénade pour cordes. 

Salle Bourgie, dimanche 19 septembre 2021. Concert enregistré diffusé par Espace musique le 27 septembre. Webdiffusion du 3 au 7 octobre.

À voir en vidéo