Rafael Payare, le retour de la joie

Rafael Payare a remercié la foule en français et s’est déclaré «heureux et fébrile» avant de présenter, en rappel, l’œuvre d’un compositeur vénézuélien.
Photo: Antoine Saito Rafael Payare a remercié la foule en français et s’est déclaré «heureux et fébrile» avant de présenter, en rappel, l’œuvre d’un compositeur vénézuélien.

Pour son premier grand contact avec la foule montréalaise à l’Esplanade du Parc olympique, son premier concert devant public depuis sa nomination, Rafael Payare a présenté ce que l’on attendait de lui : des musiques abordables, spectaculaires, dont certaines à connotations hispaniques.

Peu importe que Rafael Payare soit totalement ailleurs, musicalement, que les clichés véhiculés par Le tricorne et Estancia. Peu importe que ce soit avec une renversante Nuit transfigurée de Schoenberg qu’il a possiblement convaincu le comité de sélection de le recommander pour le poste de directeur musical. C’est la promesse de cette chaleur-là, de cette exubérance-là qu’il se devait de présenter.

On nous a bien vendu l’inaccessible et indéchiffrable intello Nagano comme « l’ami du peuple », va alors pour Payare l’exalté, même si en faire un Dudamel-bis, chose peut-être valorisante dans le microcosme québécois, serait la pire erreur en ce qui concerne sa carrière et son image internationale. 

Mais Rafael Payare est bien plus intelligent que tout cela : il a fait le show qu’on lui demandait et qu’on espérait dans De Falla et Ginastera. Ce faisant, il a en tout cas réaccordé joie et musique et évoqué une certaine forme de flamboyance des années Dutoit. Mais il a tenu à commencer par Tchaïkovski et finir par Stravinski, matière musicale plus « noble ». Il a donc dispensé un immense plaisir (quel Malambo de Ginastera !) sans jamais se renier.

Un son douteux

Avec les mesures sanitaires, 3500 personnes munies d’un passeport sanitaire avaient pu accéder au site. Le concert était webdiffusé, mais l’OSM nous a informés que des problèmes sonores ayant entaché cette retransmission, la mise à disposition du concert prévue jusqu’au 13 septembre ne se fera pas.

D’ailleurs sur le site, aussi, l’amplification était moins performante qu’à l’habitude : ce qui passait par les enceintes était grossier, laminait les dynamiques et défigurait les timbres.

Difficile, donc, d’écrire une critique circonstanciée. On attendra pour cela d’entendre les dynamiques et le galbe des phrasées à la Maison symphonique. Dans les grandes lignes, Roméo et Juliette visait davantage la fermeté et la saturation harmonique que la prise de risques. Le lissage des dynamiques empêche de statuer sur l’œuvre de Lili Boulanger et plombait la première danse de la 2e suite du Tricorne. Dans la Danse Finale plus les musiciens arboraient des mines crispées, plus le chef faisait le clown. C’était emballant, mais maintes transitions entre les sections furent hasardeuses. Il va peut-être falloir un petit temps d’adaptation à certains musiciens pour comprendre que l’OSM n’est plus l’orchestre de Kent Nagano et qu’on passe vraiment à autre chose en termes de souplesse et de réactivité. Le défi de Rafael Payare sera d’entraîner tout le monde. Ginastera semble avoir déridé quelques angoissés. En rappel après un excellent Oiseau de feu, le chef a dirigé une fugue d’Aldemaro Romero, compositeur vénézuélien.

Avant l’ouverture de la saison, le 14 septembre, les musiciens de l’OSM participeront en petits groupes, entre samedi 10 h et dimanche 17 h, aux activités entourant les 10 ans de la Maison symphonique : dix courts concerts (assurés par ailleurs par les Violons du Roy, des musiciens de l’OM et l’Orchestre classique de Montréal) et quatre causeries, dont une avec Rafael Payare, dimanche à 15 h 00 sont prévus. Ces activités sont gratuites sur réservation.

Concert au Parc olympique

Tchaïkovski : Roméo et Juliette. Lili Boulanger : D’un matin de printemps. Falla : Le tricorne, suite n° 2. Ginastera : Estancia, suite. Stravinski : L’Oiseau de feu, suite. Orchestre symphonique de Montréal, Rafael Payare. Jeudi 9 septembre 2021.

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