Walter Boudreau passe la main

Walter Boudreau, qui part avec «une certaine nostalgie» et la fierté de battre «en longévité à plates coutures tous les directeurs artistiques», ne sera pas impliqué dans la sélection de son successeur.
Photo: Annik MH de Carufel Archives Le Devoir Walter Boudreau, qui part avec «une certaine nostalgie» et la fierté de battre «en longévité à plates coutures tous les directeurs artistiques», ne sera pas impliqué dans la sélection de son successeur.

Le conseil d’administration de la Société de musique contemporaine du Québec (SMCQ), par la voix de sa présidente, Anik Shooner, a annoncé mardi matin le départ à la retraite de son directeur artistique, Walter Boudreau. Ce dernier aura dirigé l’institution durant 33 ans.

« J’ai 73 ans, même si dans ma tête j’en ai 19 ! Ça fait donc quatre ans que ça mijote et j’avais informé le conseil d’administration que j’allais prendre une retraite progressive », dit Walter Boudreau au Devoir. Voilà pourquoi la SMCQ présente le départ du troisième directeur artistique de son histoire comme la résultante d’une « décision mûrement réfléchie » de sa part.

Pour le successeur de Serge Garant (1966-1986) et de Gilles Tremblay (1986-1988), la tâche finissait par peser : « Ces dix dernières années, cela m’a demandé tellement d’énergie que j’en ai négligé ma composition. J’ai été obligé de mettre de côté ma passion première. »

Un ou deux directeurs

Dans le regard de Walter Boudreau, tout va bien à la SMCQ et « l’équipe n’a jamais été aussi performante ». La pandémie est cependant venue exacerber l’urgence de couper le cordon. « Serge Garant, pour qui j’avais une admiration sans limites, est parti trop tôt. De mon côté, je veux passer le contrôle du cockpit pour repenser à moi. Imaginez le temps que j’ai passé à étudier les partitions des autres ! »

Walter Boudreau, qui part avec « une certaine nostalgie » et la fierté de battre « en longévité à plates coutures tous les directeurs artistiques », ne sera pas impliqué dans la sélection de son successeur. « J’aurais trop de poids et je n’ai pas marié la reine d’Autriche pour créer une dynastie de petits Walter », dit-il sur un ton amusé.

Le conseil d’administration « réunira des gens pour prendre la bonne décision ». Jointe par Le Devoir dans l’après-midi, Anik Shooner a précisé que cette recherche se fera « dans les meilleurs délais », mais sans date butoir. Quant à savoir si ce sera forcément une personne ou si cela pourrait être un comité artistique, Mme Shooner écarte l’idée du comité, mais a laissé entendre que les options sur la table sont celles d’un directeur artistique unique ou d’une direction bicéphale.

Un plateau d’argent

« Le plus vite sera le mieux », affirme Walter Boudreau, qui rappelle que l’élu(e) doit être un compositeur ou une compositrice, avec, ou non, les talents de chef d’orchestre. Prévoyant, il avoue avoir « préparé les trois prochaines saisons ». « La prochaine direction va avoir ça sur un plateau d’argent et je suis disponible pour le transfert des pouvoirs. »

Les principaux objets de fierté de Walter Boudreau sont le secteur jeunesse de la SMCQ, très fécond à ses yeux, la « Série hommage », qui met les projecteurs sur un compositeur pendant une saison, et surtout la création du Festival Montréal/Nouvelles Musiques.

« Nous étions un formidable restaurant au bord d’une autoroute sans bretelle de sortie pour venir manger chez nous. Je me suis organisé pour faire construire les bretelles de sortie, ce qui nous a ouvert des portes insoupçonnées. Le festival permet l’accès à l’autoroute internationale. » La SMCQ a ainsi construit un véritable réseau : « Nous sommes même allés en Chine, et Denis Gougeon a gagné un Grand Prix à Shanghai. Avant, les gens disaient : “Ah oui, les Québécois, vous êtes bons.” Là, on peut négocier avec eux. »

Le règne de Walter Boudreau aura aussi été marqué par la création d’organismes tiers, dissidents. Une cohorte d’organismes s’est rassemblée dans un regroupement intitulé Le Vivier. « Il n’y a pas qu’un seul parti politique. La société est ainsi faite », constate Walter Boudreau. « J’ai beaucoup de réserves, car Le Vivier est en contradiction avec son mandat. C’est une espèce d’autre Société de musique contemporaine. À la SMCQ on peut faire avec les moyens qu’on a. Ils se sont battus pour chercher l’argent pour des choses que l’on pouvait très bien faire », ajoute Walter Boudreau, qui poursuit : « La SMCQ est là depuis 1966 et fait une maudite belle job. Le Vivier en arrache actuellement. Je n’ai pas à me prononcer là-dessus. On n’a qu’à regarder le track record de la SMCQ. Je me suis battu pendant toutes ces années pour qu’on ait plus de moyens afin d’en faire davantage. »

Le rêve à transmettre à son successeur ? Remettre sur pied l’OSMCQ : « Cela a duré trois ans, c’était tellement formidable. Mais c’est une question de sous. Si on avait cinq fois le budget qu’on a, vous n’avez pas idée de ce qu’on serait en train de concocter ! »

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